Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mardi 22 mai 2018

SNLE C6 : un des avant-projets du SN3G ?

© MBD Design. "SNLE-C6-Secondaire".
L'agence MBD Design propose par le truchement du site internet de l'entreprise une galerie - "Nos réalisations" - vantant les contrats remportés par le groupe. Le choix est assez éclectique puisqu'il est autant question de transports collectifs urbains que de sous-marins. L'une des illustrations proposées est dénommée "SNLE C6". L'ensemble des rares informations présentes sur le site internet laissent entendre qu'il n'y a pas erreur sur le type de bateaux. S'agirait-il d'un des avant-projets du SN3G ?

Cette agence fondée en 1972 intègre le classement des premières entreprises mondiales à exercer cette activité dans le design transport. Présente sur tous les continents - moins l'Afrique -, l'entreprise déploie ses offres dans les secteurs ferroviaire, routier, maritime, militaire, véhicules spéciaux, smart city et smart building.

MBD Design a vu l'un de ses contrats bénéficier d'une grande renommée internationale. Entreprise contractante de DCN depuis 2003 - devenue entre temps DCNS (2007) puis Naval group (2017) -, c'est à MBD Design que nous devons le style esthétique des corvettes de la classe Gowind telles qu'elles ont été présentées en 2006. Style qui avait été étendu autant que possible à ce moment donné aux FREMM afin d'essayer de dégager une unité de style. 

Mais cette agence obtenait aussi de nombreux contrats pour les sous-marins de Naval group puisqu'elle a travaillé sur les locaux-vie du SNA brésilien dérivé du Scorpène - la cinquième unité vendue en 2008 -, des Barracuda. Mais il s'agit aussi d'ajouter à son crédit la participation au concept ship SMX-24 et, surtout puisqu'il s'agit du sujet qui nous préoccupe, MBD Design livrait des études de design intérieurs et extérieurs du SN3G.

C'est pourquoi le risque d'erreurs et de mauvaises appréciations dans les dessins d'artiste proposés dans la galerie de l'entreprise semble devoir être écarté. Après, environ, quinze années de collaboration avec Naval group, l'entreprise ne peut ignorer sur quoi elle travaille avec précision. Et elle peut faire valoir un savoir-faire recherché en matière de design des sous-marins puisqu'elle a participé à l'un des concept-ships et aux SNA-NG du programme Barracuda mais aussi au SN3G.

Les dénominations des illustrations proposées ne laissent pas non plus place au doute puisque chacune montre un objet précis sans erreur : SMX-24, SNLE, locaux des Barracuda et SN3G. En parcourant l'ensemble des réalisations de MBD Design dans la vitrine mise en ligne, il se dégage une règle quant aux appellations des fichiers : la vue principale d'une des réalisations porte le nom de l'objet seul. Par exemple, la vue principale de la corvette Gowind est nommée "Naval group Gowind". Toutes les vues particulières du même objet intègrent dans l'appellation "secondaire". Mais la numérotation des clichés apparaît après "secondaire" et non pas avant. 

En conclusion logique, il apparaît donc que l'objet "SNLE C6" distingue bel et bien un Sous-marin Nucléaire Lanceur d'Engins. Il s'agirait de l'avant-projet C et de sa sixième variante. Ce n'est pas, là, la manière d'appeler les avant-projets de SNLE lors du programme des SNLE-NG qui aboutissait à la classe Le Triomphant. L'avant-projet préfigurant ces derniers s'appellaient alors ND-6 : N pour Nucléaire, D pour SNLE et 2 pour deuxième variante (Natacha Hochman, Pierre Quinchon et François Dupont, Le Triomphant, Paris, Perron, 1994, pp. 12 - 19). Est-ce que la méthode de désignation des avant-projets a évolué ? Ou bien est-ce une autre méthode, parallèle et propre à MBD Design ?

ll ne semble pas possible de dater le cliché et donc à quel moment est intervenu MBD Design. Il est dit que la construction du SN3G débuterait en 2020. Par rapport aux dates du premier des SNLE-NG (Natacha Hochman, Pierre Quinchon et François Dupont, Le Triomphant, Paris, Perron, 1994, 264 pages) et en prenant pour point de référence la date projetée de mise sur cale (2020), cela voudrait dire que ses premiers choix architecturaux ont pu être arrêtés en 2006 (1981 pour les SNLE-NG), l'avant-projet retenu aurait alors été figé en 2011 (1985 pour les SNLE-NG). Eu égard aux choix architecturaux retenus dans l'illustration présentée par MBD Design, il s'agirait bien d'un avant-projet qui n'a pas été retenu et qui ne servait qu'à explorer des choix non-conventionnels. Cette étude daterait du début des années 2000 et aurait été écartée, au plus tard, en 2006.

