Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





lundi 15 février 2010

Le Brésil est à la France ce que l'Australie ne sera pas à l'Espagne

© DCNS.
Nous débutons une série de deux articles sur les cas de la France et de l'Espagne dans la vente d'armement. Ce genre de contrat commercial n'est rien d'autre, bien souvent, qu'une prolongation de leurs actions politiques et diplomatiques. Il sera tenté ici de montrer la différence entre un choix atlantiste et un choix, non pas strictement indépendant (qui l'est ?), mais tendant plus vers un monde « multipolaire ».

Il est proposé de s'intéresser à ces deux pays exportateurs de matériel militaire et au « client pivot » de leur stratégie. La rivalité entre l'Espagne et la France est d'autant plus saisissante qu'elles ont coopéré durant le programme Scorpène avant de se séparer dans de douloureuses conditions. Nous en évoquions déjà les causes dans <span>un article sur la consolidation des industriels de défense terrestre en Europe :
  • Le sous-marin est conçu par la DCNS et ce qui deviendra Navantia. Les Espagnols sont passés de la réalisation de sous-marin français en transfert de technologie à la conception. Après les succès à l'export du sous-marin, il était question que l'Armada commande au moins 4 Scorpène. Il n'en fut rien, l'Etat espagnol prit la décision que le sous-marin serait de conception espagnole, avec un système de combat américain, une propulsion AIP américaine et des tubes de lancement de missiles de croisière américains (Tomahawk en lieu et place du Scalp naval). Ainsi est né le S80, et le divorce fut consommé.
Prenons un peu de hauteur afin d'analyser de façon plus globale les stratégies qui s'affrontent. Dans cette première partie nous nous attachons à l'axe franco-brésilien.

Le partenariat franco-brésilien

Une lente construction

Le prélude à la formalisation de la coopération stratégique a été la participation française dans Embraer, ainsi que les contrats d'exportations qui ont soutenu la montée en puissance d'Hélibras. La France contribuait déjà au développement de l'industrie aéronautique et de défense brésilienne par le biais de transferts de technologies. Nous sommes aujourd'hui bien devant un partenariat tout azimut puisqu'il touche à plusieurs domaines, aussi bien dans la défense que dans le civil.
Le cas du Scorpène

Pour le Scorpène l'apport espagnol a surtout été son « carnet d'adresses » en Amérique Latine. Cette zone était jusqu'alors une chasse presque exclusivement gardée par les Allemands dans le domaine des sous-marins. La coopération franco-espagnole a permis d'arracher une vente au Chili. Le contrat malaisien étant l'autre réussite du couple.

Cependant, une fois le divorce consommé, c'est la France seule qui signe le contrat au Brésil. Il est le fruit d'un partenariat stratégique âprement discuté entre les deux pays. Ce n'est que la suite logique du conseil franco-brésilien du 23 décembre 2008. Le contrat en question prévoyait non seulement de construire 4 sous-marins Scorpène en transfert de technologie au Brésil, mais surtout d'accompagner le Brésil dans la mise au point d'un sous-marin nucléaire d'attaque (SNA). La France fournit la coque, le Brésil le réacteur embarqué et les parties nucléaires, les deux parties travaillant à l'intégration de l'ensemble.

C'est un choix stratégique profond puisque depuis c'est la deuxième fois qu'une « puissance nucléaire historique » s'associe à un pays émergent pour lui fournir un instrument de souveraineté lié à la maîtrise de la technologique nucléaire. L'autre exemple étant la collaboration entre la Russie et l'Inde (expertise technique russe, une location de SNA soviétique et un Akula bientôt de nouveau en location pour la marine indienne).

Enfin, il convient d'ajouter que la marine brésilienne a présenté un plan ambitieux de développement naval (format plus ou moins équivalent à notre marine). C'est bien sûr une place de choix que notre pays s'est créé ici.

Le Rafale comme aboutissement

Hélicoptère, sous-marin... Il ne manquait plus qu'une réussite du côte des chasseurs. La France avait déjà vendu des Mirage 2000 au Brésil. Comme à l'habitude, tout pays ayant acquis des Mirage se voit proposer presque systématiquement le Rafale. C'est ce qui est chose faite lors du premier marché FX lancé par le Brésil pour renouveler son armée de l'air. Le marché FX1 périclite de lui-même par manque d'avancées. C'est le FX2 qui prend sa relève. Ce marché est un des plus disputés si l'on tient compte des négociations des deux FX dans leur ensemble qui durent depuis 2000 environ.

