Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mardi 4 juin 2019

Naissance des FLF : de l'aviso A70 à la FL 25 (1970 - 1988)

© Flottes de combat 1988. La Frégate Légère de 2500 tonnes (FL. 25). Esquisse de Robert Dumas republiée dans Vincent Groizeleau, "La Fayette : Il y a 20 ans, la France inventait la frégate furtive", Mer et Marine, 28 juillet 2016).
Il était exposé dans la première partie l'avant-projet aviso A70 (Jean Moulin et Patrick Maurand, Les Avisos A69, Rennes, Marines éditions, 2011, p. 12) qui aurait dû prolonger la série des 18 avisos A69 espérés (17 unités construites). La cible des 35 avisos (9 avisos-escorteurs, 18 avisos A69) visée par le plan bleu transposé dans le décret du 29 février 1972 ne pouvait qu'être atteinte avec 8 nouvelles unités. En outre, la tentation aurait été forte de remplacer les avisos-escorteurs de la classe Commandant Rivière par des A70 supplémentaires après 1985. Mais l'aviso A70 est abandonné en 1975. La question du remplacement des avisos-escorteurs demeure posée : la réponse sera double avec et les frégates La Fayette et les frégates Floréal treize années après l'abandon de l'aviso A70.


L'aviso A70 reprenait la coque des avisos A69 dont les superstructures arrières auraient été arasées pour laisser place à un hangar aéronautique pour AS.365 Dauphin prolongé par une plage hélicoptère. Abandonné dès 1975, l'État-Major de la Marine (EMM) tente néanmoins de transformer des avisos A69 en A70 en modifiant des unités. L'injection de ces choix architecturaux est tentée sur les avisos n°13, le Commandant Blaison (1982 - ?), et n°14, l'Enseigne de vaisseau Jacoubet (1982 - ?) mis sur cale en 1979. La tentative est un échec (inexpliqué) mais est reconduite quant aux avisos n°15, 16 et 17, à savoir les Commandant Ducuing (1983 - ?), Commandant Birot (1984 - ?) et Commandant Bouan (1984 - ?) mis sur cale d'octobre 1980 à octobre 1981 (p. 13). Nouvel échec inexpliqué.

L'EMM exprime le besoin militaire dès 1982 quant au remplacement des avisos-escorteurs de la classe Commandant Rivière (Commandant Rivière (1962 - 1992), Victor Schœlcher (1962 - 1988), Commandant Bory (1964 - 1996), Amiral Charner (1962 - 1990), Commandant Bourdais (1963 - 1990), Doudart de Lagrée (1963 - 1990), Balny (1970 - 1994), Protet (1964 - 1992), Enseigne de vaisseau Henry (1965 - 1996). Il est alors jugé par l'état-major de la Marine que pour les missions en temps de paix les avisos-escorteurs peuvent être remplacés par des bâtiments faiblement armés. Mais pour les crises d'intensité moyenne ou forte il faudra un bâtiment capable de repérer la menace de loin, de l'engager et éventuellement de parer et encaisser les coups (Michel Perchoc, Les frégates furtives La Fayette, Paris, éditions ADDIM, 1997, p. 10). Ce besoin militaire se transforme par la suite en dossier d'exploitation qui présente les exigences et les choix fondamentaux que pourra reprendre le ministre de la Défense quand sera lancé le programme (Michel Perchoc, Les frégates furtives La Fayette, Paris, éditions ADDIM, 1997, p. 11).

Entre temps, le canal de Suez est bloqué par l'Egypte comme mesure de rétorsion à la victoire israélienne lors de la guerre des Six jours (5 - 10 juin 1967). Il ne sera ré-ouvert à la navigation qu'en 1975. Afin d'assurer la protection des bâtiments de commerce français empruntant les routes maritimes passant par le canal du Mozambique pour contourner l'Afrique par le Cap et pour juguler d'éventuelles nouvelles crises la présence navale française dans l'océan Indien est renforcée avec en première ligne les avisos-escorteurs.

Ils assurent une présence navale permanente avant que certains d'entre-eux soient basés dans un premier temps à Diego Suarez (Madagascar) et Djibouti puis uniquement à Djibouti après la fermeture de la base navale de Diego Suarez (1972 - 1975). Les avisos-escorteurs assurent une présence française continue dans l'océan Indien. Et certains d'entre-eux y sont même basés à l'exemple des Commandant Rivière (1976 - 1983),Victor Schœlcher (1973 - 1988), Commandant Bory (1967 - 1972 ; 1975 - 1977), Amiral Charner (1980 - 1987), Balny (1973 - 1975), Protet (1971 -1978) et l'Enseigne de vaisseau Henry (1970 - 1972). Emplois soutenus qui ne manquera pas d'influencer la définition du futur remplaçant de cette classe jusqu'au besoin militaire exprimé en 1982.

