Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





06 décembre 2013

La Mitteleuropa et le contrôle de l'Ile Monde

http://www.courrierinternational.com/files/pierrick.van.the@courrierinternational.com/987-MackinderBriesemeister.gif 
© Inconnu. Le monde selon H. J. MACKINDER.

 

Les deux cartes qui sont issues de l’article de Michel KORINMAN « La longue marche des organisations de réfugiés allemands de 1945 » (aux pages 43 et 44) montrent, pour la première les frontières de l' "Allemagne historique" (Grande Allemagne sous Hitler, Saint Empire Romain Germanique, etc...) et la seconde le déplacement des populations germanophones après la seconde guerre mondiale.
L'article du géopolitologue KORINMAN a été publié dans le numéro 68 de la revue de géographie et de géopolitique Hérodote (1993) intitulé « La question allemande ».

 

La publication de cet article intervient dans un contexte historique très fort. Ainsi, la réunification allemande est effective le 3 octobre 1990. Le processus était engagé depuis octobre 1989 et succède à une période de détente (1986-1988) entre la coalition occidentale et l’URSS (Union des Républiques Socialistes Soviétiques). Une année plus tard, à peine, c’est la dissolution de l’URSS qui est prononcée le 26 décembre 1991.

 

Cette réunification allemande dans le cadre de la recomposition de l’espace politique européen, sur les décombres du bloc de l’Est, inquiète. Le pacte de Varsovie se dissout le 1er juillet 1991. Il y a la crainte d’une résurgence du projet géopolitique allemand.

 

Les deux cartes présentées montrent deux choses.

 

Premièrement, c’est une synthèse du projet géopolitique allemand. Celui-ci débute par l’unification de la nation allemande et s’achève par la capitulation du 8 mai 1945.

 

« Ainsi, c’est la puissance française qui déclenchera l’unité allemande ». Goethe dira que le cri révolutionnaire (« Vive la Nation ! ») est « le début d’une nouvelle époque de l’histoire du monde »[1].

La bataille d’Iéna (1806) eu plusieurs conséquences pour le mouvement national allemand. Premièrement, Napoléon abolit le Saint-Empire romain germanique. Deuxièmement, après cette bataille Johann Gottlieb FITCHE prononce son discours à la nation allemande, « vrai » moment de la naissance de la nation allemande.

Au Saint-Empire romain germanique succède « au Congrès de Vienne la Confédération germanique (1815-1866) sous la présidence du nouvel Empire autrichien »[2]. Les traités de Westphalie (1648) avaient laissé un Saint-Empire romain germanique à 300 principautés et villes libres. La Confédération germanique permet que « le nombre de principautés et de villes libres fut réduit à trente environ »[3].

La construction de l’unité allemande au long du XIXe siècle est marquée par deux grandes bataille : la première est celle de Sadowa (1866). « L’union de la nation [allemande] ne put aussi se réaliser à cause du contraste des pouvoirs entre les deux Etats de la confédération : d’une part l’Empire autrichien, qui défendait ses droits (solution de la Grande Allemagne), et, d’autre part, le Royaume prussien, qui prenait de l’essor par sa puissance économique et militaire (solution de la petite Allemagne). Cette lutte pour l’hégémonie entre les Habsbourg catholiques et les Hohenzollern protestants, c’est la Prusse qui, sous la conduite de Bismarck, l’emporta, contre la majorité des Etats allemands, pendant la guerre de 1866. La Prusse, après avoir dissous la Confédération, écarta l’Autriche de la future Allemagne »[4].

La seconde bataille marquante de cette construction de l’unité allemande est la bataille de « Sedan et la guerre franco-allemande de 1870 (allemande car associant, autour de la Prusse, des contingents des différents Etats allemands) »[5].

« L’Empire allemand de 1871, la création de Bismarck, était une union de l’Etat prussien, militaire et autoritaire, avec les milieux dirigeants de la bourgeoisie libérale qui s’était développée grâce au commerce et à l’industrie »[6].

 

L’histoire de l’unité allemande montre bien que le pivot en est la Prusse. C’est l’Etat prussien qui a porté la construction de l’unité allemande et y a imposé ses vues. Le conservatisme de la couronne prussienne imprégnera tant les institutions que la direction politique du Reich et son assise territoriale dominera les différents régimes qui se succéderont.

 

L’expansionnisme allemand est porté par un projet hégémonique. C’est-à-dire que l’Allemagne aspire à développer son assise territoriale en Europe, à travers la Mittleuropa, au détriment de ses voisins, afin de mieux pouvoir se projeter dans le monde. La première guerre mondiale porte un coup d’arrêt temporaire à ses ambitions. Mais l’éclatement de la seconde guerre mondiale montre que Berlin réussit à atteindre son expansion territoriale maximale depuis la réalisation de l’unité allemande. Le Reich allait s’effondrer sous le poids de ses conquêtes.

 

Deuxièmement, le projet géopolitique soviétique vient combler le vide laissé par la disparition de l’Allemagne comme grande puissance et l’attentisme de Londres et Washington vis-à-vis de cette région du monde. La théorie du Heartland[7] de Halford John MACKINDER est une lecture intéressante pour replacer cette conquête soviétique dans une perspective géopolitique.

Dans son célèbre article, MACKINDER postule l’existence d’un Heartland[8]. Forteresse inaccessible à l’influence maritime, installée au cœur du continent eurasiatique, le Heartland serait le pivot de l’Histoire. Il est borné au Nord par l’océan glacial Arctique.

