Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





22 janvier 2026

US Navy : pourquoi un coup de douze ?

© Lockheed Martin.

     La concomitance de la présentation du programme BBG(X), le 22 décembre 2025, et de la fin des travaux de refonte du destroyer DDG-1000 USS Zumwalt, le 15 janvier 2026, oblige à constater qu'il existe manifestement un choix arrêté en faveur d'une salve de douze missiles hypersoniques « CPS » (Conventional Prompt Strike) . Les possibilités matérielles permettent de faire bien plus sur les plateformes devant en être équipés. Pourquoi un coup de douze face à la République populaire de Chine ? La question nous semble mériter considération alors qu'une sorte de « New Maritime Strategy » semble émerger des décisions politiques prises par Donald J. TRUMP, 47th President of the United States (20 janvier 2025).

Les travaux « missile refit » du destroyer DDG-1000 USS Zumwalt se sont achevés ultimement le 15 janvier 2026, date à laquelle le bâtiment a effectué une première sortie à la mer, pour une journée, depuis son passage en cale sèche seize mois plus tôt. L'essentiel des modifications matérielles consistait dans le débarquement de l'une des deux tourelles simples de 155 mm (6 in)/62 caliber Advanced Gun System (AGS), celle située à l'avant. En lieu et place de celle-ci, de ses magasins et du système d'alimentation a été disposé « four large missiles tubes ». Ils seraient dénommés Advanced Payload Modules (APM). Chacun de ces lanceurs peut recevoir trois missiles hypersoniques CPS. Ensemble, ils forment une salve de douze Long-Range Hypersonic Weapon (LRHW) ou Dark Eagle (programme Intermediate-Range Conventional Prompt Strike (IRCPS)).

Leur apparence et la vague périphrase officiellement employée (« four large missiles tubes ») pour les désigner les apparentent aux lanceurs du Virginia Playload Module (VPM) des Sous-marins Nucléaires d'Attaque (SNA ou Ship Submersible Nuclear (SSN)) de type Virginia Block V, dont le premier bateau devant le recevoir est le SSN-803 USS Arizona (quille posée le 07 décembre 2022). Le VPM bénéficiait des études consenties pour les Block I et II des Virginia mais également pour le Common Missile Compartment (CMC) des SNLE des types Columbia et Dreadnought. Les quatre « Virginia Playload Tubes » (VPT) du VPM seraient dérivés, voire les mêmes de ceux disposés à la proue des Virginia Block III. Le diamètre indiqué, dans les deux cas, est de 87 inch. Enfin, les VPT sont dérivés des Tubes Lance-Missiles (TLM) des quatre SNLE type Ohio refondus SSGN sur les années 2002 – 2008.

 Il s'agit d'un aboutissement architectural depuis l'apparition d'un système de lancement vertical sur les SNA type Los Angeles Flight II, à savoir le Mk45 Vertical Launching System (VLS). Le premier bateau à le recevoir était le SSN-719 USS Providence (mise en service opérationnelle : 27 juillet 1985). Ce système fût employé jusqu'aux Virginia Block I et II. Et il a probablement été conçu en parallèle du Mk41, destiné aux bâtiments de surface. Le premier à le recevoir était le CG-52 USS Bunker Hill (mise en service opérationnelle : 20 septembre 1986), croiseur classe Ticonderoga.

 L'intérêt de ce bref historique essayant de figurer l'origine de cette disposition architecturale est de souligner qu'à l'origine, le système de lancement vertical de l'US Navy semble avoir été conçu autour de normes matérielles communes pour les bateaux sous-marins et bâtiments de surface. Les études aboutissaient à deux lanceurs différents. Il y a une quasi-unification dans la sous-marinade américaine, autour de TLM de 87 inch de diamètre dont seule la profondeur différerait entre les SNLE des types Ohio et Columbia (> ~12 mètres) et les SSN des types Virginia Block IIIVIII. Et une partie des grands bâtiments de surface, à savoir les destroyers de classe Zumwalt, le programme BBG(X), semblent recevoir un lanceur spécifiquement conçu pour sous-marins.