De retour à la programmation, c'est la flotte de surface est alors en plein renouvellement et la priorité est donnée à l'achèvement du programme avisos A69 (11 unités à livrer sur la période) et aux "corvettes" C70. La Loi de Programmation Militaire (LPM) 1977 - 1982 intègre la commande de six corvettes C70 spécialisées dans la lutte anti-sous-marine dont quatre livrées sur la période. Il est alors espéré la livraison de cinq corvettes C70 après 1982 dont trois à vocation anti-aérienne devant remplacer les quatre escorteurs d'escadre refondus Tartar.

La loi de finances 1983 sert à compenser l'exécution partielle de la LPM (1977 - 1982) tout en laissant une année au gouvernement pour préparer la loi de programmation suivante. Cette loi de finances dresse aussi le bilan de la LPM achevée. 12 avisos A69 ont été livrés en 1982, un 13e le sera en 1983. 3 corvettes C70 ont été réceptionnées sur la période, une 4e l'est en 1983. Le budget 1983 relève la cible du programme de 3 à 5 C70 supplémentaires demeurant à commander. La cible des C70 AA est aussi relevée de 3 à 4 bâtiments commandés, le budget 1983 portant la commande des deux premières unités.

Il est notable que l'annexe 3 de la loi de finances comprend la maquette de la Marine à l'horizon de l'année 2000 :
  • 3 porte-aéronefs,
  • 18 bâtiments ASM,
  • 9 bâtiments AA,
  • 18 avisos,
  • 10 patrouilleurs,
  • 40 bâtiments anti-mines,
  • 14 sous-marins (10 SNA, 4 diesel),
  • 23 bâtiments de soutien (9 transports opérationnels, 14 soutien logistique).

La LPM (1984 - 1988) poursuit les programmes lancés. 17 avisos ont été livrés en 1984 et le 18e est abandonné. Les 5e et 6e C70 sont livrées au cours de la programmation, la 7e est prévue pour 1988. Le programme C70 AA bénéficie toujours d'une cible de 4, la première devant être livrée en 1988 alors que cela devait être l'année d'admission au service actif. La "Frégate Légère (FL. 25)" apparaîtrait pour la première fois en 1984.

Après l'abandon de l'aviso A70 et les deux tentatives (2 + 3) avortées de transformation de 5 avisos A69 en A70 (~ 1975 -  1981), le contrat Sawari I est signé en octobre 1980. L'Arabie saoudite se portait acquéreuse pour sa marie de quatre frégates rassemblées dans le programme "F2000". La frégate Al Madinah est la tête de série de la classe éponyme dont toutes les unités sont mises sur cale entre 1981 et 1983 à Lorient et admises au service actif entre 1985 et 1986 (Al Madinah (1985 - ?), Hofouf (1985 - ?), Abha (1986 - ?) et Taif (1986 - ?). Toutes ces modernisées entre 1997 et 2000 dans le cadre du contrat Mouette (1994 - 2004). Le contrat LEX (Life EXtension) signé en août 2013 comprend de nouveaux et lourds travaux de modernisation de ces frégates (2013 - ?).

Les frégates F2000 sont une version réduite des corvettes C70 (4500 tonnes à pleine charge) qui doivent alors déplacer jusqu'à un peu plus de 2600 tonnes dans une coque de 115 mètres par 12 au maître-bau. Elles embarquent une pièce de 100 mm et missiles anti-navires OTOMAT pour la lutte anti-surface, 1 système Crotale EDIR (Ecartométrie Différentielle InfraRouge) pour la lutte anti-aérienne à courte portée, une suite ASM plus un hélicoptère SA.365 Dauphin.

D'une certaine manière la F2000 semble être la jonction des deux variantes (bâtiment porte-hélicoptère et bâtiment porteur de quatre MM40) de l'aviso A70 (1970 - 1975) intégrée à la poutre-navire réduite d'une C70 et non plus sur la coque d'un aviso A69.