Autour de ce Heartland existe le « croissant interne ». Nicholas J. SPYKMAN reprendra en partie la thèse de MACKINDER : il affirmera que le pivot n’est pas le Heartland mais ce croissant interne qu’il baptisera Rimland[9].

A l’extérieur de ce croissant interne (ou Rimland pour SPYKMAN) se situe le croissant externe ou insulaire. Il comprend, par exemple, les Amériques, une partie de l’Afrique et l’Australie.

MACKINDER résumera sa théorie par une célèbre formule : qui tient l’Europe de l’Est tient le Heartland, qui tient le Heartland contrôle l’île mondiale, qui domine l’île mondiale domine le monde ». SPYKMAN aura une formule différente pour exprimer sa lecture de la théorie du Heartland : « qui contrôle le Rimland contrôle l’Eurasie, qui gouverne l’Eurasie contrôle les destinées du monde ».

 

C’est à l’aune du projet géopolitique allemand pour l’hégémonie via le contrôle de l’Europe orientale et de la théorie du Heartland qu’il s’agit de replacer la conquête de la Mitteleuropa par l’Union soviétique.

 

En quoi cette conquête soviétique de la Mitteleuropa illustre la tentative de Moscou de découpler les croissants interne et externe de la théorie de Harold Mackinder pour le contrôle de l’Ile Monde ?

 

L’Union soviétique a vaincu l’Allemagne à l’Est. Le vide géopolitique laissé par la capitulation allemande n’est pas occupée par les vainqueurs à l’Ouest. Moscou s’y engouffre comme nouvelle puissance d’Europe centrale pour réaliser le projet allemand de Mitteleuropa (I). Cette prise de terres marque la volonté de l’empire soviétique, détenteur du Heartland, de découpler le croissant interne du croissant insulaire pour tenter de contrôler l’Ile Monde (II).

 

I – De la prise de terres en Europe centrale et la réalisation de la Mitteleuropa


 

La présence militaire soviétique en Europe de l’Est est décisive dans les processus de dégermanisation et de satellisation (A). C’était les pré-requis pour réaliser le projet de Mitteleuropa allemand à l’avantage de Moscou (B).

A – La satellisation de l’Europe centrale comme marqueur de l’affrontement entre Terre et Mer


 

L’Argentin Juan Bautista ALBERDI affirma au XIXe siècle que « Gouverner, c’est peupler »[10]. Cette expression énonce bien ce que firent les pays d’Europe centrale et orientale. Après leur libération de l’occupation allemande par l’Armée rouge, ils lancèrent le processus de dégermanisation. En réaction à la seconde guerre mondiale et comme mesure de protection vis-à-vis d’un possible relèvement de la puissance allemande, ces Etats allaient saper les bases de son assise territoriale en Europe pour définitivement la réduire. Ainsi, 13 millions d’allemands furent déplacés. Ils quittèrent aussi bien des territoires historiquement allemands que des territoires où existaient de longue date des populations germanophones.

 

A ce rejet du projet géopolitique allemand s’ajoute une opposition entre la Terre et la Mer. Face à la difficile relance des économies européennes qui peinent à s’extraire du marasme dans lequel la seconde guerre mondiale les a laissé, les Etats-Unis proposent une aide économique sous conditions : le plan Marshall.

L’Europe est gouvernée par des fronts nationaux, à une différence près : à l’Est l’Armée rouge est présente et apporte un soutien décisif aux partis communistes. Moscou rejette le plan Marshall. Ce rejet s’explique notamment par les conditions officieuses américaines que les bénéficiaires de l’aide économique excluent les communistes des fronts nationaux.

 

En Europe centrale, Moscou fait pression pour que les pays occupés par l’Armée rouge rejettent l’offre.

La satellisation de l’Europe de l’Est débutait. Economiquement, ces pays sont intégrés dans la sphère économique de l’URSS. Celle-ci fonctionne presque intégralement de manière autarcique. Contraste totale avec la coalition occidentale en cours de constitution, menée par les Etats-Unis et rassemblant, notamment, l’Europe de l’Ouest dont l’un des principes essentiels allaient devenir la liberté des échanges.

 

B – La concrétisation du projet allemand de Mitteleuropa par l’Union soviétique pour renforcer l’autarcie du Heartland


 

La classe dirigeante allemande aspirait aussi à convertir la puissance économique de l’Allemagne en puissance politique à l’échelle du monde. C’est ce qu’elle tenta de faire lors des deux conflits mondiaux du XXe siècle.

C’était la question de l’ « espace vitale », le lebensraum de Friedrich RATZEL qui devait assurer la survie et le développement de l’Etat. En Europe, ce projet se traduisait sur le plan économique en deux points.

Le premier était que la réunion des germanophones permettra de prendre ou de tenter d’arracher les grands bassin miniers (de la Lorraine à la Silésie) pour asseoir la puissance allemande.

 

Le second point était que pour devenir une puissance mondiale, l’Allemagne se doit se sécuriser son assise territorial. Rudolf KJELLEN, géopolitologue suédois, préconise ainsi une Europe fédérale dirigée par l’Allemagne comme base d’un empire colonial allemand. Plus modestement, le projet de Mitteleuropa devait se traduire par une union douanière de l’Allemagne avec ses voisins d’Europe centrale. Ce projet échoue dans les tourments des crises européennes et est définitivement écarté à la capitulation allemande le 8 mai 1945.

 

La satellisation de l’Europe de l’Est (1947-1955) par l’Union soviétique, notamment en réaction au plan Marshall, est l’occasion de concrétiser le projet allemand, de facto. La réunion des Etats d’Europe centrale et orientale dans un même ensemble économique est enfin réalisée. L’URSS accède ainsi à l’ensemble des ressources de cette zone. Elles seront mise au service de l’économie soviétique.