Le programme BBG(X), dévoilé le 22 décembre 2025 par Donald J. TRUMP, 47th President of the United States (20 janvier 2025), bénéficiait de la diffusion des caractéristiques opérationnelles visées dans une infographie de NAVal SEA systems command (NAVSEA). Il y était indiqué que la « Main battery » comprendrait 12 cellules « CPS » (Conventional Prompt Strike).

La concomitance de l'existence d'une salve de douze Long-Range Hypersonic Weapon (LRHW) ou Dark Eagle (programme Intermediate-Range Conventional Prompt Strike (IRCPS)) sur les programmes Virginia Block V, Zumwalt « missile refit » et BBG(X). Ils semblent tous les trois partager ou devoir partager quatre « Virginia Playload Tubes » (VPT) de 87 inch. Un hasard ? Par ailleurs, et c'est un détail à conserver à l'esprit pour plus tard : les mêmes plateformes considérées plus haut pourront ensiloter le Nuclear Sea Launched Cruise Missile (SLCM-N), en tant que complément aux CPS.

Il est difficilement soutenable qu'il puisse s'agir d'une coïncidence. Par exemple, le BBG(X) est une nouvelle plateforme dont le déplacement indiqué était une « fourchette » allant de 25 000 à 40 000 tonnes. Il se situerait aujourd'hui à 35 000 tonnes. Rien n'empêche d'aller au-delà de la salve indiquée de douze CPS. Même remarque pour le DDG-1000 USS Zumwalt : pourquoi conserver la tourelle arrière ? Elle n'est pas opérationnelle. La salve de douze CPS aurait pu être doublée. Difficile d'objecter une limite financière : Donald J. TRUMP voulant atteindre un budget militaire de 1 500 milliards de dollars pour 2027.

L'affaire est plus curieuse sur les Virginia Block V car il nous ne savons pas expliquer pourquoi les deux VPT de proue ne peuvent recevoir que six T-LAM, au lieu des sept possibles dans chacun des « tubes » du VPM. Et pourquoi ne pas pouvoir y ensiloter des CPS ? S'il n'était pas possible, en définitive, d'employer les VPT de proue alors augmenter la salve de douze CPS obligerait à un nouvel allongement de la coque. Il y a cette fois-ci une limite matérielle et donc financière significative.

L'hypothèse principale est donc qu'il puisse s'agir d'une intention, touchant l'échelle systémique, c'est-à-dire les normes matérielles innervant la construction navale militaire américaine et devant apporter certaines standardisations dans la génération du feu déployé sur un théâtre. C'est une lapalissade de l'écrire mais force est de constater que cette salve à douze CPS est jugée suffisante à produire l'effet militaire attendu, voire un effet stratégique. La reproducton du nombre douze invite à considérer qu'il puisse s'agir d'un « motif » et donc d'un feu s'employant par salve entière, même si suggérer cela ne prouve rien, ni n'interdit le tir fractionné.

Et c'est en conservant à l'esprit que le tir de toute ou partie de la salve oblige à retirer le bâtiment ou le bateau de sa positon afin de rejoindre un ravitailleur, pouvant recharger ses VPT sur rade foraine. La contrainte stratégique n'est pas mince, malgré la volonté de multiplier des plateformes. D'où l'étonnement que la salve demeure limité à douze CPS, malgré les possibilités supérieures permises sur les bâtiments de surface qui auraient prétendre à recevoir vingt-quatre de ces munitions, rien que dans le cas des Zumwalt « missile refit ».

Est-ce que le fait d'adresser une salve standardisée de douze CPS peut recéler quelques avantages au plan opérationnel, par exemple pour restreindre les possibilités de l'adversaire de pouvoir identifier la plateforme de lancement ? C'est une piste intéressante car il y aurait volonté de renforcer l'aptitude à la dilution dans le théâtre des bateaux et bâtiments, l'une des rationalités la Distributed Maritime Operations (DMO). Mais cet effet, si jamais il était désiré, aurait pu être obtenu autrement. Par exemple, soulevons l'hypothèse que les Zumwalt « missile refit » et BBG(X) auraient pu matériellement recevoir vingt-quatre CPS tandis que les Virginia Block V demeureraient à douze de ces munitions. Coupler proximité et simultanéité du lancement des salves de deux de ces sous-marins n'aurait-il pas suffi à réduire la possibilité de reconnaître la plateforme à l'origine du tir, par rapport aux bâtiments de surface ?

