Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





lundi 13 août 2018

BATSIMAR/POM : appel d'offres pour six frégates de quatrième rang ?

© Kership. MPV 80.
Le site d'informations navales Navy recognition reprend et met en perspective les grandes lignes d'une demande d'informations (au niveau européen ?), en prélude à un appel d'offres, émis par la Délégation Générale de l'Armement (DGA) portant six Patrouilleurs d'Outre-Mer (POM), c'est-à-dire la première partie du programme BATSIMAR (BATiment de Surveillance et d'Intervention MARitime)scindée en deux parties depuis la fin 2017 tandis que la deuxième partie sera constituée des PHM-NG. Le moins que nous puissions dire est que cette demande est porteuse de nombreuses informations.


BATSIMAR, le programme attendu depuis l'année 2008 afin de renouveler tous les patrouilleurs hauturiers de la Marine nationale via un bateau générique n'est plus depuis la fin d'année 2017. Le Chef d'État-Major de la Marine s'en expliquait fort bien le 11 octobre 2017 :

"Après plusieurs années de bataille pour avoir des BATSIMAR outre-mer, j’ai proposé de différencier ce programme. J’avais initialement l’intention de remplacer les patrouilleurs métropolitains et les patrouilleurs outre-mer par une même classe de bateau. Je n’y parviens pas. Ce serait trop cher, me dit-on. Je propose donc de déployer outre-mer des bateaux deux à trois fois moins chers, pour les avoir plus vite."
Amiral Christophe Prazuck, audition devant la commission de la Défense et des forces armées, Assemblée nationale, 11 octobre 2017.


L'une des principales informations n'a pas tellement trait aux caractéristiques nautiques et opérationnelles espérées des futurs POM mais bien aux façades maritimes desquelles ils seront rattachés. Les six futurs bâtiments sont destinés pour la Réunion, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française. Aussi, c'est la confirmation du cap tracé par l'Amiral Prazuck :

« Nous passons naturellement notre temps à hiérarchiser les zones à surveiller. Mais le format global que nous visons, et que nous connaissons depuis plusieurs décennies, est d’une frégate, deux patrouilleurs et un bâtiment logistique pour chaque département ou collectivité d’outre-mer. Le bâtiment logistique, la « bête de somme », c’est le B2M, qui est en cours de livraison : le premier est arrivé en Nouvelle-Calédonie, le deuxième part pour Papeete et le Premier ministre a annoncé la commande du quatrième. Le format du temps des P400, du programme de 1982 destiné à assurer la surveillance et la souveraineté de nos zones économiques, me paraît toujours cohérent. »

Amiral Christophe Prazuck, audition devant la commission de la Défense nationale et des forces armées, Assemblée nationale, 12 octobre 2016. 


En conséquence de quoi il s'agit de comprendre que les trois PLG dont le dernier était commandé à l'extrême fin de l'année 2017 sont prévus pour la Guyane et les Antilles françaises. A moins d'unifier les deux façades maritimes locales en une seule, il ne serait pas étonnant qu'un quatrième PLG puisse être commandé au cours des prochains fois.

La demande du Chef d'État-Major de la Marine et de l'État-Major de la Marine à travers lui d'atteindre une cible de 9 POM en tenant compte des PLG semble être en bonne voie pour être atteinte. Il y a un horizon afin de mettre fin aux ruptures temporaires de capacité.

Autre point principal, les qualités nautiques et opérationnelles demandées publiquement de la part de la DGA dessinent fort bien le futur bateau qui est attendu pour remplir les missions de sauvegarde maritime outre-mer :

Les qualités nautiques seront une coque voisine des 70 mètres de longueur et d'un tirant d'eau égal ou inférieur à 3,8 mètres (contre 3,2 pour les PLG dont c'était l'une des spécificités eu égard à la géographie navale locale), les POM devront pouvoir marcher à 22 nœuds pour une autonomie de 30 jours ou 5500 nautiques parcourus avec de bonnes capacités de manœuvre et de navigabilité.