 

Cette prise de terres par Moscou se réalise sans confrontation ni véritables réactions de l’Ouest. Cette Mitteleuropa entre les mains allemandes était une assise économique de trop grandes importances pour une puissance qui tentait de s’imposer comme hégémonique.

 

A l’échelle de la théorie de MACKINDER sur le Heartland, l’enjeu était pourtant décisif puisqu’il avait énoncé en 1919[11] que celui qui contrôle l’Europe de l’Est contrôle le Heartland, et donc, contrôle l’Ile Monde. Toutefois, MACKINDER observait en 1943 que l’alliance entre Moscou et Washington pour réduire l’Allemagne l’amenait à réviser les limites du Heartland. Avec le déménagement de l’industrie soviétique à l’Est de l’Oural, le Heartland de MACKINDER se rétrécit par rapport à sa taille énoncée en 1919.

 

Cependant, une autre crainte de Mackinder s’est réalisée : l’URSS a constitué un empire industriel autonome, surtout des thalassocraties américaine et anglaise. L’apport de la Mitteleuropa demeure important et renforce la Terre contre la Mer.

 

Pendant tout le conflit Est-Ouest, l’Union soviétique saura jouer des rapports économiques entre l’Europe de l’Ouest et de l’Est pour tenter de réorganiser les flux d’échanges du lien transatlantique à un grand commerce eurasien où le croissant interne est découplé du croissant externe, insulaire.

 

http://www.cairn.info/loadimg.php?FILE=HER/HER_146/HER_146_0139/fullHER_146_art08_img001.jpg

 

II – De la tentative de découplage entre les croissants interne et externe pour contrôler l’Ile Monde


 

Moscou ne parvient pas à contrôler l’Ile Monde par la conquête de l’Europe de l’Est - contrairement à ce que disait la théorie du Heartland de MACKINDER- en raison du transfert du pivot en Iran (A). L’Union soviétique tentera de découpler les croissants interne et externe pour le contrôle de l’Ile Monde mais ce sera un échec (B).

 

A – Le transfert du pivot centre-européen au pivot iranien et le premier échec de prise de contrôle de l’Ile Monde


 

L’apport de l’Europe de l’Est n’a pas été décisif pour l’Union soviétique pour contrôler l’Ile Monde. Pourtant, Harold John MACKINDER assurait que celui qui contrôle l’Europe de l’Est contrôle le Heartland, contrôle donc l’Ile Monde et contrôle alors le Monde.

 

Ceci peut s’expliquer de diverses manières. Premièrement, les économies européennes, au sortir de la guerre, sont presque à l’arrêt. Les forces matérielles qui donnaient de caractère si important à l’Europe centrale ont été largement consommées dans la guerre. Il est donc logique que, entre les capitaux perdus et les économies à l’arrêt, l’Europe centrale, et plus généralement, l’Europe, pèse beaucoup moins sur la scène mondiale en 1945 par rapport à 1939.

 

Deuxième point, et non des moindre, cette puissance économique de l’Europe centrale s’appuyait sur des ressources minières dont l’une des plus importantes était le charbon. Mais depuis le début du XXe siècle le charbon cède la place progressivement au pétrole. L’importance capitale que prend cette ressource fossile recompose la géopolitique des ressources. L’Europe en est grandement dépourvu, dans l’absolu. Les Etats-Unis peuvent compter sur de grandes ressources domestiques. Conjointement avec Londres, Washington s’investit fortement au Moyen-Orient et plus particulièrement en Arabie Saoudite (pacte de l’USS Quincy, 14 février 1945).

 

Ce qui amène à penser que l’après seconde guerre mondiale constitue le moment du transfert du pivot de l’Europe centrale au Golfe Persique. Si les réserves en charbon faisaient, pour partie, la force du pivot centre européen, alors la concentration des réserves pétrolières entre l’Iran et l’Arabie Saoudite explique le transfert du pivot. De même, ces nouvelles richesses fossiles assureront une grande activité économique dans cette nouvelle zone, par contraste avec l’Europe centrale et orientale qui a perdu ses grands empires et dont les ressources déclines. De plus, le pivot iranien ouvre bien des voies pour accéder à l’Asie centrale : donc au Heartland.

 

B – L’échec soviétique de découplage entre croissants interne et externe pour le contrôle de l’Ile Monde


 

L’URSS s’est constituée un empire terrien industrialisé et autarcique. Moscou a conquis la Mitteleuropa, c’est-à-dire l’Europe centrale, mais aussi l’Europe orientale. Si cet apport n’a pas été décisif, il s’avère, néanmoins, précieux. 

 

Londres et Moscou occupe l’Iran depuis 1941 afin de protéger la route stratégique Bagdad-Khanaquin-Kermanchah-Hamadan-Téhéran qui est l’une des grandes routes par laquelle transite l’aide militaire des Alliés à l’URSS pendant la seconde guerre mondiale (avec la route maritime de Mourmansk). L’occupation de l’Iran par les Alliés donnent lieu à un jeu diplomatique intense. Les négociations butent, par exemple, sur la question des concessions pétrolières. Moscou et Londres cessent l’occupation, sans que l’URSS ait obtenu gain de cause pour ses revendications et alors que Londres conserve toutes ses positions. Ainsi, l’Union soviétique se retire de ce qui semble être le nouveau pivot sans pouvoir y assurer ses positions.