Il y a, enfin, l'hypothèse que cette standardisation d'une salve à douze Long-Range Hypersonic Weapon (LRHW) ou Dark Eagle (programme Intermediate-Range Conventional Prompt Strike (IRCPS)) puisse servir, non pas une campagne opérative visant à façonner un théâtre, par exemple pour éliminer les lanceurs de missiles balistiques anti-navires à longue portée par des munitions dites « conventionnelles », mais bien de permettre l'ouverture du feu nucléaire, à l'échelle dite « sub-strategic ».

Dans les doctrines de dissuasion, l'un des effets recherchés, en particulier pour les capacités dites de « seconde frappe » mais pas seulement, est de pouvoir adresser, en permanence, une même salve de vecteurs. C'est à partir de cette salve pouvant être adressé à l'adversaire, malgré les risques et menaces, que peut se bâtir l'ensemble des plans de frappes. Et la fixité du motif de douze CPS amène cette hypothèse.

La munition évolue à vitesse hypersonique, ce qui renforce d'autant son aptitude à la pénétration des défenses adverses, voire son « invulnérabilité ». Il ne nous semble pas que le peu de caractéristiques connues de celle-ci interdise d'imaginer qu'elle puisse recevoir un charge militaire « spéciale » : nucléaire. Toutefois, il est à rappeler, toujours à notre connaissance, que Washington ne s'est pas engagé dans cette voie, ni même ne l'a suggéré.

Dans le cadre de l'actuelle planification des dépenses militaires américaines, il était question de pourvoir la United States Navy (USN) de vingt Virginia recevant un VPM. Le programme Zumwalt « missile refit » devrait comprendre trois unités. Et le programme BBG(X) viserait une cible allant de 15 à 25 unités, même si l'énormité des dépenses à consentir et des paradigmes navals à renverser rendent cette hypothèse hautement aléatoire. Il y a tout de même dans l'idée d'aller jusqu'à un maximum de 48 plateformes, soit un maximum de 576 vecteurs dont, environ, 192 pourraient être plus ou moins en permanence à la mer.

Soit une figure équivalente au nombre total de TLM des douze SNLE type Columbia. Poursuivons la parenthèse ainsi ouverte : les Virginia Playload Tubes » (VPT) possèdent un diamètre de 87 inch et une longueur minimale d'environ 08 à 09 mètres. Force est de souligner que, au plan stratégique, il existe 576 tubes lance-missiles supplémentaires pouvoir recevoir un missile balistique Mer-Sol Balistique Stratégique (MSBS ou Submarine Launched Ballistic Missile (SLBM) d'une taille à peine réduite d'un UGM-96 Trident IC4 (10,39 mètres, 7 400 km de portée). La capacité à monter en puissance en nombre de vecteurs nucléaires selon une nouvelle composante n'est pas à ignorer puisqu'elle pourrait exister.

 Le Conventional Prompt Strike (CPS) est hérité des réflexions voulant réduire, voire supprimer le rôle des armements nucléaires. Les programmes issus du « conventional Prompt Global Strike » furent repositionnés, non plus en éventuel substitut, mais bien en complément des armements nucléaires. Et partant de là, il est à remarquer qu'au moins l'un d'eux, le CPS donc, semble procéder de quelques rationalités propres à l'emploi d'un armement nucléaire. L'enjeu central d'acquérir des armements conventionnels permettant de frapper n'importe quel point sur la planète en moins d'une heure, était d'atteint des cibles à haute valeur ajoutée ou « éphémères » (fleeting targets) dès l'entrée ou durant un conflit. L'emploi de missiles balistiques intercontinentaux (ICBM), notamment depuis les Ohio refondus SSGN, avait été écarté du programme « Prompt Global Strike » : en raison des risques de mauvaises interprétations du tir, pouvant être interpréter comme nucléaire. Mais comment apprécier un armement « conventionnel » pouvant servir à des frappes anti-forces (nucléaires) ?

Le potentiel emploi jumelé CPS + SLCM-N ouvre la voie à une frappe par le premier facilitant la pénétration du second et le feu conventionnel serait ainsi intimement lié à l'ouverture du feu nucléaire.

 

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