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Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mardi 9 novembre 2010

Guerre du Rafale : fin de la bataille brésilienne ?

© Inconnu.
Un site brésilien semblerait annoncé une nouvelle très attendue : le choix du vainqueur du contrat FX-2 au Brésil. Et ce serait le Rafale ! Réflexe de protection... Nous ne sommes plus à une annonce de victoire, ou défaite, près dans ce dossier. La guerre économique qui se livre est si intense.

Première aile : la bataille Brésilienne

Néanmoins, prenons le temps de poser les choses de façon schématique et très large. Prenons donc une certaine hauteur de vue. Le Brésil n'est qu'une des batailles commerciales que se livrent les Etats constructeurs d'avion de combat. Mais il a la spécificité de pouvoir améliorer les chances de l'avion qui sera déclaré vainqueur au Brésil pour d'autres marchés. Dans le cas français, la victoire brésilienne ne constitue qu'une "aile" d'un vaste "mouvement d'armée". L'intérêt du contrat sud-américain est triple :
  • permettre une première vente export, ce qui saperait lourdement les critiques anti-Rafale ;
  • relance sérieusement les ventes exports ;
  • baisser la facture du programme en augmentant le volume -et peut être les cadences- et s'arroger un grand nombre d'options sur le continent bolivarien. Certaines informations font état d'une commande total brésilienne pouvant atteindre 108 machines sur le long terme. Et d'autres informations font état que le contrat français contiendrait la possibilité pour le Brésil de vendre le Rafale produit sur son sol à d'autres pays, dont avant tout ses voisins.
Ce qui est intéressant, c'est que la victoire française, si elle se réalisait, confirmerait la viabilité du programme Rafale à long terme et renouvellerait son potentiel export. Et c'est bien ce qui inquiète. Si l'équation financière du programme tricolor est tendue, elle le serait d'autant moins avec une commande supplémentaire de 36 machines. Même si seulement environ 6 d'entre elles seraient produite sur le sol français -en vertu des demandes brésiliennes- cela permettrait néanmoins d'augmenter un peu les cadences (ou d'étaler les commandes françaises plutôt). Mais tout les sous-traitants du programme pourraient profiter de ce contrat pour répercuter cette hausse de volume sur le coût unitaire de production.

Deuxième aile : le contrat du siècle en Inde

Et là, la chose inquiète les concurrents du dernier de Dassault Aviation. Les américains qui ont certaines difficultés à maîtriser les coûts de leur dernier né, le F-35. Les communications officielles sur les coûts du programme se font de plus en plus rare. Maix aux dernières nouvelles, le coût unitaire dépasserait les 100 millions de dollar. Et rien n'est sûr quand à la date d'entrée en service de l'appareil. Ce qui explique, en partie, pourquoi c'est les F-16 et F-18 qui sont alignés par les Etats-Unis à l'export. Sans compter le fait que certains pays, comme l'Inde, ne recherche pas d'avions de chasse de "cinquième génération" vu que les indiens en développe un avec l'aide de la Russie (participation indienne dans le programme PAK-FA).

Mais ce ne sont pas les américains qui ont le plus à s'inquiéter. Les concurrents américains de l'industrie de défense américaine ont tendance à disparaître. Ceux qui ont le plus à craindre seraient les russes. En effet, l'une des principales raisons des succès des Sukhoï est bien sûr son faible prix. Et si jamais le Rafale se vendait en Inde, il ne finirait pas par atteindre le prix d'un appareil russe. Mais le rapport qualité/prix s'améliorerait. Et il serait moins onéreux de se doter du système d'armes français. La presse brésilienne a d'ailleurs transpirée de craintes russes d'une victoire française. Il était même annoncé un temps un retour des russes.

C'est donc le contrat du siècle qui est en ligne de mire. Les contrats brésiliens et indiens sont en interaction concernant la France. Remporté le premier signifierait prendre une option sérieuse, mais pas suffisante, pour remporter le deuxième. L'Inde, c'est 126 machines dont une trentaine construite en France. C'est un contrat d'une dizaine de milliards d'euros.

Et le contexte n'est pas si défavorable. Il y a encore quelques années, un duel russo-américain était annoncé comme la seule issue de ce contrat. Depuis, la bataille brésilienne maintient les chances françaises en Inde. Et l'inattendu retour de l'Eurofighter, ainsi que le démarchage agressif du Gripen, montre bien que le contrat n'est pas si fermé.