 

L’URSS n’est pas plus présente dans la Péninsule Arabique, autre terre de pétrole et du croissant interne. Depuis l’accord américano-saoudien, l’Arabie des Séouds est alliée à Washington. En échange de positions pétrolières très avantageuses, Washington assure la sécurité du régime.

 

Le « joyau de la couronne britannique », les Indes, obtiennent leur indépendance le 15 août 1947. De ce jour naissent les Etats du Pakistan et de l’Union indienne. Le nouvel Etat indien affirmera son indépendance et son refus de s’aligner sur l’un des deux blocs. Le tournant interviendra le 9 août 1971 quand l’Inde et l’URSS signèrent un traité (comportant un volet militaire).

 

Enfin, la victoire de Mao et l’avènement de la République Populaire de Chine (1949) est un moment décisif dans l’histoire du mouvement communiste international. C’est la première fois qu’un mouvement communiste parvient au pouvoir hors d’Europe. Et l’apport chinois au bloc de l’Est est gigantesque sur une carte : le bloc communiste domine l’Eurasie[12]. Néanmoins, la rivalité pour le leadership politique dans le camp socialiste et les propres projets géopolitiques de Pékin aboutiront à la rupture sino-soviétique, éloignant la menace du Heartland sur le Rimland.

 

Conclusion


 

Moscou ne parviendra pas à conquérir l’Ile Monde. Le premier échec d’une telle entreprise réside dans le fait que, manifestement, le pivot a été transféré d’Europe de l’Est pour le Golfe Persique et l’Iran. L’Europe est très affaiblie sur le plan économique et l’émergence du pétrole, presque absent d’Europe, pousse au déclin des bassins charbonneux.

Dans un deuxième temps, l’Union soviétique ne parvient pas à intéresser les économies du croissant interne à l’économie industrielle autarcique du Heartland. C’est un échec d’autant plus fort que Moscou se retire de l’occupation de la moitié Nord de l’Iran sans réaliser le moindre gain. Cela contraste fortement avec sa conquête méticuleuse de l’Europe de l’Est. Mais l’Iran avait été occupé sans combat, à la différence de l’Europe centrale et orientale où l’Armée rouge a versé le sang.

 

Cet échec soviétique à conquérir et le pivot et le croissant interne offrira un espace géopolitique aux Etats-Unis quand Truman énoncera la doctrine qui porte son nom et qui consistera dans l’endiguement des avancées soviétiques.

Si l’URSS avait réussi à découpler les croissants interne et externe alors Moscou serait parvenu à faire revenir le monde à l’âge pré-colombien : le Nouveau Monde (les Amériques) aurait été écarté et marginalisé politiquement. SCHMITT expliquait que « l’ordre mondial européo-centrique apparu au XVIe siècle s’est divisé en deux ordres globaux distincts, terrestre et maritime. Pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, l’opposition entre terre et mer devient le fondement universel d’un droit des gens global. Désormais il ne s’agit plus de mers intérieures comme la Méditerranée, l’Adriatique ou la Baltique, mais du globe terrestre entier, mesuré géographiquement, et de ses océans »[13].

 

Par ailleurs, cette réflexion ne permet pas d’infirmer ou de confirmer les thèses de MACKINDER et de SPYKMAN. Bien des éléments plaident pour un transfert du pivot de l’Europe centrale au Golfe Persique. Toutefois, aucune des deux grandes puissances ne dominent nettement le Rimland.

 
 

Bibliographie :


 

 
Ouvrages de Géopolitiques :

 

  • CHANTRIAUX Olivier et FLICHY DE LA NEUVILLE Thomas, Le basculement océanique mondial, Paris, Editions Lavauzelle, 2013, 149 p.
  • RATZEL Friedrich, La géographie politique – Les concepts fondamentaux, Paris, Editions Fayard, 1987, 220 p.
  • KEMPF Olivier, Géopolitique de la France – Entre déclin et renaissance, Paris, Editions TECHNIP, 2013, 220 p.
  • SCHMITT Carl, Le Nomos de la Terre, Paris, Editions Presses Universitaires de France, 2012, 368 p.

 

Ouvrage d’Histoire :

 

  • FISCHER Fritz, Les buts de guerre de l’Allemagne impériale – 1914-1918, Paris, Editions Trévise, 1970, 653 p.

 

 

Articles de géopolitique :

 
MACKINDER Harold John, « The Geographical pivot of History », Royal society of geography, 1904, pp. 421–37.

 
 




[1] KEMPF Olivier, Géopolitique de la France – Entre déclin et renaissance, Paris, Editions TECHNIP, 2013, p. 156.

[2] FISCHER Fritz, Les buts de guerre de l’Allemagne impériale – 1914-1918,  Paris, Editions Trévise, 1970, pp. 19-20.

[3] FISCHER Fritz, Les buts de guerre de l’Allemagne impériale – 1914-1918,  Paris, Editions Trévise, 1970, pp. 19-20.

[4] FISCHER Fritz, Les buts de guerre de l’Allemagne impériale – 1914-1918,  Paris, Editions Trévise, 1970, p. 20.

[5] KEMPF Olivier, Géopolitique de la France – Entre déclin et renaissance, Paris, Editions TECHNIP, 2013, p. 156.

[6] FISCHER Fritz, Les buts de guerre de l’Allemagne impériale – 1914-1918,  Paris, Editions Trévise, 1970, p. 19.

[7] MACKINDER, Halford John, "The geographical pivot of history", The Geographical Journal, 1904, pp. 421–37.



