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© @jr_amon_ceuta. 06 mars 2026. |
Lors de son allocution, Emmanuel MACRON énonçait trois priorités diplomatiques : la défense de Chypre face aux attaques aériennes iraniennes, celle du Liban, quitte à entreprendre les actions nécessaires au désarmement du Hezbollah et initiative prise d'une coalition pour rétablir la liberté de navigation du Golfe Persique au canal de Suez. L'emploi de moyens essentiellement navals interroge car le « Discours du Président de la République sur la Dissuasion nucléaire de la France »1 présentant la « Dissuasion "avancée" » est immédiatement suivi d'un abandon des exercices navals de l'OTAN. Plus largement, l'engagement du Groupe Aéronaval (GAn) sans mission officiellement mais comme contribution manifeste à l'intervention israélo-américaine contre la République islamique d'Iran porte les germes d'un entre-deux difficilement soutenable.
Le Groupe Aéronaval (GAn), centré sur le porte-avions Charles de Gaulle était déployé au bénéfice de l'exercice ORION 26 – dans le cadre de la mission La Fayette 26 –, devant vérifier la capacité des Armées face à l'Hypothèse d'Engagement Majeur (HEM). Malgré la participation de moyens européens à cet exercice français, la séquence politico-militaire nous intéressant est celle qui se déployait depuis le repositionnement du GAn en Mer du Nord et Mer Baltique, avec une escale à Malmö (26 février – 1ier mars 2026).
Le déploiement du porte-avions Charles de Gaulle se veut à Paris comme l'avatar par excellence de l'engagement du poids politico-militaire de la France. Et les fonctions opérationnelles attribuées au GAn témoignent de la centralité dévolue à une formation opérationnelle : « contribuer à la posture dissuasive et défensive de l’Otan », « sécuriser les frontières de l’Europe », « développer l’interopérabilité », « promouvoir un espace maritime libre, ouvert et stable ». La France devait participer avec ces moyens navals à Cold Response 2026 (02 – 13 mars 2026) en Norvège mais surtout pousser dans le « Grand Nord », en prélude à l'exercice Neptune Strike 26-1/2 (fin mars – fin avril à début mai). L'influence opérationnelle du se serait étendue depuis la ligne Groënland – Islande – United Kingdom (GIUK) – zone officiel justement de l'exercice susmentionné – jusqu'à la ligne Omega.
C'est dans ce cadre que le sens opérationnel du déploiement du Groupe Aéronaval (GAn), centré sur le porte-avions Charles de Gaulle, réceptable de la Force Navale Nucléaire (FANu), elle-même composante non-permanente faisant partie intégrante de la Composante Nucléaire Aéroportée (CNA), prenait tout son sens car incarnant avant l'heure l' « épaulement stratégique » entre forces conventionnelles françaises et européennes face à la Flotte du Nord de la Fédération de Russie.
Avec cet imposant decorum soutenu par la cohérence des actions opérationnelles à l'échelon stratégique, Emmanuel MACRON pouvait prononcer un discours sur la Dissuasion nucléaire de la France du 02 mars 2026 par lequel il avançait sa proposition d'une « Dissuasion "avancée" » à laquelle huit, et peut-être même neuf, pays européens ont d'ores et déjà souscrits dont la Suède, le Danemark, la Pologne et peut-être la Norvège dans l'espace baltique. La « Dissuasion "avancée" » peut être regardée comme un changement d'échelle de la composante permanente de la CNA incarnée par les Forces Aériennes Stratégiques (FAS) qui « roc » le sanctuaire national avec les huit pays européens (Allemagne, Belgique, Danemark, Grèce, Pays-Bas, Pologne, Royaume-Uni et Suède), devant permettre une dissémination des plateformes et vecteurs nucléaires. « Cette dispersion sur le territoire européen, à la manière d'un archipel de forces, compliquera le calcul de nos adversaires et donnera à cette dissuasion avancée beaucoup de valeur pour nous. Elle renforcera notre défense en lui accordant du champ et lui offrira une profondeur stratégique nouvelle, cohérente des enjeux de sécurité en Europe. Sa valeur sera, je le crois, très forte aussi pour les partenaires qui entreront dans cette logique avec nous, et dont le territoire gagnera un lien affirmé avec notre dissuasion. »2 Sachant que la dissémination des escadrons des FAS correspond, déjà, à un signalement nucléaire relativement haut, il s'agit de relever que « La dissuasion avancée [...] pourra impliquer également du signalement, y compris au-delà de nos frontières strictes ou la participation conventionnelle de forces alliées à nos activités nucléaires. »3
Il n'y aura finalement ni bascule du GAn pour le Grand Nord, ni même sa participation, pourtant prévue elle-aussi, à l'exercice Dynamic Manta (23 février - 06 mars) ou Dynamic Mariner (05 - 20 mars) en Mer Méditerranée, organisés par l'OTAN. Il y a n'y a pas échec de la séquence politico-militaire autour du discours du Président de la République sur la Dissuasion car c'était certainement le plus écouté, en Europe, depuis, plusieurs décennies. Mais il y a, par définition, un faux-départ difficilement explicable puisque les raisons du repositionnement du Groupe Aéronaval (GAn), centré sur le porte-avions Charles de Gaulle en Mer Méditerranée ne sont pas explicitées.