Le centre

Une fois la décision brésilienne rendue, il y aura un repport des forces sur l'Inde, forcément, et aussi dans la péninsule arabique. Malgré les annonces de signature de faramineux contrats d'armement entre les Etats-Unis, l'Arabie Saoudite et les E.A.U. (pour ne citer qu'eux), il reste tout de même quelques grosses miètes. Un contrat d'une soixantaine de machines reste pendant aux E.A.U. où les négociations avancent discrètement et tout doucement... Ainsi qu'une intention d'achat manifestée publiquement par le Koweit pour une trentaine de machines. Quatar, Barhein et Oman ne seraient pas en reste mais ces hypothèses se sont fait très discrètes pour tout le monde... N'oublions pas le très étrange marché lybien qui se signale ou se rappelle à notre souvenir quand il veut, et souvent, pour rien nous apprendre de nouveaux. Ce "centre arabique" représente un potentiel de commandes d'une centaines de machine. Ce qui n'est pas rien. Et la France ne reste pas immobile dans ce coin du monde : ouverture d'une base inter-armes aux E.A.U., d'antennes de HEC, du Louvre et de St Cyr... Si ce n'est pas une volonté de s'implanter fortement dans la région, cela y ressemble. Il est difficile d'évaluer dans quelle mesure cette influence culturelle peut être rattachée aux négociations d'armement. Mais des liens doivent bien exister.

Ce centre subirait une influence internationale complexe entre, d'une part, le résultat brésilien, et d'autre part, la bataille indienne qui ira en s'intensifiant. Au niveau régional, la très lourde implication américaine dans la région (au sens très large) leur donnera de grands avantages dans la négociation. Les E.A.U. s'étant, en outre, doté d'une soixantaine de F-16 block 60. Mais cette influence jouera contre eux dans l'hypothèses où certains Etats essaieront de ne pas se fournir chez un fournisseur unique (argument que l'on retrouve contre la France au Brésil paradoxalement). Enfin, et toujours à l'intérieur de l'échelon régional, il semblerait, au vu de ce qui se passe depuis plusieurs années, que le contrat émirati soit le verrou de tout les marchés. Il n'est pas à exclure que les acheteurs potentiels du coin se grefferont peut être sur la commande émirati. Un temps, on évoquait une telle opération pour la Lybie, bien qu'on s'étonne qu'un tel transfert d'armement vers cet Etat soit aussi facilement accepté. La France continue d'user de son influence et de ses arguments pour obtenir un résultat favorable. Encore récemment, des responsables français n'hésitaient pas à évoquer l'ouverture d'une unité de transformation Rafale dans la base française des E.A.U.Ce qui plaiderait pour un "pôle Rafale" et une commande "commune".

Mais ce ne sont que des hypothèses dans un contexte bien obscur où l'information est parcellaire.

Du Centre vers la place forte Européenne

L'Europe a quelques contrats d'armement figés. C'est paradoxal à dire alors que bon nombres d'européens ce sont engagés dans le programme Eurofighter et/ou JSF (F-35). A ce titre, il faut signaler que les Etats qui achètent ou achèteront le F-35 sont les mêmes, souvent, qui ont achetés le F-16 (face au Mirage F-1) et le F-104 Starfighter pour la génération encore avant. De façon similaire, les Etats engagés dans l'Eurofighter sont presque tous les mêmes que ceux qui été engagés dans le consortium PANAVIA qui avait donné naissance au Tornado.

C'est donc une Europe où la France est structurellement isolé depuis deux, voir trois générations d'appareils. Si la vente des différents Mirage a été un grand succès, il ne faut pas oublier que c'est principalement hors Europe. A part la Grèce et l'Espagne, on ne trouve pas d'autres acheteurs européens d'avions de chasse français. Hors "soeurs latines" (même si c'est un peu incorrect de qualifier ainsi la Grèce), c'est l'Europe du Nord qui reste très fidèle aux industriels américains.

Et pourtant, la situation n'est pas si défavorable. Les Etats-Unis sont dans une face de repli ou de redéploiment vers l'Asie. Ce n'est pas pour autant qu'ils ne s'intéresseront plus au marché européen. Pour preuve, le programme JSF. Mais ils vont bien y perdre quelques influences. Les difficultés et déboires du programme JSF, et les espoirs déçus de certains contrats F-16 européens (Pologne) ne vont pas aider à l'influence américaine. L'OTAN ne constitue plus un bouclier suffisant. Pour preuve, la réaction polonaise lors de la crise du BMDE : son appartenance à l'OTAN ne suffisait pas puisqu'elle réclamait le stationnement de soldat américain via le déploiment de Patriot.