[10] CHANTRIAUX Olivier et FLICHY DE LA NEUVILLE Thomas, Le basculement océanique mondial, Paris, Editions Lavauzelle, 2013, p. 123.


[13] SCHMITT Carl, Le Nomos de la Terre, Paris, Editions Presses Universitaires de France, 2012, p. 172.

03 décembre 2013

"Le basculement océanique mondial" de O. Chantriaux et T. Flichy de la Neuville

http://www.laprocure.com/cache/couvertures/9782702515778.jpg
 
Messieurs Olivier Chantriaux et Thomas Flichy de la Neuville nous offrent un ouvrage de géopolitique majeur. Osons-le dire, il est destiné à faire date. Il est dans la droite lignée des livres :

  • Le problème militaire français (Paris, éditions Flammarion, 1937) de Paul Reynaud,
  • Le problème du porte-avions d'Hervé Coutau-Bégarie (Paris, éditions Economica, 1990),
  • France-su-Mer - un empire oublié (Monaco, éditions du Rocher, 2009) de Philippe Folliot et Xavier Louy.

Ces livres ont en commun de défendre une thèse, un projet stratégique majeur dans un court ouvrage. Le parti pris de l'auteur de ce blog est de dire que leur valeur ajoutée est d'avoir raison.

 

Le basculement océanique mondial propose une lecture Géopolitique du monde et de sa composition. Il s'agit pour les auteurs de présenter ce que serait actuellement le pivot du monde. Il ne serait pas (encore ?) en Asie de l'Est mais en Iran. L'espace de confrontation en est l'océan Indien.

 

http://www.agora-erasmus.be/IMG/gif/Mackinder.gif

  © Wikipédia.


Il y aurait trois camps qui s'affronteraient :

  • les anciennes civilisations océanes (Europe, Etats-Unis et Japon),
  • le pivot dormant des principautés continentales (Iran, Arabes et Ottomans),
  • les empires de la terre (Brésil, Inde et Chine).

La caractéristique majeure du premier camp est un rétrécissement de l'empreinte navale de ses différentes constituantes. Cette diminution des volumes navals et maritimes va de pair avec le déplacement de l'activité économique à l'Est du continent eurasiatique. 


Ce qui n'empêche pas que ces différentes puissances continuent à investir dans leurs marines et conservent une avance technologique. Les deux auteurs citent à cet effet Joseph Henrotin qui "a raison d'établir une relation positive entre le coût des bâtiments les plus récents, leur perfectionnement technologique et leur durée d'emploi" (in Les fondements de la stratégie navale au XXIe siècle, Paris, éditions Economica, 2011).

 

Cet effort est d'autant plus marquant qu'ils affrontent des faiblesses, tant démographiques (Japon) que financières ou autres.

 

Les empires de la terre sont le Brésil, l'Inde et la Chine.

 

Le Brésil bascule en douceur vers la mer, c'est l'une des caractéristiques de son évolution nous disent les auteurs. Brasilia doit affronter le complexe sécuritaire américain dans la mer des Antilles et la réactivation de la IVe flotte (2004). N'est-ce pas Mahan qui disait (The problem of Asia: Its Effect upon International Politics, 1900) que la sécurité des Etats-Unis se jouait à partir du Nord de l'Amazone? Mais il y a aussi la présence navale de la Russie et de la Chine. Moscou et Pékin ne sont pas insensibles aux réserves fossiles et minières du continent. D'où la nécessaire constitution d'une marine pour défendre l'Amazonie Bleue.

 

http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/e/e3/Tang_(616-710).png 
© Wikipédia. L'empire du Tibet sous l'empereur Songtsen Gampo (605 - 650 AP JC.

 

L'Inde est un ensemble historique de diverses entités politiques qui ont été très marquées par l'influence du Heartland (Mackinder, The geographical pivot of history, The Geographical Journal, 1904). L'avènement de l'empire de Songtsen Gampo (605 - 650 AP JC) en est le plus grand exemple. C'est le fait que l'Inde tourne le dos à la Mer pour se concentrer sur ses querelles intestines qui ouvre la voie à la colonisation européenne. L'action de Suffren montrera comment les Européens surent exploiter avec brio ces divisions intestines. Avec le processus d'accès à l'indépendance, la marine indienne se constitue. Les deux auteurs citent Pannikar, qui écrivait en 1940 : "Pour l'Inde, l'océan Indien est une mer vitale. Sa liberté dépend de la liberté de cette mer vital. Aucun développement industriel, aucune croissance économique, aucune structure politique stable ne sont envisageables si ses rivages ne sont pas protégés". Là est la consécration de ce mouvement historique.

 

Nos deux auteurs ouvrent le chapitre sur la Chine avec à-propos en relatant l'ascension de la marine chinoise au XIVe siècle sous le commandement de l'amiral Zeng He. Les témoignages historiques rapportent que les jonques étaient gigantesques pour les plus grandes : une centaine de mètres, plus grandes que nos deux et trois ponts. Les escadres chinoises allaient jusque dans le golfe Persique. Certaines personnes soutiennent que des cartes tendraient à prouver que Zeng He avait mené ses navires jusqu'en Amérique...

Mais à partir de 1368 la Chine se ferme de nouveau à la mer. Ce tropisme continental chinois marque toute son histoire. La Chine s'ouvre à la mer par la force et s'y ferme pour reconstituer l'empire du milieu. A la remarque près que c'est au XIe siècle que la Chine s'ouvre à la mer car rejetée sur les côtes par les barbares. Elle tourne le dos pour reprendre ce qu'elle a perdu. Aujourd'hui, aucune menace continentale ne l'oblige à tourner le dos à la mer.