Entre 1980 et 1984, les idées de l'EMM quant à la programmation auraient évolué vis-à-vis du remplacement des 9 avisos-escorteurs classe Commandant Rivière par les "Frégate Légère (FL. 25)" qui ne sont alors ni plus, ni moins qu'une reprise des F2000 adaptées au besoin militaire exprimé en 1982. La FL. 25 est alors décrite en 1984 comme devant être un bâtiment de 2500 tonnes ayant des capacités anti-navire et de lutte anti-sous-marine. Ces frégates doivent avoir pour missions principales la surveillance des approches maritimes et la présence outre-mer. Les trois premières frégates sont inscrites dans la programmation (LPM (1984 - 1988) en 1986, 1987 et 1988 pour des livraisons à partir de 1991. Dans cette perspective, un contrat à l'exportation aurait pu financer une bonne partie des frais d'études d'un programme national.

Mais les débats préparant la LPM (1987 - 1991) fait le constat que les trois premières FL. 25 n'ont pas encore été commandées en 1986. Par ailleurs, et bien que l'appellation FL. 25 soit figée dans les publications, l'avant-projet n'aurait alors pas encore été arrêté entre 1982 et 1987. Patrick de Leffe (Vincent Groizeleau, "La Fayette : Il y a 20 ans, la France inventait la frégate furtive", Mer et Marine, 28 juillet 2016) narre alors son arrivée au STCAN en 1987 et constate que pour la FL. 25 les grands choix ne sont pas arrêtées et que les architectes en sont déjà au neuvième "dessin" de la frégate. Il est alors question de développer une frégate pouvant être dérivée en deux variantes : une plus armée, une autre dédiée aux missions de surveillance. Patrick de Leffe formule une dixième proposition pour la FL. 25 qui est rejetée par le chef du département dâtiments de surface.

L'ingénieur repart d'une page blanche (Vincent Groizeleau, "La Fayette : Il y a 20 ans, la France inventait la frégate furtive", Mer et Marine, 28 juillet 2016). Le besoin ne se limite plus à remplacer des bâtiments stationnaires dans l'océan Indien (1967 - 1982). Deux conflits bouleversent la programmation et l'approche qu'ont les ingénieurs quant à la satisfaction du besoin militaire exprimé en 1982.

La guerre des Malouines (2 avril - 4 juin 1982) est le premier des deux. Le cas du HMS Sheffield (Type 42) est intéressant à deux titres. Il est frappé par un AM-39 Exocet car les leurres sont lancés trop tard. Cela amène la croyance que les bâtiments ne manqueront pas d'être atteint par un missile assaillant. Toutefois, le est emporté par l'incendie provoqué par le combustible du missile et non pas par sa tête explosive qui ne détonne pas. Aussi, les HMS Ardent et Antelope (Type 21) sont touchées par des bombes aériennes larguées par des A-4 SkyHawk argentins : le choix de superstructures en alluminium se révéla désastreux. Deuxième enseignements qui oblige à repenser la sécurité incendie des bâtiments de combat.
Le versant naval de la guerre opposant l'Irak et l'Iran (22 septembre 1980 – 20 août 1988). L'Irak ouvre ce nouveau théâtre maritime pour tenter d'asphyxier l'Iran en privant le pays de sa rente pétrolière en s'en prenant à la "route du pétrole". L'Iran s'engage pleinement dans cette guerre au trafic qui frappe indistinctement les pavillons. Une mission baptisée Ariane débute en 1985 et se poursuivra jusqu'en 1990 et est menée, notamment, par la plupart des avisos-escorteurs afin de protéger le trafic entrant et sortant du golfe Persique. C'est l'opération Artimon (1990 - 1991) qui prendra ultimement le relais.

La doctrine consiste pour les bâtiments français employés dans le golfe Persique à ne pas tirer les premiers et à se placer entre la menace et le navire de commerce. Il en découle que pour remplacer les avisos-escorteurs il s'agira de prévoir un emploi automatisé des leurres à l'efficacité accrue par leur emploi à bord d'un bâtiment à la surface équivalente radar réduite.

La Royal navy qui partage les enseignements de son engagement aux Falklands (2 avril - 4 juin 1982) développe une nouvelle frégate, la future Type 23, qui doit être furtive. Mais l'ajout d'équipement sur les extérieurs du futur bâtiment annihile l'objectif initial de furtivité. Patrick de Leffe, prévenu par les Britanniques de la mésaventure, en conclut comme eux que pour éviter la répétition de l'erreur il convient de supprimer les coursives extérieures. Ce garde-fou architectural est en même temps une solution aux enseignements de l'engagement dans le golfe Persique car selon Patrick de Leffe « si les coursives sont intérieures, il y a une double paroi. Or, deux couches successives séparées par une lame d’air offrent une meilleure protection qu’une couche plus épaisse. La survivabilité du navire face à des armes hostiles est ainsi renforcée » (Vincent Groizeleau, "La Fayette : Il y a 20 ans, la France inventait la frégate furtive", Mer et Marine, 28 juillet 2016).