Cependant, la décision finale serait proche. Après de multiples rebondissements, le Brésil pourrait enfin choisir. Les concurrents étant le Rafale, le F-18 E/F Super Hornet et le JAS 39 Gripen/NG. Il a été affirmé en août 2009 par le président brésilien Lula que son choix, donc politique, était le Rafale en raison du partenariat et de l'engagement français maintes fois prouvés (contrairement à d'autres). Après la rebuffade de l'armée de l'air brésilienne, Brasilia a réaffirmé ces dernières semaines sa préférence via son ministre de la défense.

Revenons un peu sur ce choix brésilien. Au vu des concurrents retenus par le Brésil, il existe d'autres possibilités que la France. Il est plus évident de comprendre pourquoi la France a été retenue pour la vente de sous-marins : il n'existe que deux pays (aux dernières nouvelles) qui vendent leur savoir-faire technologique dans la construction de SNA. Mais dans l'aéronautique, pourquoi encore choisir politiquement la France ? Il faut savoir que malgré les apparences, le nombre de chasseurs proposés à l'export et en transfert de technologie ne sont pas légion. Si on rajoute le critère d'une certaine qualité éprouvée, on peut encore réduire cette liste. Il reste donc principalement les Suédois, Américains, Russes, Français et autre consortium européen qui détiennent la capacité de réaliser un chasseur dit moderne et qui puisse remplir toutes ses promesses (ou presque) au combat. Le problème bien connu étant que nos finalistes se partagent en deux camps distincts : celui de ceux qui transfèrent la technologie par opposition à ceux qui souverainement gardent le fruit de leurs recherches. D'un côté les Russes et les Français. Les consortiums européens par leur spécificité sont neutre. . . Là où la Suède ne l'est pas ! Cette dernière se dit prête à entrer dans le camp de ceux qui transfèrent. Cependant, la part importante de composants américains dans la constitution du Gripen pourrait être un frein à la vente. On cite souvent le cas du réacteur mais pour l'anecdote le Gripen peut aussi recevoir le réacteur du Rafale (M88) ou de l'Eurofighter (EJ2000). Et les États-Unis ? Ils disent transférer de la technologie (pour leurs alliés les plus méritant comme l'Angleterre ou le Japon) et même pratiquer de généreuses compensations industrielles mais la réalité est tout autre. Par exemple le Japon a conduit un deuxième programme pour réaliser un chasseur : le F2. Le problème étant que ce programme n'a fait que réinventer le F-16. . . Pour plus cher ! En Pologne, l'achat récent de F-16 a plus que déçu en compensation industrielle. Les exemples sont riches, trop riche pour le Brésil.

Il reste à attendre l'affirmation concrète de ce choix, et de voir si le pouvoir civil dictera bien sa décision à l'armée de l'air. Mais en cas de victoire du Rafale ce ne serait finalement pas une grande « surprise ». Après tout, il s'inscrit dans le cadre d'un partenariat de développement commun. Et l'offre commerciale française n'est pas le fruit d'une trouvaille « marketing », plus ou moins copiée sur l'offre d'un concurrent.

Enfin, ce marché, une fois signé (quel qu'en soit le vainqueur), n'apportera certainement que des questions. Une des plus importantes étant l'après Rafale. Il faut savoir que la Russie avait proposé un temps au Brésil de développer avec elle un chasseur de cinquième génération (qui a volé ce 29 janvier 2010). La Russie collaborant avec l'Inde pour le développement, il reste le besoin français, et peut être brésilien, d'imaginer l'avenir. A deux ?

Élargissement du partenariat

La candidature gagnante du Brésil aux J.O. qui a été soutenu aussi bien par Paris que par les capitales africaines illustre bien les conséquences lointaines du partenariat entre nos deux pays. Comme me le fait remarquer JGP, c'est peut être aussi l'illustration de ce que la France fait pour s'attirer les bonnes grâces de Brasilia pour l'achat de Rafale. Il a peut être raison. Que dire aussi d'un esprit de revanche vis-à-vis de la victoire londonienne ? La candidature brésilienne a remporté la mise face à la candidature de Chicago défendue par Barack Obama. . . L'occasion était si belle aussi.