Le 12 mars 1993, William J. « Bill » CLINTON, 42nd President of the United States (20 janvier 1993 - 20 janvier 2001) alors à bord du CVN-71 USS Theodore Roosevelt, révélait que lorsque la nouvelle d'une crise parvenait à Washington, ce n'est pas un hasard si la première question que beaucoup de gens se posent est « Where’s the nearest carrier ? » Et c'est bien ce que fit Emmanuel MACRON à Paris, manifestement dès le 1ier mars 20264. Mais la décision, après avoir été malhonnêtement infirmée, a bel et bien été confirmée par le Président lors de son allocution du 03 mars 2026. « Face à cette situation instable et aux incertitudes des jours à venir, j’ai donné ordre au porte-avions Charles de Gaulle, ses moyens aériens, son escorte de frégates de faire route vers la Méditerranée5. »
Sous d'autres perspectives, et en tenant compte des priorités énoncées par le Président lui-même lors de son allocution, il aurait pu être logique d'observer une montée en puissance des moyens militaires alloués à la gestion de crise, débutant par les urgences identifiées et réservant le Groupe Aéronaval (GAn), centré sur le porte-avions Charles de Gaulle au moyen terme, c'est-à-dire la coalition à bâtir pour rétablir la la liberté de navigation du Golfe Persique au canal de Suez. Par exemple, la formation du Groupe Amphibie (GA) à partir du porte-hélicoptères amphibie Tonnerre et donc avec le Languedoc avec un ensemble de frégates n'aurait-il pas suffi à constituer, avec peut être l'appoint d'autres pays européens, un ensemble de capacités opérationnelles pour l'évacuation de ressortissants (opération Baliste (16 juillet 2006 - 21 février 2008)) depuis le bassin oriental de la Méditerranée et la coordination d'une posture de défense aérienne, principalement en défense de Chypre ?
Les enjeux politico-militaires paraissent être plus politiques que militaires. Il est à remarquer le lien de corrélation à établir entre le franchissement du détroit de Gibraltar par le porte-avions Charles de Gaulle (06 mars 2026) et le franchissement du Canal de Suez par le CVN-78 USS Gerald R. Ford (05-06 mars 2026). Il est difficile de ne pas faire l'interprétation d'une contribution manifeste à l'intervention israélo-américaine contre la République islamique d'Iran, permettant visiblement de libérer le Carrier Strike Group 12 (CSG-12 ou CARSTRKGRU 12) de son positionnement en Mer Méditerranée. C'est donc le Groupe Aéronaval (GAn), centré sur le porte-avions Charles de Gaulle qui le remplace dans son rôle opérationnel, soit de manière permanente, soit éventuellement dans l'attente du CVN-77 USS George H.W. Bush en COMposite unit training EXercise (COMPUTEX), devant certificer sa capacité à être déployé avec le Carrier Strike Group 10 (CSG-12 ou CARSTRKGRU 10).
Entre parenthèses, la dimension temporelle dimensionne l'engagement du porte-avions Charles de Gaulle car la mission La Fayette 26 était prévue pour être « courte », c'est-à-dire un peu plus de quatre mois. Et l'actuelle crise internationale n'ayant pas de terme identifiable replace sur le devant de la scène le sujet de la permanence aéronavale perdue depuis 1997 en France. La « définition française » de cette permanence aéronavale n'est pas la permanence à la mer d'un groupe aéronaval avec un porte-avions mais bien la faculté d'avoir un porte-avions en mer ou pouvant prendre la mer sur alerte 72 heures. Par exemple, les mission Olifant (11 juin 1982 - 20 août 1986) voyait les porte-avions Clemenceau et Foch se relayaient au large de Beyrouth pendant quatre années (1982 – 1984).
Pourquoi cet empressement à déployer le porte-avions Charles de Gaulle ? Il n'est pas à écarter que la centralité de ce porte-avions dans les opérations navales européennes ait pu être un argument pour obtenir la prééminence dans les pourparlers devant justement préparer la coalition appelée de ses vœux par le Président de la République, face à d'autres prétendants ayant des arguments opérationnels à faire valoir (Royaume-Uni, Italie) mais peut-être plus hésitants. Et il serait logique qu'il y a ait volonté française d'apparaître comme un acteur pouvant verser des moyens à la gestion des conséquences de l'intervention israélo-américaine. Les escales d'avion-ravitailleurs de l'US Air Force sont autorisées base aérienne 125 Istres-Le Tubé « Sous-Lieutenant-Monier » (Istres), avec quelques acrobaties juridiques certes. En contraste avec les atermoiements britannique et espagnol.