Le onzième "dessin" proposé par Patrick de Leffe est celui d'une frégate aux surfaces inclinées sur lesquelles doivent rebondir les ondes radars. Les superstructures sont ramassées sur deux mâts en plus des deux cheminées et dépouillées autant que possible. Les coursives extérieures sont intégrées à l'intérieur où elles enserrent le "château" : choix architectural qui réunie le hangar et le bloc passerelle, produisant une silhouette en rupture avec les avant-projets et dessins successifs depuis l'aviso A70 jusqu'à la FL. 25. Le hangar, la mâture et la couverture de la plage avant sont en matériaux composites, traités contre le risque incendie (Michel Perchoc, Les frégates furtives La Fayette, Paris, éditions ADDIM, 1997, p. 11). Dessin accepté par le chef du département bâtiments de surface (Vincent Groizeleau, "La Fayette : Il y a 20 ans, la France inventait la frégate furtive", Mer et Marine, 28 juillet 2016).

Il était encore question en 1988 d'installations aéronautiques conçues autour d'un hélicoptère de la classe des cinq tonnes mais elles sont revues par la suite pour accueillir un hélicoptère de la classe des 10 tonnes : le futur NH90. Aussi, les deux mâts et deux cheminées deviendront par des travaux supplémentaires deux mât-cheminées.

Entre parenthèses, il convient de noter que la base navale de Diego Suarez pouvait assurer les IPER des avisos-escorteurs et sa fermeture consacre une perte de capacité industrielle pour le soutien des bâtiments français dans cet océan qui est partiellement compensée par Djibouti et La Réunion. L'avènement d'une frégate de combat de 3600 tonnes portant un ensemble de systèmes électroniques dont un système de combat dépasse les compétences de tous les points d'appui naval et des bases navales (outre-mer) de la Marine, obligeant à baser les futures La Fayette en métropole, à Toulon en l'occurrence.

 Les trois Frégates Légères (FL. 25) de 2500 tonnes annoncées en 1984 et dont les trois premières unités devaient être commandées en 1986, 1987 et 1988 deviennent les Frégates Légères Furtives de 3600 tonnes. Le contrat est notifié en mars 1988, le plus vite possible avant l'élection présidentielle. La mise en chantier est décidée le 25 juillet 1988. La frégate La Fayette est mise sur cale le 15 décembre 1990, suivent les Surcouf (6 juillet 1992) et Courbet (15 septembre 1993). Les trois frégates suivantes sont commandées en 1992. Mais la sixième, baptisée Ronarc'h est définitivement abandonnée en mai 1996. Seront lancés les La Fayette (1996 - 2026 ?), Surcouf (1997 - 2027 ?), Courbet (1997 - 2027 ?), Aconit (1999 - 2029 ?) et Guépratte (2001 - 2031 ?).

L'Amiral Louzeau alors chef d'état-major de la Marine nationale, décide le 6 juin 1988 supprimer l'appellation de corvettes par souci d'harmonisation autant à l'intérieur de la Flotte que vis-à-vis des autres marines. D'autres bâtiments français étaient qualifiés de frégates dès les années 1960 (frégates lance-engins et frégates F67) et en 1984 avec les FL. 25 alors que les corvettes C70, plus lourdes et mieux armées, sont qualifiées de "corvettes". La décision de l'Amiral Louzeau est détaillée car elle précise que qu'une frégate a un tonnage compris entre 3000 et 8000 tonnes : moins de 3000 tonnes, il s'agit de patrouilleurs et d'avisos, plus de 8000 tonnes il est question de croiseurs et de porte-aéronefs.

Le 24 novembre 1993, l'état-major de la Marine décide que FLF ne signifie plus Frégates Légères Furtives mais Frégates type La Fayette (3600 tonnes à pleine charge) afin d'éviter toute confusion possible avec les FL. 25 et leur 2500 tonnes de déplacement à pleine charge (Michel Perchoc, Les frégates furtives La Fayette, Paris, éditions ADDIM, 1997, p. 11).