Les négociations sur le climat avec la position commune franco-brésilienne en sont un autre exemple. Mais un exemple qui clot la frontière du potentiel du partenariat franco-brésilien. En effet, le Brésil a fini par rejoindre la position des Etats-Unis et de la Chine au dernier sommet de Copenhague. Il ne faut pas oublier que le Brésil est un pays émergent, et comme il a été vu lors du sommet, il a des besoins impératifs de se développer sans entrave. Des intérêts qui ne peuvent que différer de ceux de la France car les deux pays ne sont pas dans la même position industrielle.

Le partenariat franco-brésilien ne se limite pas à un partenariat souverain entre industries de défense. C'est un choix réfléchi de la France de soutenir un pays souhaitant structurer l'Amérique du Sud via un processus « à l'européenne ». Est-ce un choix diplomatique fait dans l'arrière-cour des États-Unis ? Si on était en pleine Guerre Froide, la réponse serait oui. Mais au contraire, si on relit le penseur naval américain, Mahan, la réponse est non. Pour ce dernier, la « défense » de l'aire stratégique des États-Unis implique une sûreté relative jusqu'aux côtes du Vénézuela. Une conception extensive au sud de l'Amazone n'était d'actualité qu'à l'époque des deux blocs.

Du côté français ce partenariat ne se limite déjà plus au seul Brésil. La France a renouvelé ses accords de défense avec le Chili et l'Argentine. Le choix de ces pays n'est pas anodin car, outre la tradition diplomatique, il s'inscrit dans la même démarche entamée avec le Brésil : donner une suite aux relations militaires passées et participer à la structuration de l'espace politique sud-américain.
Cette rénovation des relations avec l'Argentine et le Chili passe par de nouveaux projets. Au Chili la coopération navale se veut plus profonde. Les industriels se positionnent pour d'autres contrats et donner suite aux Scorpène. En Argentine se pose la même question mais pour le Super-Étendard.

Une industrie de la défense est balbutiante en Amérique du Sud. Le marché est assez restreint, ce qui pourrait pousser à des rapprochements inhérents à toute industrie qui doit se concentrer pour survivre. Par exemple la question des Scorpène pourrait poser des occasion de coopération entre le Brésil et le Chili. Par ailleurs, si le Brésil choisissait le Rafale il obtiendrait une ligne de montage (le contrat brésilien a un potentiel affiché de 108 machines). Des Rafale produits à la chaîne aux coûts brésiliens pourraient susciter des offres plus agressives. Par exemple à l'adresse de l'Argentine et du Chili pour renouveler pleinement leur flotte d'avion de chasse vers 2015-2020.

Un partenariat qui a plus d'avenir que de passé

Le partenariat franco-brésilien dans la défense est très riche et il n'a pas fini de se développer. La question de l'après Rafale ou de porte-avions brésiliens montrent bien le potentiel de la relation. La France ne vend pas seulement de la technologie. Elle vend de la souveraineté à l'instar de la Russie. Un avion de chasse est aussi bien un outil militaire que politique. C'est pourquoi l'intérêt du Brésil est d'avoir trouvé un pays qui peut lui fournir des « instruments de puissance » tel que le sous-marin nucléaire. C'est ce qui explique le potentiel de la relation puisque la France trouve là un moyen de financer ses ambitions dans certains domaines où un partenaire européen est introuvable par exemple.

Mais ce partenariat aura des limites stratégiques « naturelles». On imagine mal le Brésil avoir un unique fournisseur. C'est imaginable si ce dernier est le seul à fournir des instruments de souveraineté. Mais pour d'autres équipements moins stratégiques le Brésil ne se tournera pas toujours vers le même pays. En effet, autant que peuvent s'aimer la France et le Brésil les « Etats n'ont pas d'amis mais des intérêts ». Nos deux pays ne mettront pas tous leurs oeufs dans le même panier. Enfin, n'oublions pas que le Brésil a une double appartenance : il est autant une « puissance » (en devenir) qu'un pays émergent. L'affaire climatique en est un exemple.



Deuxième Partie

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© Inconnu. Trois destroyers F100 et deux BPE ont été vendus à l'Australie.
Le partenariat hispano-australien

Paradoxalement, ou pas comme nous le verrons, notre étude sur les relations entre Espagne et Australie commence par un petit mot sur les États-Unis, avec lesquels la marine espagnole entretient des liens depuis les années 70 au moins. Un des exemples les plus illustratifs en est le porte-aéronef Principe de Asturias, issu de plans américains de porte-avions d'escorte (imaginé par l'amiral Zumwalt) rachetés par l'Espagne. Mais ce n'est pas un cas isolé. De ses F-18 Hornet en passant par ses Harrier ou ses hélicoptères Sikorsky. Ou encore les frégates O.H. Perry, également acquises auprès des USA pour sa marine. L'Espagne fait largement confiance au complexe militaro-industriel américain.