Plus intéressant est la place pouvant être occupée dans le calcul stratégique américain par le déploiement du Groupe Aéronaval (GAn) à l'aune de la volonté française d'être en défense du Liban. « Depuis ces dernières heures, la guerre s’étend au Liban, à partir duquel le Hezbollah a commis la faute majeure de frapper Israël et mettre les Libanais en danger. Israël serait en train de décider une opération terrestre : ce serait là aussi une escalade dangereuse et une erreur stratégique. Le Hezbollah doit impérativement cesser toute frappe. Et j’appelle Israël à respecter le territoire libanais et son intégrité. » Le Président de la République a été plus précis dans une déclaration6 en date du 05 mars 2026, affirmant s'être entretenu « avec le président Trump et le premier ministre Netanyahou » et voulant qu' « Israël doit renoncer à toute intervention terrestre ou d’envergure sur le territoire libanais ». Et pour ce faire, il annonce « un plan en vue de mettre un terme aux opérations militaires que le Hezbollah et Israël mènent actuellement de part et d’autre de la frontière », avec les prémices d'une action militaire par une « coopération avec les Forces armées libanaises et mettre à leur disposition des véhicules de transport blindés ainsi qu’un soutien opérationnel et logistique » afin de faire respecter la Résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies.
L'engagement du Groupe Aéronaval (GAn), centré sur le porte-avions Charles de Gaulle au Levant est peut-être à lire à cette aune, non seulement comme contribution manifeste à l'intervention israélo-américaine contre la République islamique d'Iran mais également comme élément central d'une potentielle intervention militaire, en appui du Liban, contre le groupe armée non-étatique Hezbollah. Il est à remarquer que si le Président demande à « Israël à respecter le territoire libanais et son intégrité », c'est bien en s'opposant à une « à toute intervention terrestre ou d’envergure sur le territoire libanais ». Il ne s'agit donc pas de prétendre limiter les opérations aériennes au Liban. Mais peut-être de concurrencer la libre utilisation du ciel libanais par une « coopération » franco-israélienne. Et Paris envisage bel et bien d’articuler un « soutien opérationnel et logistique » distinct de l'opération Daman, partie prenante de la FINUL et devant être mobilisée à ce titre.
C'est là où le bât blesse car Paris se tient de facto aux côtés des États-Unis d'Amérique et d'Israël contre la République islamique d'Iran et contre le groupe armée non-étatique Hezbollah, à la fois contre la liberté de manœuvre totale israélienne et en soutien à la politique étrangère de Tel Aviv en rétablissant le cadre de la Résolution 1701. Ce cadre politico-stratégique de l'engagement français se voulant distinct de l'intervention israélo-américaine contre la République islamique d'Iran ne résistera probablement pas aux développements ultérieurs quand il s'agira, éventuellement, de juguler les effets d'une reprise des activités opérationnelles des Houthis en Mer Rouge et donc de participer au rétablissement de la liberté de navigation dans le Golfe Persique (opération Artimon (1990 - 1994)). Lutter contre les « proxys » iraniens, n'est-ce pas lutter contre Téhéran ?
1Emmanuel MACRON, Discours du Président de la République sur la dissuasion nucléaire de la France, 02 mars 2026, URL : https://www.elysee.fr/front/pdf/elysee-module-26067-fr.pdf, consulté le : 02 mars 2026.
2Ibid.
3Ibid.
4Jean-Marc TANGUY, « Iran : le groupe aéronaval, dont le porte-avions « Charles de Gaulle », bientôt en Méditerranée orientale ? », Le Marin, 1ier mars 2026, URL : https://lemarin.ouest-france.fr/defense/porte-avions/iran-le-groupe-aeronaval-dont-le-porte-avions-charles-de-gaulle-bientot-en-mediterranee-orientale-39e34ddc-156a-11f1-9747-d91830b32b05, consulté le : 07 mars 2026.
5Emmanuel MACRON, Président de la République, « Adresse aux Français consacrée à la situation au Proche et au Moyen-Orient », 03 mars 2026, URL : https://www.elysee.fr/emmanuel-macron/2026/03/03/adresse-aux-francais-sur-la-situation-en-iran-et-au-moyen-orient, consulté le : 07 mars 2026.
6Emmanuel MACRON, Président de la République, Twitter, 05 mars 2026, URL : https://x.com/EmmanuelMacron/status/2029612983316312113?s=20, consulté le : 07 mars 2026.


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