Il est remarquable de noter que le lancement du premier programme de frégates furtives au monde par la France résulte du remplacement d'avisos-escorteurs afin que les nouvelles unités puissent contrer un missile assaillant en donnant pleine mesure aux leurres lancés automatiquement grâce à une réduction des signatures radar et infrarouge mais aussi encaisser les coups. Les décisions en rupture sont prises à la suite de discussions avec les Britanniques dans le cadre du programme NFR-90 (NATO Frigate Replacement for the 1990s) qui ne parviendra pas jusqu'au stade industriel mais accouchera de la dernière génération de frégates de défense aérienne européenne dont le programme Frégate Commune de Nouvelle Génération (FCNG) portant le système d'armes développé dans le cadre du programme Horizon. Par ailleurs, le onzième dessin du programme FL. 25 est esquissé en Allemagne par Patrick de Leffe dans le cadre de discussions portant toujours sur ce programme NFR-90.

C'est-à-dire que ce ne sont pas les travaux sur des unités qualifiés dans les années 1990 de "premier rang" qui provoquent ces ruptures. La France avance donc très rapidement entre 1987 et 1988 pour proposer ces ruptures et les adopter sans qu'il soit dit que cette évolution radicale a été utilisée pour renforcer la position française dans le programme FCNG/Horizon qui bénéficiera des travaux produits pour les La Fayette. Accélération opportune dans le cadre national avec une visée sur le programme multinational ou bien une réponse architecturale dans le cadre d'une proposition industrielle aux besoins opérationnels maturés par les retours d'expérience des derniers conflits ?

Notons ce réduction drastique de la surface équivalente radar pour optimiser l'emploi des contre-mesures n'étaient que les deux pointes d'un triangle dont le troisième sommet devait être des missiles anti-aérien de nouvelles générations : les FLF devaient recevoir deux lanceurs SYLVER A43 sur la plage avant, sous la passerelle avec à l'intérieur des ASTER 15. L'abandon de cette capacité, très certainement pour préserver des coques, fera couler beaucoup d'encre jusqu'en 2019 alors que le programme de modernisation de la classe La Fayette (une tranche de 3 frégates affermie, option pour les 2 frégates restantes) de mai 2017 ne comprend pas l'installation de ces missiles.

Entre 1982, voire depuis 1980 (frégate F2000 ou classe Al Madinah (1980 - 1986) ou pourquoi pas depuis les avisos A70 (1970 - 1975) si l'EMM avaient souhaités remplacer les avisos-escorteurs grâce à eux et 1988, le besoin militaire ou la proposition industrielle à évoluer. En 1987, il était question d'une classe de frégates dont devait être extrapolée en deux variantes. Les six futures La Fayette sont commandées en mars 1988. Mais en avril de la même année le programme des frégates de surveillance est lancé et accouche d'une commande pour six unités construites aux normes de la marine marchande en 1989. Six frégates seront construites entre 1990 et 1994 et admises au service actif entre 1992 et 1994 (Floréal (1992 - 2022 ?), Prairial (1992 - 2022 ?), Nivôse (1992 - 2022 ?), Ventôse (1993 - 2023 ?), Vendémiaire (1993 - 2023 ?) et Germinal (1994 - 2024 ?).

Le coût unitaire de production d'une frégate La Fayette en 1994 était donné pour 130 millions de francs contre 45 millions de francs pour une frégate de la classe Floréal qui bénéficie, faut-il le préciser, de l'intégration de certains équipements débarqués des avisos-escorteurs. Aussi, la vente de six frégates de la classe Kang Ding apportait un surcroît de charge de travail à l'arsenal de Lorient, confortant les lourds investissements consentis pour le programme national. Le contrat à l'exportation finançant indirectement l'industrialisation des frégates françaises.

Cette application ce qui sera plus tard qualifié de différenciation des moyens employés pour satisfaire le besoin militaire exprimé augmenté des expériences des guerres (1982 - 1988) permet très certainement une augmentation de la cible du programme. Il y avait un reliquat de 8 avisos à trouver pour atteindre l'objectif du plan bleu en 1985. Le programme Frégate Légère de 2500 tonnes ne devait débuter qu'avec la commande de trois unités. En 1988, ce sont deux programmes pour un total de 12 frégates qui sont lancés, remplaçant les avisos-escorteurs (9). Voire il faudrait comprendre que les avisos-coloniaux (8) sont partiellement remplacés.

Une différenciation heureuse des moyens qui sera peut être répétée avec la décision prise par le chef d'état-major de la Marine nationale, l'Amiral Prazuck, de scinder le programme BATSIMAR (3 PAG, 6 POM et 10 PO).