Les qualités opérationnelles correspondent à un patrouilleur armé par un équipage de 35 marins (contre 32 sur l'OPV 90 Adroit, 30 sur P400, 23 sur B2M et 17 sur BSAH) avec une capacité suffisante en postes d'équipage pour 18 hommes supplémentaires. Le patrouilleur de haute mer doit pouvoir mettre en œuvre une drome composée de deux semi-rigides de huit mètres mais aussi disposer d'installations de manutention (pour embarquer des conteneurs ? un système SLAMF ?). Outre l'intégration d'un système de visualisation des données tactiques en sus des communications militaires et civiles, les futurs POM devront être capable d'opérer des hélidrones d'environ 700 kg depuis des installations aéronautiques. Par contre, s'il est dit que les POM devront pouvoir embarquer des armes légères d'infanterie ("weapons") et munitions, rien ne semble indiquer en l'état une demande pour une pièce d'artillerie de quelque calibre que ce soit.

Aucune exigence particulière n'est exprimée quant aux méthodes de constructions ou pour l'architecture navale retenue. Par contre, il est remarquable que la demande de prestations de MCO pour les premières années de services comprenne aussi des services conçus pour l'entraînement en plus de la documentation et des pièces de rechange.

Deux remarques s'imposent face à un tel tableau dont l'ordre importe assez peu :

La première est la vague description des installations aéronautiques communiquées par la DGA ou rapportées ainsi synthétisées par Navy recongnition. Le "le stockage sous abri, l'entretien et la mise en œuvre avec des moyens d'assistance associés à l'atterrissage et à la sécurisation de la zone de vol" d'un hélidrone est une demande assez large. Aussi bien un système conteneurisé qu'un hangar aéronautique voire multi-fonctions (polyvalent dans l'emploi du volume utile (dromes, conteneurs, drones, etc) peuvent correspondre à une telle définition. L'un comme l'autre ne constitue pas tout à fait le même bateau puisque l'un sera un bâtiment possiblement porte-hélicoptères et l'autre non. Le choix se portera, notamment, sur un bateau capable de remplir toutes les missions du spectre de la sauvegarde maritime sauf les missions NARCOPS tandis que l'autre pourra toutes les remplir sans exception.

C'est aussi une manière d'ancrer les POM dans la cible du programme SDAM (Système de Drone Aérien de la Marine) alors que la LPM (2019 - 2025) prévoit la livraison du premier système en 2028 et donc toute ou partie de son financement sur la LPM (2026 - 2031). Les FTI ne sont alors plus les seuls à être demandeuse de ce programme qui aurait pu entrer en concurrence avec le HIL Marine.

La deuxième touche à la description générale du bateau qui me semble pouvoir correspondre à des bâtiments de programmes existants tels que les B2M et BSAH. Comparaison n'est pas raison mais les qualités nautiques demandées sont peu ou prou les mêmes. Un B2M a un tirant d'eau de 4,2 mètres alors qu'il s'agira d'avoir moins de 3,8 mètres pour le POM. Sinon, la longueur de coque (~ 70 mètres pour le POM, 65 m pour le B2M), les capacités de manutention autonome d'équipements, la vitesse (22 nœuds pour le POM, ~ 13 - 14 pour les B2M), la bonne manœuvrabilité, l'endurance demandée (~ 5000 nautiques dans les deux cas) sont proches... Les PLG s'en distinguent assez nettement de par leur endurance (3500 nautiques contre les 5500 demandés) ou encore de par leur longueur (60 contre, environ, 70 mètres demandés).
Par ailleurs, BATSIMAR dans son plus grand avancement correspondait à un coût unitaire (de production ? avec ou sans les coûts des études et du MCO ?) de l'ordre des 30 millions d'euros : tous les bateaux précédents sont sous cette barre.

Peu ou prou, il semble que ce qui a été énoncé ici comme la "frégate du quatrième rang" en octobre 2016 puisse se retrouver dans la description avancée dans la demande d'informations. La frégate du quatrième rang revenait à faire une croix sur une partie des caractéristiques nautiques et des capacités opérationnelles afin de disposer de nouveaux bateaux rapidement. Ils ne seraient que des navires de présence aptes à la patrouille des zones économiques exclusives et à contrôler les navires suspectés d'action illégale. La vitesse serait faible, au maximum de 15 nœuds aux essais. L'autonomie serait juste suffisante pour la zone. Les installations aéronautiques seraient limitées à une plage hélicoptère et un hangar multifonction permettant l'embarquement de drones et non pas d'un hélicoptère. L'armement se composerait d'une pièce principale sous la forme d'une tourelle téléopérée avec un canon de 20 mm et quelques mitrailleuses en 12,7 et 7,62. Une drome pourrait être mise en œuvre sous bossoir et/ou par rampe arrière.