La Chine, devenue usine du monde, se doit de protéger ses routes maritimes et d'en explorer, peut-être, de nouvelles, l'Arctique notamment, où elle entre en concurrence directe avec son voisin russe. Le développement de la MAPL (Marine de l'Armée Populaire de Libération) suit donc ces ambitions. Et en Chine, la plus grande des victoires est la bataille que l'on n'a pas livrée (donc que l'on a remportée sans user des armes).

 

http://www.senat.fr/rap/r11-674/r11-67418.gif

 

L'océan Indien est le centre des échanges maritimes. Il borde le centre des plus grandes réserves mondiales d'hydrocarbures. L'Iran, au coeur du système énergétique mondial, serait le pivot, la clef de voûte du système. N'est-ce pas vers le Nord de l'océan Indien que convergent toutes les missions de protection du trafic maritime ? N'est-ce pas à travers le dossier iranien que s'affrontent les anciennes civilisations océanes et les empires de la terre ? Téhéran n'est-elle pas une des clefs du Heartland, notamment en Afghanistan ?

 

C'est toute l'histoire des Perses, des Arabes et des Ottomans qui est relatée dans ces chapitres, de leur ouverture à leur fermeture à la mer. Les auteurs présentent l'enfermement atomique de l'Iran. Ce qui n'a pas empêché une partie de l'Iran de se tourner véritablement vers la mer, comme en témoigne l'envoi de navires iraniens en Méditerranée et dans l'océan Indien ; si la marine iranienne ne saurait rivaliser techniquement avec les forces modernes des pays occidentaux, elle s'avère néanmoins redoutable si elle se déploie en « poussière navale » et entrave, ainsi, la circulation maritime. Ces principautés continentales se caractérisent historiquement par un refus de la mer.

Mais ce n'est plus vrai aujourd'hui. Nous noterons avec intérêt que les monarchies du Golfe ne s'offrent plus des vaisseaux pour en tirer prestige. Mais elles développent leur puissance maritime, de l'océanographie à l'industrie navale. C'est un mouvement profond d'ouverture.

Faut-il penser que cette ouverture à la mer pèse dans les négociations avec l'Iran pour déverrouiller le nucléaire et le possible basculement d'alliance des Etats-Unis de Riyad à Téhéran ?

 

Et la place de la France dans tout cela ? C'est l'une des grandes surprises de cet ouvrage. En adhérant au paradigme défendu par Olivier Chantriaux et Thomas Flichy de la Neuville, alors nous ne pouvons qu'être d'accord avec eux : Paris a fait les bons choix : l'ouverture de la base aux Emirats Arabes Unis démontre que la France a saisi toute l'importance du basculement en cours.
C'était la première ouverture d'une base depuis bien longtemps. Elle est le symbole du basculement à l'Est de notre dispositif de bases, de la réduction de celles d'Afrique de l'Ouest au bénéfice de Djibouti et l'implantation militaire française aux EAU. Avec la base de la Réunion, c'est un triangle plutôt bien placé pour contrôler l'océan Indien et l'accès à la Méditerranée.

A cet égard, nous devrions oser faire un parallèle entre nos multiples opérations extérieures en Afrique de l'Ouest et ce basculement à l'Est. N'assiste-t-on pas, toutes choses égales par ailleurs, à une réitération du schéma stratégique dont avait bénéficié la France à l'occasion de la guerre d'Indépendance américaine ? La France, parvenant à s'affranchir des querelles intestines d'Europe, avait pu se battre à armes égales avec l'Angleterre et triompher (pour écrire l'Histoire). La question mérite d'être posée.

 

Nous nous offrons même la gageure historique de le faire avant les Anglais qui pensent revenir à leurs choix de se fermer aux positions East of Aden et East of Suez. Ils pourraient même ouvrir une base dans le Sultanat d'Oman nous apprend l'ouvrage.

 

Dans l'ensemble, l'ouvrage recèle une très grande culture historique et navale en si peu de pages. Je ne serais certainement pas le seul à avoir beaucoup appris.

 

C'est sans conteste un ouvrage qui mérite sa place au pied du sapin cette année. Il est à lire sans hésiter et à offrir à ceux qui hésitent. La lecture de l'Histoire dans le temps long qu'il donne permettra à chacun d'échapper à la dictature de l'immédiateté et de retrouver le goût de la réflexion.

28 novembre 2013

Porte-avions Charles de Gaulle : une refonte historique

http://www.ecpad.fr/wp-content/gallery/inauguration-du-porte-avions-nucleaire-quotcharles-de-gaullequot/01-94-126-10-09.jpg 
© ECPAD. Le 9 mai 1994, dans le port de Brest, le porte-avions à propulsion nucléaire “Charles de Gaulle” est inauguré  en présence de M. François Mitterrand, président de la République, M. Edouard Balladur, Premier Ministre, et M. François Léotard, ministre de la Défense.
 
La décision historique est tombée dans la plus grande indifférence ! Monsieur le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, annonçait que le Charles de Gaulle allait être refondu pour 1,3 milliards d'euros (2016-2018)
 
Cette indifférence est révélatrice à plus d'un titre !
 