12 commentaires:

  1. Bonjour, en quoi cette différenciation des moyens est elle heureuse rétrospectivement ? Au total 11 navires scindés en deux classes inaptes à affronter des avions armés de missiles air surface et des sous marins. Je pense que la Royale s'est fourvoyé dans les années 80 en voulant des navires de ce type. D’ailleurs dès les années 2000 elle a compris qu'elle était principalement une marine de guerre et pas qu'une force de sécurité façon US Coast guard en abandonnant ce type de frégates. De plus une chose m'intrigue à la lecture de l'article: la question des coupes budgétaires subies par la Royale dans les années 80 n'est pas pleinement évoquée alors qu'elle pèse lourdement sur les programmes. Au point que les amiraux sont sommés de trouver une justification de façade en réduisant l'expression des besoins en navire de combat. Les FLF sont l'exemple typique d'un navire sous équipé et sous armé dont on justifie a posteriori l'absence de certains équipement par l'expression du besoin d'un navire qui peut subir des coups sans en rendre dans les trois dimensions. Sans surprise aucun client à l'export ne nous a demandé des navires aussi peu équipés. A part cette remarque rien à dire c'est très complet et détaillé.

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    1. Bonjour , on a quand même vendu une quinzaine de dérivé plus lourde ,mais c 'est vrai qu 'on aurait pu avoir une frégate un poil plus polyvalente en montant des systemes un peu plus conséquent à bord.

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    2. Monsieur, Madame,

      Bonjour, il s'agit de reprendre quelques éléments.

      L'expression de besoin militaire de 1982 demande pour les missions en temps de paix les avisos-escorteurs peuvent être remplacés par des bâtiments faiblement armés. Mais pour les crises d'intensité moyenne ou forte il faudra un bâtiment capable de repérer la menace de loin, de l'engager et éventuellement de parer et encaisser les coups (Michel Perchoc, Les frégates furtives La Fayette, Paris, éditions ADDIM, 1997, p. 10).

      Vous dites que les coupes des années 1980 ne sont pas évoquées. Libre à vous de proposer une lecture exhaustive de la trajectoire budgétaire sur la période.

      Mais il n'en demeure pas moins que dans l'absolu il y a un relèvement au début du premier septennat de François Mitterrand puis une stabilisation à un niveau à peine moindre, toujours supérieur à 3,5, voire 3,8% du PIB.

      Vous semblez par contre totalement omettre entre le lancement du programme FLF (1988) et la mise sur cale des trois premières unités (1990, 1992 et 1993) se produit "quelques évènements historiques" qui bouleversent les priorités budgétaires des Etats : dividences de la paix.

      C'est pourquoi la Marine essaie de sauvegarde les coques plutôt que les équipements. Le "sous-armement" des FLF n'est donc pas expliqué a posteriori puisqu'elles n'ont jamais été prévues pour être des frégates de premier rang - remplaçantes des avisos-escorteurs - et qu'elles ont perdu la sixième unité et quelques équipements pour subsister.

      Enfin, quand le programme "Frégate Légère de 2500 tonnes" est identifié en 1984, il est bien question de trois unités. Jamais la programmation - à ma connaissance - ne propose d'autres cibles. 3 FL. 25 pour remplacer 9 avisos-escorteurs. Entre 1988 et 1989, la différenciation permet de dégager 6 FLF et 6 FS : soit plus qu'il n'en fallait pour remplacer les avisos-escorteurs.

      Bien cordialement,

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    3. Monsieur bonjour,

      Ma remarque consistait à critiquer les programmes FLF et FS sans omettre les éléments que vous pointez car :

      - Le besoin était en effet: un bâtiment capable de repérer la menace de loin, de l'engager et éventuellement de parer et encaisser les coups. Les FLF en sont très loin, les FS n'en parlons pas.

      - La trajectoire budgétaire de l'époque en valeur absolue n'est pas si mauvaise pour l'ensemble des armées mais le budget des mise sur cale est affecté comme en atteste le peu de mise sur cale dans la période. Surtout il vient stopper l'effort de la décennie précédente.

      - Oui il y a eu la croyance des dividendes de la paix, cela explique les choix, mais cela n'empêche pas de les critiquer.

      - Les FLF ont perdu des équipements pour subsister mais au final il s'agit d'un navire loin du besoin initial. Les avisos escorteurs avaient au moins une capacité ASM.

      - Oui il y a 11 navires de surveillance construit au final contre 9 avisos escorteurs après abandon des FL 2500. Mais du fait de la conférence de Montego Bay en 1982 la ZEE passe à 200 miles marin. La zone à surveiller augmente et il faut plus de patrouilleurs pouvant durer à la mer. Il y a donc bien 11 bâtiments de surveillance construit mais la possibilité de les utiliser au combat est limitée, beaucoup plus que les avisos escorteurs à leur arrivé qui avaient une capacité ASM minimale. Donc les capacités de combat des avisos escorteurs ne sont pas vraiment remplacées.