C'est donc un contexte où la France n'a pas réussi à s'imposer à l'Europe du Nord, notamment face aux Etats-Unis. En outre, le programme européen Eurofighter, le second du genre, est en bien grande difficulté et constitue plus un échec dans la lignée de l'A400M (bien qu'il ait eu quelques succès export et en aura peut être d'autres). N'oublions pas l'influence suédoise qui n'est pas mince en Scandinavie et assimilé. Surtout que, le programme Gripen est aux abois et nécessite impérieusement une nouvelle commande pour survivre, et surtout un client pour développer le Gripen NG afin que la Suède garde la compétence de concepteur d'avion de combat. Dernier facteur, les difficultés du programme américain JSF qui a eu beu jeu de concerner nombre d'européens, doit faire face à des retards de calendrier et des augmentations de coûts qui se découvre année après année. Cette situation n'a rien à avoir avec les contrats F-16. L'exemple anglais est frappant : il était prévu que les forces armées britanniques se dotent de 150, puis 132... Puis 50 F-35B. Mais ce sera finalement une quarentaine de F-35C !

Le Rafale ne peut qu'être en position d'attente. Et réussir quelques succès dans l'aile ou dans le centre lui donnerait une position extrêmement favorable. Il serait mensonger d'exclure des succès en Europe. La bataille semble bien engager en Suisse où, a priori, un biréacteur lourd n'a pas été jugé trop grand pour le réduit alpin. La bataille anglaise est l'une des moins considérés. Alors que, le rapprochement aéronaval franco-anglais est bien réel. Il a déjà eu pour conséquence (avec la crise financière et économique anglaise) de pousser la Royal Navy a changé partiellement de doctrine. De nouvelles déconvenues financières, technique (F-35) ou politique pourrait pousser le Royaume-Uni à se procurrer le Rafale. C'est une hypothèse que j'avais développé sur Mon Blog Défense.

Je suis plutôt sceptique pour une obtention d'autres succcès. Les Etats scandinaves sont plutôts tournés vers les Etats-Unis. Et en absence de ces derniers, c'est une union de Défense nordique qui refait surface.

Conclusion

C'est un très intéressant mouvement géopolitique dont il est bien difficile de rendre compte dans un si court article. Il faudrait presque rédiger un petit ouvrage avec tout les acteurs concernés pour mieux apprécier les enjeux. C'est aussi une guerre planétaire qui s'étend sur quatre continents (Amérique du Sud, Afrique, Europe et Asie). Une guerre où certaines zones sont en interaction entre elles, mais peut être pas de la même manière selon les acteurs. Une guerre qui mêle Nord et Sud, pays industrialisé et émergent.

Certaines hypothèses feront douter bon nombre d'observateurs, certes. Mais à la lecture des traités du 2 novembre, bon nombre de préjugés ou de postures psychologiques ont explosés. Ou, à plus petite échelle, les scénarios pour le Brésil et l'Inde ont bien évolué d'une année à l'autre, où les premiers pronostics ce sont parfois révélés totalement faux. Dans le cas du Rafale, l'évènement "domino" serait la signature d'un premier contrat à l'aile brésilienne ou au centre. La donne géopolitique serait entièrement changée dans le monde aéronautique. Et l'affaiblissement de bon nombre de pays européens et le recentrage américain, avec l'absence de l'émergence de concurrents venant des pays émergents, seront tout autant de facteur pour lui donner toutes les chances de réussir une belle carrière.

Je réaffirme ici un pari exprimé en commentaire d'un article de Zone Militaire : 500 commandes export de Rafale. L'enjeu est très grand, puisque le vainqueur européen de la quatrième génération deviendra le premier élément structurant des industriels européens pour le futur avion de combat de cinquième génération. Certains trouvent Dassaut anachronique et responsable des déboires de son Rafale. Cela me parait assez confortable pour écarter les lourdes responsabilités politiques de l'Etat français. Et le programme nEURON montre bien que Dassaut, donc la France, joue bien ses cartes en Europe.

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