Premièrement, c'est une décision majeure sur le plan historique. Lors de l'élaboration de la loi de programmation militaire actuelle, et les fameuses trajectoires X, Y et Z, il avait été question, selon les bruits de coursives, de retirer du service le porte-avions. Il y a un monde entre remettre en doute l'outil majeur de la puissance aéronavale et confirmer cette dernière.
Pourquoi est-ce donc une décision majeure sur le plan historique ? Le temps naval est un temps long, même si cela n'est pas toujours compris. La question du second porte-avions a été ouverte en 1990 quand le R92 Richelieu n'était pas commandé. En 2013 (23 ans plus tard) le gouvernement prend la décision majeure de confirmer le R91 Charles de Gaulle avec cette refonte à mi-vie. Le prochain rendez-vous est la période 2025-2030  où il faudra débattre de l'intérêt de remplacer le Charles de Gaulle et de l'accompagner d'un sistership puisque c'est le minimum pour disposer de l'outil.
 
Notons que c'est la énième décision gouvernementale depuis 2004 qui confirme la volonté de l'Etat de maintenir la capacité à concevoir, construire et mettre en oeuvre des porte-avions, depuis la décision du président Chirac de travailler avec les anglais (et les coûts afférents !) jusqu'à cette décision de refondre l'unique porte-avions.
 
Les refontes de navires, et en particulier les refontes à mi-vie, ne sont pas monnaie courante dans l'Histoire. Ce sont des opérations très lourdes et qui nécessitent des investissements équivalent à plus ou moins la moitié de la valeur du bateau. Par exemple, Coutau-Bégarie nous décrivait l'exemple américain à travers les refontes SLEP (Sea Life Extension Program) "destiné à prolonger la durée de vie de ces porte-avions d’une quinzaine d’années [alors qu'ils avaient été conçu pour 30 ans de service] au prix de 28 mois de travaux pour un coût qui atteint maintenant environ près d’un milliard de dollars par unité. Le SLEP comporte la révision complète de la coque, des machines..., la modernisation de l’équipement électronique et la refonte des installations aéro".
 

Il s'agit bel et bien de pérenniser le porte-avions pour qu'il demeure un outil opérationnel de premier plan dans le monde pour la seconde partie de son existence opérationnelle.
 
Le volume financier impressionne et confirme donc le caractère historique de la décision. 1,3 milliards d'euros ! C'est une somme gigantesque et pour la remettre en perspective il suffit de citer le coût de la première IPER du Charles de Gaulle, intervenue après sept années d'activités opérationnelles : 0,3 milliards d'euros...
 
Nous ne devrions qu'être stupéfait par l'incroyable situation que nous vivons :
  • les anti-porte-avions français sont vent debout contre la commande d'un second porte-avons qui coûtait 2 milliards d'euros dans les années 90 et 2,5 milliards d'euros HT aujourd'hui,
  • et personne ne s'offusque que l'outil soit confirmé et lourdement modernisé pour 1,3 milliards d'euros.
C'est une situation ubuesque.
 
Qu'est-ce qu'un 1,3 milliards d'euros ? A 200 millions près, c'est le coût du porte-aéronefs Cavour (qui jauge presque autant que les porte-avions Foch et Clemenceau pour 1,5 milliards).
 
Le second porte-avions c'est l'équivalent de trois Rafale par année fiscale sur sept années.
 
La refonte du porte-avions Charles de Gaulle ce sera 1,3 milliards d'euros étalés sur deux années de 2016 à 2018.
 
L'effort financier n'est rigoureusement pas le même... et l'hystérie anti-porte-avions ne s'est même pas manifestée !
 
Nous sommes donc dans l'obligation, sans nier la nécessiter de réaliser l'IPER du Charles de Gaulle, de poser la question suivante : ne serait-il pas plus judicieux sur le plan stratégique de lancer la construction du second porte-avions grâce à la ligne de crédit prévue pour 1 milliard d'euros (moins les 0,3 milliards de l'IPER) ?
 
La situation est proprement incroyable si nous la rapportons aux "discussions" qui ont eu lieu sur l'avenir de la puissance aéronavale française de 2008 à 2013.
 
Pour en revenir à la refonte, nous ne pouvons que nous ne demander ce qu'il y aura dans ce milliards supplémentaire par rapport à une IPER classique du porte-avions.
 
Premièrement, Mer et Marine avait supposé que le Charles de Gaulle verrait le remplacement de ses radars car la suite actuelle tend vers l'obsolescence. Il y a deux solutions possibles :
  • une remise à niveau via un Herakles amélioré (le même que sur les FREMM ASM),
  • une solution ambitieuse avec un radar à surfaces planes qui pourrait être le même que celui de la FREMM-ER.
Cette dernière pourrait préfigurer ce que seront les deux FREDA qui seront livrés en 2018 et 2019 puisque le ministre de la Défense a choisi que ces deux frégates, initialement prévues pour la LPM suivante, soient contenues dans l'actuelle LPM.
Solution qui serait soutenue par l'export puisque la demande irait pour des frégates de défense aérienne avec radar à surfaces planes pouvant s'intégrer dans une défense anti-missile balistique. 
 
Deuxièmement, il n'y a pas beaucoup d'informations qui sont tombées quand aux modernisations qui seront effectuées. C'est pourquoi nous nous devons de les imaginer :
  • le déplacement de l'ilot à l'arrière du pont d'envol,
  • l'installation de catapultes électromagnétiques (et pourquoi pas atteindre la capacité catapo et le doublement des catapultes à cette occasion),
  • une défense aérienne à très courte portée par laser (à l'instar du CVN 78),
  • la modernisation des installations aéronautiques pour l'accueil de drones,
  • la robotisation du bord pour faciliter les flux logistiques,
  • l'utilisation de peintures au silicone pour la carène,
  • l'installation de dispositif de supercavitation pour améliorer la propulsion,
  • une automatisation accrue du navire (permettant de diminuer l'équipage du bateau de 1300 à 900 personnes et permettre de le doubler à terme),
  • la remotorisation du navire par des moteurs supraconducteurs,
  • l'installation de pods en lieu et place des lignes d'arbres,
  • l'utilisation de l'espace libéré pour améliorer la puissance propulsive,
  • l'autre utilisation de l'espace libéré pour améliorer les capacités d'emport de carburant et de munitions (et donc réduire le besoin logistique).
L'enveloppe de la refonte aurait pu être dépassée par tant de projets. Néanmoins, bien des suggestions ci-dessous relèvent directement d'une partie des 34 plans industriels présentés par le gouvernement.
 