      Enfin la différenciation à outrance produit des micros séries ce qui n'est jamais bénéfique industriellement car il n'y a pas d'effet de série. Pour BATSIMAR ce sera moins pénalisant opérationnellement que pour les FS et FLF car cela concerne le même type de bâtiment. Mais là encore c'est le fruit des contraintes budgétaires et pas du programme BATSIMAR initial.

      C'est mieux que rien, comme les FS et FLF en leur temps, mais j'ai du mal à me réjouir d'un tel pis aller.

      Cordialement,

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    4. J'attire votre attention sur le fait que le besoin exprimé en 1982 comprend bien, a minima, deux variantes d'une même plateforme :

      - "pour les missions en temps de paix les avisos-escorteurs peuvent être remplacés par des bâtiments faiblement armés."

      ET

      "pour les crises d'intensité moyenne ou forte il faudra un bâtiment capable de repérer la menace de loin, de l'engager et éventuellement de parer et encaisser les coups".

      Besoin exprimé en 1982 qui semble plutôt répondre au remplacement de la présence des avisos-escorteurs dans l'océan Indien et leur participation à la gestion des crises régionales (Madagascar, Comores, Iran-Irak, Irak) plutôt que leurs capacités de combat proprement dites.

      La problématique du respect des tranches navales débute, de mémoire, dès les années 1950. Aucun plan naval n'est respecté sur la période. Et la Marine est sans cesse recentrée sur la mise en œuvre de la dissuasion par la composante océanique, la reconstitution des forces dites conventionnelles est toujours passée au second plan hormis l'intermède de la IVe République.

      C'est difficile d'évoquer des micro-séries avec 5 FLF et 6 FS alors que d'autres programmes ont à peine dépasser ces chiffres : 7 F70 ASM, 8 FREMM. D'autres ont même largement diminué la moyenne du nombre de bateaux par classe : F60 (2), F67 (3), F65 (1).

      La différenciation permet dans le cas du remplacement des avisos-escorteurs et dans celui du remplacement des patrouilleurs de permettre, par le sacrifice d'un nombre inconnu des unités désirés, d'obtenir plusieurs unités moins coûteuses mais plus nombreuses.

      Par exemple, s'il n'avait fallu que des FLF et aucune FS, en supputant que l'enveloppe comprenait les deux classes, alors il n'y aurait probablement pas eu plus de 7 FLF contre 5 aujourd'hui. Et peut être même seulement 6, voire 5 FLF s'il avait fallu les armer.

      Même chose pour BATSIMAR dont le lancement devait intervenir en 2012 et dont la cible semblait plutôt tendre vers les 12 unités. Avec la différenciation, le total devrait être de 19 bateaux.

      Bien cordialement,

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    5. Bonsoir,

      En effet, je pointais le fait qu'au lieu d'avoir deux variantes d'une seule et même plateforme capable de remplir chacune une des deux branches du besoin exprimé il y avait finalement eu deux plateformes différentes. Les deux incapables de " repérer la menace de loin, de l'engager et éventuellement de parer et encaisser les coups".

      En revanche il est vrai que FS comme FLF sont parfaitement capable de remplacer les avisos-escorteurs dans des missions de temps de paix. D'où l’absence de critique sur ce point.

      Je suis tout à fait d'accord avec vous sur le sort réservée aux forces dites conventionnelles sous la Ve république. J'utilisais le terme de micro série car pour les FLF et FS il y a deux coques différentes avec des équipements différents pour seulement onze navires. Comme vous le soulignez le nombre de navires de surface par classe est très faible depuis les années 60 en raison des échecs répétés pour obtenir un effet de série industrielle (avec donc même coque et quasiment les mêmes équipements). De mémoire seuls les avisos A69 échappent à cette tendance parmi les programmes de bâtiment de combat de la Ve république. Mais à chaque fois ce n'est pas ce qui était recherché.

      Je suis également d'accord avec vous sur le fait que vu le budget alloué à certains programmes la différenciation est parfois inévitable. Pour les FS et les FLF je en vois pas la justification : il fallait onze navires de surveillance à bas coût, donc autant faire onze FS dans ce cas. Pour l'ex-BATSIMAR il y aurait 19 bâtiments mais initialement il était espéré 12 patrouilleurs hauturiers, au minimum, car le souhait c'était plutôt dix huit pour remplacer aussi les FS. Alors qu'in fine il y aurait 19 navires de surveillance en cumulant tous les patrouilleurs légers ET les patrouilleurs hauturiers.