Hormis la vitesse demandée, la plupart des caractéristiques coïncident. Il est remarquable que la vitesse demandée soit de 22 nœuds car cela revient à dire que les capacités opérationnelles sont jugées suffisantes, même pour traiter des déploiements par essaims comme cela a pu être combattu en Nouvelle-Calédonie. Les interceptions de mobiles bien plus rapides semblent voués à être confiés aux moyens "marsupialisés" des futurs patrouilleurs (drome, hélidrone ?).

En conclusion, les POM s'affirment d'ores et déjà comme un renouvellement du concept de patrouilleurs hauturiers légers tel qu'il a été conçu via les PATRA et les Super-PATRA, c'est-à-dire les P400 sans que la formule soit véritablement refondue via les PLG. Les POM en étendant leur action à la troisième dimension atteindront probablement le seuil au-delà duquel il sera nécessaire de concevoir une corvette pour remplir plus de missions. Le seuil matérialisé entre les deux sera très intéressant à constater. L'un des grands enjeux du programme afin que toutes les capacités soient atteintes dans une coque de 70 mètres sera très certainement de concevoir un hangar véritablement multi-fonctions pour l'entreposage de conteneurs - et donc de systèmes de missions conteneurisés -, dromes et drones en un volume unique permettant d'optimiser l'effort architectural sur chacune des fonctions. En conséquence de quoi il ne serait pas étonnant que les POM apparaissent telles de petites frégates à la manière de celles proposées pour la Type 31 britannique, en bien plus réduite.

3 commentaires:

  1. Bonjour, un autre site en parle: http://www.opex360.com/2018/08/15/marine-nationale-procedure-acquerir-6-nouveaux-patrouilleurs-destines-a-loutre-mer-lancee/
    http://www.lemarin.fr/secteurs-activites/chantiers-navals/32105-lancement-de-la-consultation-pour-les-patrouilleurs
    L'appel d'offre plus en détail: https://www.marchesonline.com/appels-offres/avis/developpement-realisation-et-fourniture-de-patrouill/ao-7700882-1
    Cordialement.

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  2. Bonjour,
    D'avantage que le MPV80 de Kership qui illustre votre billet, l'OPV 75 du même chantier semble conçu sur mesure. Une possible bouffée d'oxygène . Reste le prix qui semble hélas le critère essentiel de choix......
    L'appel à manifestation d'intérêt de la Royale appelle les observations suivantes:
    1/ le format souhaitable est à géométrie variable selon l'identité du chef d'EM de la Marine,point de vérité donc mais des appréciations;
    2/ Considérer que le même format est applicable indifferemment à toutes les collectivités d' outre-mer me semble une hérésie, tant les enjeux, les rmenaces et donc les missions peuvent être éloignées d'un espace à l'autre;
    3/ la capacité de projection des forces ou de secours humanitaires paraît remarquablement occultée, tant le B2M, parfois présenté, à tort, comme le sucesseur du BATRAL, est peu performant en la matière. Des batiments de type LSPV 90 de Kership ou BSL de Raidco seraient d'un grand intérêt à la Réunion et en Nouvelle Caldonie;
    3/ Le remplacement futur .....et lointain des Frégates FLOREAL pourrait être l'occasion de quelques réajustements.....si la Royale réussit à échapper au dogme du format unique pour l'Outre mer.

    Pascal R

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  3. Il s'agit donc d'une flotte de patrouilleurs "petits bras" car lorsque l'armement à embarquer n'est pas évoqué, on peut s'inquiéter sur sa nature. Pour ce qui concerne la partie du programme patrouilleurs hauturiers destinés à la surveillance des côtes métropolitaines, il faut s'attendre à un format sûrement plus léger par rapport aux ex-avisos rétrogradés en patrouilleurs. Aucune comparaison avec les bâtiments construits actuellement pour les marines britannique et italienne.

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