 
Cette refonte à mi-vie n'a pas fini de faire parler d'elle.

27 novembre 2013

Les deux océans français



La géographie navale de la France, ou plutôt de l'Archipel France, évolue significativement depuis 1989. En guise de préliminaires, il convient de rappeler qu'en France la projection de l'État dans l'espace était marquée par les apparitions successives de menaces continentales contre son existence (des Habsbourg au pacte de Varsovie). Depuis la fin de cette menace continentale en 1989, la France européenne s'entoure de "Longs Murs", analogues à ceux de l'Antique Athènes, par la construction européenne. Cette insularité artificielle rend total le caractère archipélagique de la France, et consacre par ailleurs un Archipel France reposant sur deux océans.

Port(s) des SNA : Brest, Toulon ou ailleurs dans l'Archipel France ?

http://www.meretmarine.com/objets/500/29371.jpg
 

Il y a un gros dossier qui attend la Marine nationale, et malheureusement, la décision qui en découlera sera, peut-être, déjà obsolète.
C'est bien entendu celui du port base... des IPER des sous-marins français dont il est question. En 2008 et suite au choix de confirmer Toulon comme port base des SNA, il était dit à Brest que c'était une "décision politique". Forcément, mais par là il fallait entendre que c'était une solution dictée par l'aménagement du territoire varois (salutations) et non pas par l'intérêt stratégique.

Entre parenthèses, ce serait le moment idéal de lancer une critique constructive de la "rationalité" des acteurs dans le processus de décision.

A Brest, on met en avant l'Ile Longue. Paradoxalement, il me semble que ce territoire n'est pas Brestois. La majeure partie de ses travailleurs sont de Brest. La question fiscale sous-jacente n'est pas à négliger (selon que l'on parle des IE ou des IPER des SNA-NG) mais le propos n'est pas là.

Donc le site finistérien présenterait l'avantage, s'il devenait plateforme unique des IPER des sous-marins nucléaires, d'offrir un coût de revient moindre. C'est bien là le coeur du dossier : il existe deux chaînes distinctes d'IPER en France pour les sous-marins : Brest (SNLE) et Toulon (SNA). La réflexion qui s'achèvera bientôt doit déterminer si nous devrions rationaliser l'ensemble à une seule chaîne à IPER de sous-marins nucléaires. Sur le plan industriel, cela n'est pas irrationnel : plus de volume, moins d'infrastructures.

Nous parlons donc bien de conserver Toulon comme port base des SNA, que l'entretien courant y soit effectué (les IE) et que l'Ile Longue ne conserve que les IPER (soit une IPER tous les 10 ans pour chaque SNA-NG).

Mais il semblerait que certains veuillent aller plus loin et faire de Brest un pôle ASM en y basant tous nos SNA et SNLE. Forcément, deuxième acte, Toulon est contre.

On accuse un "lobby" (groupe de pression en Français) brestois qui serait à l'oeuvre. Gageons que le fait de baser actuellement tous nos SNA à Toulon, même pour les IPER, est un choix stratégique savamment étudié et que les Toulonnais sont insensibles aux retombées engendrées... (à l'instar des brestois, salutations).

Le ministre de la Défense, lorientais (et qui a donc perdu les sous-marins classiques il y a peu (en temps marin) attend donc ce rapport sur le choix à effectuer. Officiellement, et à moins que j'ai raté bien des marches, il s'agit de savoir si Brest et l'Ile Longue seraient plus rentable pour les IPER des sous-marins nucléaires français que Toulon.

Parle-t-on d'un port base unique ? Je n'ai pas vu.

 

http://www.sdumas.lycee-berthelot.fr/IMG/jpg/grands_flux_maritimes-2.jpg

 

Malheureusement, cette décision sera forcément, troisième étape, obsolète. La géographie navale française n'est plus la même :

  • nous n'avons plus deux façades maritimes (Atlantique et Méditerranée) ;
  • mais nous en avons au moins cinq : Atlantique, Antilles, Méditerranée, océans Indien et Pacifique.

Plus synthétiquement, la géographie navale française peut se résumer à une opposition entre le Vieux Monde et le Nouveau Monde. C'est-à-dire que les détroits du Cap (Afrique du Sud), de Magellan (Argentine), le Canal de Suez (Egypte) et de Béring (Russie - Etats-Unis) séparent deux océans français. C'est par là que la concentration de la Flotte se joue (et c'est toute l'Histoire navale de la France).

 

C'est pourquoi nous devrions peut être parler de l'opportunité de déplacer des frégates et des sous-marins du premier océan français au second.

 
Au final, il est peut être bon de rappeler que si nous avions construit la "seconde Ile Longue" (à côté du cap de la Chèvre (presqu'ile de Crozon) sur l'un des deux sites étudiés pour les SNLE) comme cela été prévenu alors nous n'aurions jamais eu l'occasion d'aborder ce sujet. N'est-ce pas la preuve que le temps naval est un temps long ?