      Sans parler d'une possible différenciation de la dernière tranche de dix navires (comme évoqué dans cet article: https://www.meretmarine.com/fr/content/ex-batsimar-des-patrouilleurs-et-peut-etre-quelque-chose-de-plus-gros-0). Si cette nouvelle différenciation avait lieu, il pourrait n'y avoir que 5 à 6 patrouilleurs hauturiers en plus des 9 patrouilleurs légers. Les 4 à 5 navires restant étant en fait des navires de combat que la marine s'empresserait d'utiliser comme tel.

      Et le besoin de douze à dix-huit patrouilleurs hauturiers ne serait pas couvert.

      Bien cordialement,

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    6. La "différenciation" est devenue la norme pour les programmes mais également entre navires du même programme. C'est le cas des FREMM qui vont avoir 3 types distincts pour 8 navires (les quatre premières avec ASTER 15 seul, les 5 et 6 avec ASTER 30, les dernières avec ASTER 30 et radar renforcé). C'est aussi le cas des FDI avec deux standards d'équipement pour 5 navires. Ce sera également le cas des FLF avec les modifiées et les non modifiées. Seul les HORIZON y échappent mais ça va venir si le budget de refonte ne permet d'en modifier qu'une. Au total, si les FLF survivent à l'arrivé des FDI, frégates et FLF cumuleront 4 classes et 8 standards différents pour 20 navires.

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    7. Bonjour Finistère. Oui je ne suis pas rentré dans les détails de ce type car je parlais des différentes classes. Je suis plus nuancé sur les standards qui divergent. Dans l'absolue ce ne serait pas une gêne si un navire pouvait facilement et rapidement recevoir le matériel qui lui manque. Par exemple on avait fait 10 Lafayette de premier rang plus de 5 FLF reprenant la même coque et la même mature avec juste l'équipement manquant cela n'aurait pas été un soucis. Ce ne serait pas un problème non plus si des divergences non modifiables touchaient un ou deux navires sur des séries de 15 à 20. Mais sur une aussi faible nombre de navire, on peut difficilement faire pire en matière logistique et opérationnelle. Budgétairement cela permet seulement de gratter quelques centaines de millions d'euros mais à quoi bon.

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  2. Bonjour , très intéressant vos derniers articles sur avisos et frégates légères ,cela rappel qu 'avant le "mini" fiasco du programme fremm à 17 unités on avait déjà eu les yeux un peu plus grand que le ventre .A l ' époque je lisais une revue très bien faite qui s 'appelait " DEFENSE & ARMEMENT HERAKLES" et ils montraient souvent le décalage entre nos souhaits et la realité (et il y avait encore la menace "rouge"). En tout cas ,comme je vous l 'ai déjà dit ,toujours un plaisir de lire vos sujets.

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    1. Mich,

      Bonjour, je vous remercie et suis très content que c'est billets vous plaisent autant.

      A bientôt pour d'autres lectures... !

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  3. Quel regret que ces FLF qui restent totalement dans le coup par leur furtivité novatrice, voire qui sont rattrapé par le vent du progrès avec la miniaturisation des équipements, n'aient pas profiter de l'Upgrade qui en aurait fait les vrais premiers rangs qu'elles pourraient être, surtout maintenant que les corvettes telles les Gowind égyptiennes ou les Qataries AA de Ficantieri sont équipées comme des Frégates.
    On aurait bien aimé y voir monter les 2 Smart-S libérés des Cassards avec le 3ème disponible à terre : était-ce trop coûteux en test électromagnétique ou bien la réfrigération nécessitant de l'eau glacée a-t-elle eu raison de cette option ? Notons qu'un ingénieur de DCNS suggérait qu'il serait possibled'installer une conduite d'eau glacée additionnelle.

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    1. BPCs,

      Bonjour, j'avais crû comprendre qu'il y avait pour embarquer à bord 2 ou 3 des SMART-S disponibles quelques problématiques dont l'usine électrique, la réfrigération et l'intégration avec la question des incompatibilités électromagnétiques et aussi l'adaptation du système de combat. Sans compter les travaux pour installer deux SYLVER (A43, A50 ?) sur la plage avant et la réorganisation des locaux.

      Cela demanderait quelques dizaines de millions d'euros supplémentaires pour le programme de modernisation, voire par frégate.

      Ce qui revient à questionner les priorités de la Marine quant à l'avenir de ces radars. Personne ne s'est exprimé à ce sujet et le dernier papier de Mer et Marine (reprise par Thales, installation à bord des BRF) est peut être un aperçu de la réflexion.

      Bien cordialement,

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