S'adresse-t-elle pour autant exclusivement au géant transatlantique ? Il faut mentionner tout de même la participation historique de l'Espagne à la constitution d'EADS via Casa. C'est en Espagne qu'est actuellement assemblé l'A400M. Les relations avec la France, en particulier, sont assez anciennes. On peut citer classiquement la vente de Mirage III et F1 et la construction locale de sous-marins Agosta. Mais le cas du Scorpène qui devait témoigner d'un approfondissement des liens sera plutôt le témoignage que le choix stratégique premier est en faveur de l'Amérique (à l'image d'autres nations européennes). L'Espagne a donc dorénavant un sous-marin de « conception nationale », le S80. Et c'est par l'Australie qu'elle a commencé a trouver des débouchés.

Un divorce lourd de sens

Il était convenu que les S-80 espagnols soit dérivés (dans une certaine mesure) du Scorpène, donc du partenariat politique entre la France et l'Espagne. Il n'en fut finalement rien puisque pour certains éléments stratégiques du navire le choix se porta sur des industriels américains. Comment DCNS pouvait-il avaler l'affront ? Ce n'est pas une simple question d'orgueil. L'Espagne a refusé le système français MESMA qui avait besoin de références supplémentaires pour s'imposer face aux Allemands principalement. C'était une réalité que Madrid a dû prendre en compte. Encore plus quand elle a choisi le Tomahawk américain face au Scalp naval qui en est le premier équivalent européen. C'est donc en plus d'une simple querelle commerciale et industrielle, une absence de participation espagnole à un partenariat de plus long terme.

Le tropisme australien

Il fut vite trouvé. L'Espagne participait en même temps que la France au programme de navire amphibie pour l'Australie. Ce genre de navire ne faisait pas partie des relations entre nos deux pays étudiés.
Certes. Mais le résultat fut surprenant. Alors que la France proposait la construction locale des deux navires, l'Espagne remporta le contrat avec construction en Espagne. L'explication couramment admise était que l'Espagne avait proposé son modèle de destroyer anti-aérien dans le cadre d'une offre globale regroupant les deux marchés.
Soit. Mais dans les détails la chose est troublante. La France proposait un navire qui faisait ses preuves et qui existait. L'Espagne n'avait rien de plus que des plans en trois dimensions alors qu'il est souvent admis qu'un armement virtuel n'a que peu de chance d'être choisi. Et pourtant, cela ne l'a pas empêchée de remporter la vente. La France ne pouvait proposer ses frégates Horizon à 800 ou 900 millions d'euros pièce. Bien que le prix soit à relativiser face à une construction d'une série portée de 2 à 5 navres. On ne sait même pas si l'offre fut faite.
Ce qui est certain, c'est que l'Espagne a joué finement. Plusieurs de ses ministres sont passés par l'Australie pour soutenir l'offre. Son croisement des deux marchés était également une très bonne idée.
L'Australie, pierre angulaire de l'intérêt des États-Unis dans le Pacifique
Il suffit de se pencher sur les contrats d'armement de l'Australie pour comprendre. Son choix, par exemple, de s'associer au programme JSF (les Australiens auraient aimer comme les Japonais disposer plutôt du F-22, les États-Unis ont souhaité privilégier le JSF et garder le Raptor pour leur avantage exclusif. Mais avec l'arrivée d'un chasseur russe tentant de devenir l'équivalent du F-22, le JSF fera-t-il le poids ?) permet d'avancer sans trop se tromper que le positionnement stratégique profond de l'Australie est du côté américain. C'est son choix. Elle a dû être aidée par son chef d'Etat britannique et son positionnement géographique surtout.
Mais cela pourrait également expliquer une partie du succès ibérique en Australie. Les États-Unis ont sûrement souhaiter privilégier l'Espagne. C'est un choix somme toute logique puisque les États-Unis dans leur position d'hyperpuissance doivent assurer leur leadership. C'est naturel, qui ne le ferait pas ? L'Amérique ne pouvait qu'utiliser la stratégie britannique dite « de l'équilibrage » qui consiste comme son nom l'indique à équilibrer les puissances sur le Vieux Continent. C'est avec raison qu'elle ne pouvait qu'aider l'Espagne à limiter le poids naval de la France. On peut donc estimer que les deux contrats australiens sont la résultante de cette volonté.

