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Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





jeudi 29 septembre 2016

Avant-projet d'embarquement de Regulus II sur les Clemenceau, Foch et PA59

© U.S. Navy. Launching Regulus from USS Princeton (CVS-37) at sea.
L'introduction de l'atome dans les plans de la Marine nationale devait passer par une succession d'étapes et de réflexions discontinues, entre programmation à long terme et opportunités. Avant la mise sur pied de la dissuasion océanique fondée sur les SNLE (Sous-marin Nucléaire Lanceur d'Engins), l'embarquement de missiles de croisière atomiques sur porte-avions était envisagé.

L'introduction de l'atome, tant dans la propulsion des plateformes que comme explosif, avivait la rivalité inter-armées, aussi bien aux États-Unis qu'en France. Dans notre pays, l'Armée de l'Air mettait en œuvre le premier dispositif de représailles massives sur Mirage IV et la première bombe à gravitation française (AN-11, 60 kt) dès 1964. La Marine nationale se lance dans la réalisation d'un premier sous-marin à propulsion nucléaire, le fameux Q244, sur la même période.

Le sous-marin atomique est abandonné dès 1958 en raison de l'échec de la filière retenue, un nouveau projet est lancé à partir de 1959 et il aboutira au SNLE Le Redoutable. Il mènera sa première patrouille en 1972. En attendant, dans le cadre de la rivalité inter-armées pour porter l'atome et donc être au centre du dispositif, la Marine nationale repositionne son "offre stratégique" non plus sur sous-marins mais bien sur porte-avions. 

A la suite des mises sur cale des Clemenceau (22 novembre 1961 - 1er octobre 1997) et Foch (15 juillet 1963 - 15 novembre 2000), l'EMM demande le lancement d'une troisième unité, dérivée des Clemenceau pour la tranche navale de 1958. Le navire, baptisé officieusement Verdun dans les coursives et couloirs, déplacerait 45 000 tW et devrait être capable de lancer le Mirage IVM ou bien le SO 4060 Super Vautour, deux aéronefs capables d'emporter une bombe atomique grâce, notamment, à une catapulte de 100 mètres.

A l'instar du CVA-58 United States (mis sur cale en 1949, abandonné la même année), le principe d'un grand porte-avions capable de porter des bombardiers à long rayon d'action dotés de l'arme atomique ne prend pas plus en France qu'aux États-Unis.

Le Conseil Supérieur de la Marine en sa séance du 6 mai 1958 abandonne le PA58 Verdun. A la demande du secrétaire d'État à la Marine, le lancement d'un troisième Clemenceau est décidé, le PA59, avec quelques améliorations mineures, notamment sur l'auto-protection.  

Une nouvelle proposition est alors étudiée afin de s'appuyer non plus sur un porte-avions dédié mais bien sur une Flotte à trois porte-avions. Le missile de croisière Regulus I (500 nautiques de portée) est employé aux États-Unis comme arme stratégique. Il embarque sur 4 croiseurs, 10 porte-avions (occasionnellement, en réalité) et 5 sous-marins. Afin de crédibiliser la force nucléaire américaine, le développement du Regulus II est lancé avec une portée doublée (1000 nautiques).  Il est mis en production dès l'année 1958.

Dans l'attente des premiers SNLE - qui ne sont alors pas espérés avant, au moins, la fin des années 1960 suite à l'échec du Q244 -, le projet d'embarquement de Regulus II est étudié en décembre de l'année 1958, sept mois après l'abandon du PA58 Verdun (Hervé Coutau-Bégarie, Le problème du porte-avions, Paris, Economica, 1990, p. 80 ; plus précisément dans Jean Moulin, Les porte-avions Clemenceau et Foch, Paris, Marines éditions, 2006, p. 188).

Faute d'informations supplémentaires, il est étonnant que ce projet ne fut pas étendu aux cuirassés Richelieu (18 juin 1940 - 1967) et Jean Bart (6 mars 1940 - 1961) puisque le lancement de Regulus II ne nécessitait pas de ponts plats. Une refonte du Jean Bart en navire lance-engins était pourtant envisagée en 1957. La Marine nationale aurait alors pu proposer une force à cinq unités avec deux cuirassés et trois porte-avions.

C'est pourtant au cours du même mois de décembre 1958 qu'est abandonné aux États-Unis le programme Regulus II au profit du Polaris A1 pour les premiers SNLE. 

Le PA59 sera abandonné pour des SNLE supplémentaires en 1961, et, plus largement, la mise en place de la dissuasion océanique grévera longtemps les tranches navales pour renouveler la flotte de surface. La priorité est donnée par le gouvernement à la mise en place de la composante aéroportée puis de la composante océanique sur SNLE.

La Royal Navy s'intéressait également à une composante aéroportée (1952) depuis ses porte-avions avec des armes nucléaires tactiques. Le développement de l'arsenal soviétique et l'opposition de la Royal Air Force, sans compter l'accord sur le Polaris avec Washington, achève le projet qui persistait jusqu'en 1958 (Hervé Coutau-Bégarie, Le problème du porte-avions, Paris, Economica, p. 80).

Ce cours projet d'embarquement de vecteurs nucléaires d'origine américaine à bord de trois porte-avions préfigure en quelque sorte la future FANu (Force Aéronavale Nucléaire). Ce n'est qu'au milieu des années 1980 que cette dernière sera créée avec la mise en œuvre de la bombe AN-52 par les Super Étendard.

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