Ce SNLE C6 qui nous apparaît tel un avant-projet écarté. Il serait difficile de n'y voir qu'un concept-ship, même s'il n'est pas possible d'en écarter la possibilité. Toutefois, quel intérêt Naval group trouverait-il à présenter une pure étude prospective touchant au style là, où, ce sont les ambitions politiques qui définissent strictement les caractéristiques opérationnelles (hauteurs des MSBS et du réacteur et donc diamètre de la coque) et nautiques ? Les SNLE ne s'exportent pas et le client français bénéficiant du monopole se moque assez du style d'un cigare noir. 

Les choix architecturaux sont détonnant mais conformes aux axes d'évolutions des sous-marins français. La technologie des sous-marins d'Alain Bovis (Bayeux, Heimdal, 2016, 128 pages) permettait d'apprécier le choix français, analogue à celui américain, d'essayer de réduire autant que possible le massif dans le cadre d'une recherche continue de discrétion acoustique. Alors, pourquoi ne pas essayer de le supprimer afin de ne laisser subsister qu'un cylindre à la finesse hydronamique aussi pur que possible ? Des deux ailerons, aucune partie mobile ne peut être distinguée. Servent-ils à porter des mâts non-pénétrants ? De barres de plongée ? Ou les deux ?

L'adjonction d'une pompe-hélice est des plus classiques et il serait très logique que des barres de plongée en croix de Saint André servent à gouverner le bateau. Mais cette pompe-hélice demeure un choix conventionnel : il n'aurait alors pas été question d'investir dans la nouvelle technologie apte à remplacer les premières générations de pompe-hélice. L'appareil à gouverner des Triomphant aurait été abandonné là, où, sur un dessin assisté par ordinateur ce qui peut sembler être une esquisse du SN3G reprend l'essentiel des choix architectures des SNG. Par contre, la présence de telles barres à l'avant est bien moins classique sur un SNLE. Il faut peut-être y voir l'une des nombreuses conséquences de la suppression du kiosque.

Le pont missile est très nettement surélevé par rapport à la coque épaisse et la coque hydronamique seule ne permet pas d'absorber la déformation pour lisser l'ensemble comme sur les Triomphant. La pompe-hélice semble être d'un diamètre classique bien que le carénage lui confère un volume qui semble exagéré. L'abandon de la division des missiles balistiques en deux soutes distinctes et leur réunion en une seule, comme c'était le cas sur les Redoutable, pourrait expliquer ce raccourcissement perceptible du bateau.

Ce qui permet d'apprécier que ce pont missiles est très en avant tandis qu'il y a très peu de mètres entre sa fin et la partie arrière du bateau. C'est à se demander où se trouve le PCNO qui ne doit pouvoir être situé qu'à l'avant avec l'ensemble de la présence humaine (postes d'équipages, postes de quart). Cette réduction sensible de la partie avant quant à sa longueur pourrait aussi s'expliquer par deux raisons : la première serait le retrait des Tubes Lance-Torpilles (TLT), et donc de la soute à armes tactiques, de la coque épaisse pour ne conserver que des TLT extérieurs contenant chacun une arme tactique prête à l'emploi. Une douzaine de tubes suffirait alors. La deuxième serait qu'il ne serait plus nécessaire de disposer d'un grand sonar à l'avant du bateau et qu'un ensemble d'antennes conformes suffiraient. Le gain en longueur serait, là aussi, très significatif.

Ce SNLE C6 apparaît comme un possible avant-projet du SN3G. Il aurait exploré des voies non-conventionnelles afin de soutenir les objectifs de discrétion à l'horizon 2060. Ses coûts intrinsèques d'études peuvent avoir suffi à l'écarter car les gains en la matière n'auraient pas été jugés primordiaux quant à la crédibilité technique de la composante océanique de la dissuasion. Les craintes des années 1980 faisant l'objet d'une attention soutenue jusque dans les années 2010 n'ont jamais débouchées sur des ruptures en matière de détection non-acoustique. Ce conservatisme mesuré semble s'exprimer sur les autres projets de SNLE que ce soit la future classe Columbia (SSBN(X) ou les Type 096 chinois sans oublier les Boreï, Boreï-A et -B.

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