Pour les Etats-Unis c'est aussi un ensemble de partenariats qui s'inscrit dans le projet « d'arc des démocraties ». C'est le sénateur McCain, candidat républicain malheureux à la présidentielle américaine de 2008, qui a popularisé ce concept. Si l'on regarde une carte centrée sur un cœur asiatique autour du couple Russie/Chine, on peut observer que l'Australie et le Japon sont les avant-postes stratégiques de la puissance américaine dans le Pacifique. Mahan affirmait qu'il était vital pour les États-Unis de disposer d'un dispositif militaire dans les îles hawaïennes. Aujourd'hui ce rôle serait plutôt celui de l'Australie et du Japon, en première ligne face à la Chine. Pour ne pas laisser à cette dernière une hégémonie sur les routes commerciales du sud-est asiatique, le partenariat stratégique dit de l'arc des démocraties s'étend jusqu'à l'Inde. Singapour étant, comme toujours, une « base » faisant la liaison entre le premier dispositif et cette dernière.
Nous reviendrons plus longuement dans un autre article sur ce nouvel endiguement.

Les 12 apôtres et le facteur chance

L'Australie souhaite renouveler sa flotte de sous-marins. C'est un choix naturel s'il existe un consensus politique pour maintenir une telle capacité et donc la rajeunir quand le besoin est. La position politique affirme que le sous-marin est important pour la défense du territoire maritime australien. Et que le développement de cette arme en Asie du Sud-Est ne peut pas laisser indifférente la marine royale australienne. Une étude est actuellement menée pour déterminer si le format à six sous-marins est suffisant. Les premiers résultats indiqueraient que pour continuer à peser sur mer il faudrait doubler ce nombre. Le choix de la propulsion nucléaire a été écarté.

C'est donc un marché de douze unités qui se dessine dans ce coin du monde. Les cartes sont posées. Les Français sont certes présents en Australie et ont même des participations locales (Thalès Australia). Mais si le postulat d'un équilibrage européen est bien vrai alors on peut douter des chances françaises de remporter ce contrat. La France, voire l'Allemagne, pourraient certainement s'en passer. L'Espagne n'a toujours pas eu de débouché pour son S-80. Après la rebuffade turque il lui faudrait une référence étrangère. Il ne lui reste donc que l'Inde (six nouvelles unités) et l'Australie. Bien que les Etats-Unis soit engagés en Inde ils ne peuvent peser sur la décision autant qu'ils le voudraient. L'Inde est dans la même position stratégique que le Brésil. Contrairement à l'Australie dont il est plus facile de guider les pas puisque cette dernière demande presque le chemin à suivre.

L'Histoire ne s'écrit pas, Elle écrit

Il faudrait pouvoir se pencher longuement sur l'état des forces sous-marines australiennes mais ce n'est pas l'objet de cet article. La flotte actuelle est composée de six sous-marins diesel-électrique de la classe Collins. Ils ont été construits localement à Port Adélaïde sous transfert de technologie suédoise de la firme Kockums. Ils ont été mis en service entre 1996 à 2003. Pour résumer la qualité du dispositif, il faut dire que c'est tout simplement une catastrophe. Tout ce qu'une flotte peut redouter, hors le naufrage (et encore...), s'est produit pour l'arme sous-marine australienne : recrutement déficient, matériel en panne, disponibilité défaillante... Une des causes admises en Australie en est l'état de l'industrie de défense locale.

Ce qui permet de basculer sur un questionnement. L'Australie propose un marché plus que durable de 12 unités. Ce qui permet bien des efforts pour abattre les difficultés les unes après les autres. Même s'il sera difficile de compenser toutes les faiblesses actuelles. Si l'industrie sous-marine australienne a besoin d'être réorganisée il faut une expertise. D'autant plus qu'elle n'a pas construit de sous-marin depuis des années. Et ceux qu'elle a construits sont « ratés ». Il faut pouvoir s'investir sur le long terme et avoir un produit lui-même exempt de « gros défaut ». Ce qui n'est pas le cas du S-80 puisqu'il ne navigue pas. Il naviguera sûrement lors de la formalisation du marché. Mais le fera-t-il sans défaut majeur ?

C'est là que le facteur chance intervient. La France a un produit de qualité. De plus, elle a l'habitude des transferts de technologies. Si l'exemple de l'Inde n'est pas brillant, en raison de problèmes typiquement indiens (la corruption et les lenteurs des procédures sont régulièrement dénoncés par tous), les références brésilienne et pakistanaise (pour les plus actuelles, l'Espagne étant aussi une référence française pour la génération précédente) font une très belle carte de visite que n'a et n'aura pas l'Espagne. Le chantier australien s'annonce difficile. Est-ce que le gouvernement australien, après une génération de matériel désastreuse, est prêt à revivre (peut-être) la même chose ?

Le choix de la République impériale américaine

L'Espagne sait avoir un positionnement pragmatique. Cela lui a permis de récupérer des marchés qui ne pouvaient l'être par Washington. Et que les USA ne voulaient pas voir échoir à d'autres, pour équilibrer leurs rivaux et fidéliser leurs alliés. C'est donc un creuset d'opportunités que l'Espagne a trouvé là et qu'elle n'aurait pas eu en faisant un autre choix stratégique.
Seulement, ce choix est à double tranchant. Là où on ne lui amène pas des opportunités, elle se trouve démunie pour en débusquer ailleurs. Et il faut presque que l'Espagne ait un feu vert pour trouver des marchés. Elle est comme suspendue au desiderata de l'impérium américain. Et en plus, l'Espagne a un catalogue somme toute limité. La France lui fournit le S80. Mais que peut-elle exporter d'autre ? Elle peut faire mal sur les navires de surface. Mais de l'aveu même de l'ancien PDG de DCNS ce sont des navires à moindre valeur ajoutée (par rapport à ce que peut rapporter comme bénéfice la vente d'un sous-marin). L'Espagne n'a donc que la navale de surface militaire pour se développer à l'export. Pas de char, pas d'avion, pas d'électronique. Elle n'ira pas bien loin toute seule.

En guise de conclusion

Nous avons donc vu deux choix stratégiques faits par la France et l'Espagne. Les « tailles » de nos deux pays ne sont pas les mêmes. Il faut bien l'avouer et le reconnaître.

Le choix espagnol serait pertinent s'il ouvrait la porte de « marché spéciaux » comme par exemple Taïwan. Un temps on présentait l'avènement du S80 comme une façon pour les Etats-Unis de fournir l'île nationaliste en sous-marins. Les Espagnols doivent l'espérer eux aussi. Aujourd'hui encore les Etats-Unis ont l'intention de signer un nouveau contrat d'armement incluant notamment des systèmes anti-missile Patriot mais toujours pas de sous-marin. Aucune réaction espagnole ou autre pour faire une proposition. La Chine « pèse ». En attendant, l'Espagne reste limitée par la faible profondeur de son catalogue de matériel à exporter. Et elle n'a pas encore prouvé qu'elle pouvait se créer des opportunités. Encore moins dans le cadre d'une stratégie bien définie. Et par son divorce avec la France elle s'est fermé des portes en Europe.

A contrario, la France a trouvé un partenariat plein d'avenir en Amérique latine qui pourra combler de façon aisée la déception espagnole. La stratégie d'indépendance technique et technologique lui donne les moyens de trouver des débouchés que d'autres ne peuvent se créer. Le Brésil en est un grand exemple. Ses relations avec les grandes et petites puissances émergentes ouvre le champ de ses possibilités.

Ce sont donc deux « mondes » qui s'affrontent. D'un côté le système d'alliance tissé par les Etats-Unis autour de ses fidèles alliés stratégiques. De l'autre les puissances émergentes, dont certaines ne s'interdisent pas d'entretenir des rapports fructueux avec Washington, qui sont soutenues activement par la France notamment pour tenter d'atténuer la puissance américaine. Ce n'est pas un choix uniquement fait par notre pays. A bien des égards on peut considérer que les politiques russe et allemande s'inscrivent dans la même démarche.

Toutefois, est-ce une politique durable ? Il faut voir que les puissances émergentes investissent aujourd'hui pour se mettre à niveau technologiquement en systématisant les acquisitions en transfert de technologie. Il est impératif de garder à l'esprit que ce n'est peut-être que la partie la plus plaisante d'un monde multipolaire que l'on cherche à atteindre. Certaines de ces puissances deviendront autonomes pour subvenir à leur besoin d'outils militaires de souveraineté. C'est toute la question du chasseur russe de cinquième génération par exemple où l'Inde est encore un partenaire secondaire. En ce sens où elle contribue surtout à adapter la machine à ses besoins (en biplace). Mais dans quel rapport de force la France pourrait-elle « demain » développer un tel chasseur avec le Brésil ?


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