Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





08 août 2013

La mer du Japon est-elle trop étroite pour le porte-avions ?

© Inconnu.



La mise à l'eau du premier destroyer porte-hélicoptères 22DDH japonais (le jour de la commémoration du largage d'une bombe atomique sur Hiroshima), l'Izumo, a été l'occasion de nombreux échanges. Par exemple, certains portèrent sur la montée en gamme (navale) du Japon (classes 16 et 22 DDH) avec Si Vis Pacem et EGEA.


05 avril 2013

Tigre de papier ou COMOCO - Vers une Armée de Terre expéditionnaire


http://infos.fncv.com/public/2013/mali-caesar-canon-artillerie-france.jpg
© Inconnu. Un CAESAR au Mali.

Pascal Ramounet nous offre un billet de sa plume pour nous présenter sa réflexion sur le devenir de l'Armée de Terre dans le contexte actuel.


La première remarque que suscite l’observation de l’armée de terre est la disproportion entre ses effectifs, ses équipements, et sa capacité à les mobiliser en un temps donné.
Il suffit que quelques hommes soient envoyés ici et là sur des opérations extérieures, pour que l’asphyxie soit proche.
A quoi donc sert-il d’être doté de 4000 VAB, 630 VBCI, 250 chars LECELRC, quand l’usage de quelques uns épuise les capacités de nos armées.
Le débat sur la réduction du format de l’armée de terre est dépassé. La réalité l’a tué.
La vraie question est de savoir quel est le format cohérent permis par la capacité budgétaire de la France.
  1. Une absence manifeste de cohérence
L’adjectif cohérent prend toute son importance, quand à côté de 3500 VAB, 2000 camions logistiques 8X8 Astra, 630 VBCI, nous ne disposons que de 4 drones HARFANG mis à rude épreuve par la campagne Afghane, de 2 NH90 (!!!) destinés à remplacer les valeureux mais antiques hélicoptère PUMA à bout de potentiel, de 37 hélicoptères de combat TIGRE, 7 ans après leur première mise en service ….
Le comble est atteint avec le parc de chars LECLERC :
  • plus de 450 commandés par l’AT,
  • 250 « en service »,
  • 29 véritablement disponibles (parc d’alerte et de gestion…..) …..au sein de 4 ( ! ) régiments de chars de combat
Le 15 octobre 2008, lors de son audition par la commission de la défense de l’assemblée nationale le général IRASTORZA (CEMAT de l’époque) «  Statistiquement, le char LECLERC…tombe en panne au bout de 36 heures de fonctionnement ….. L’armée de terre dispose pour 140 chars LECLERC opérationnels (le chiffre tombé depuis à 42) d’un crédit de fonctionnement moteur de 2 h par semaine » 
Les exemples pourraient être multipliés.
L’armée française serait-elle un tigre de papier ?
L’impression est que le format et la configuration de l’AT sont davantage le résultat de l’affrontement de groupes de pressions, que le fruit d’une réflexion cohérente.
Le lobby militaro-industriel, est souvent dénoncé. La pression des chapelles internes à l’AT devrait également l’être. Ainsi l’acquisition récente de 13 LRU, dont les perspectives d’emplois sont plus que marginales laisse perplexe.
Une armée compacte, mobile, disponible, bien articulée et bien entrainée, formant un ensemble cohérent a-t-elle d’avantage de valeur militaire qu’une armée de papier, issue de la juxtaposition de choix hétérogènes dictés par l’influence des uns et des autres.
http://infos.fncv.com/public/2013/.qatar-char-leclerc-camouflage-sable_m.jpg
© Inconnu. Char Leclerc à l'exercice Gulf Falcon au Quatar.
II – Le principe COMOCO
« Dans un contexte où l’engagement en haute intensité est peu probable et où les intérêts vitaux de la France sont préservés par la dissuasion, il faut accepter que la vocation première de l’armée de terre soit désormais d’être la défense des intérêts de la France au plus vite, au plus loin et au moindre coût »Michel GOYA (DSI HS 27)
« Le rôle des forces terrestres et la nature de leurs opérations dimensionnantes, devrait donc demeurer de nature expéditionnaire, mais avec des temporalités différentes……. C’est sur la capacité à affirmer une supériorité opérative claire que résideront les clés du succès ». Benoît BIHAN (DSI HS 27)
Quelques constats s’imposent :
1/ La France n’a plus d‘ennemi à ses frontières terrestres ;
2/ Le défense militaire de ses intérêts s’opère en conséquence au -delà de ses frontières : espace littoral et aérien, espace terrestre extra hexagonal ;
3/ Son armée de terre doit en conséquence être configurée dans un objectif de projection, dont la poursuite dépend essentiellement de deux paramètres  liés : La masse à projeter, la capacité de projection.
4/ Son réseau d’alliances diplomatiques exclut la situation où la France aurait à subir seule une attaque militaire majeure de ses intérêts.
Ces préalables dessinent les contours d’une armée de terre capable de conduire seule et avec succès hors de frontières hexagonales des combats du fort au faible ou de participer à une action militaire multinationale.
Trois caractéristiques fortes :
  • La Cohérence
  • La Mobilité,
  • La Compacité
Il s’agit d’une armée de terre COMOCO (cohérente, mobile, compacte).
1/ Cohérente
Cela a déjà été dit, l’armée de terre ne doit pas être conçue par sédimentation de décisions successives. Son format, son organisation, ses équipements doivent être déterminés dans leur ensemble dans un même temps.
Le choix ne doit pas se faire, à coût budgétaire équivalent, entre 4 hélicoptères TIGRE ou 3 drones MALE ou 10 VBCI, mais en considérant le rapport indispensable entre nombre de drones, d’hélicoptères de combat et des véhicules de combat d’infanterie pour mener une action efficace, dans un cadre d’emploi de référence.
La cohérence en matière d'équipement se traduit par l'absence de maillon faible qui serait de nature à fragiliser l'ensemble du dispositif. Un maillon faible c'est l'absence ou l'insuffisance d'équipement nécessaire à la cohérence de l'ensemble (exemple des drones) ou un équipement manifestement obsolète qui ruine l’efficacité permise par la qualité des autres équipements.
2/ Mobile
La mobilité opérative d’une force appelée à intervenir hors de son territoire dépend des capacités de projection disponibles. Celles de la France se limitent à deux vecteurs principaux : 3 BPC pour la voie maritime, 50 hypothétiques A 400 M, à l’avenir, pour la voie aérienne.
Cette capacité est structurante. Elle doit commander le format, l’organisation et les équipements de la future AT.
La capacité de projection aérienne, en particulier, devrait imposer le gabarit des véhicules blindés appelés dans le cadre du programme SCORPION à remplacer les AMX 10 RC, les SAGAIES et les VAB.
Un A 400 M peut transporter dans une soute de moins de 18 m de long une charge de 30t sur 4500kms.
*On entend souvent que le VBRM, futur remplaçant des VAB, prendrait la forme d’un véhicule blindé à roues de la classe des 20t. C’est une hérésie, quand l’AT dispose d’un nombre suffisant de VBCI de 28t. Au côté d’un EBRC de moins de 30t qui pourrait pour des raisons d’économie et de logistique être issu du VBCI (train roulant et appareil propulsif) les nécessités d’une projection d’urgence appellent des véhicules de la classe des 10 t, comme le CRAB et le PVP XL de PANHARD. Ainsi ,3 A 400M pourraient transporter à 4500 km, un module de 2 CRAB, 4 PVP XL et 3 VBL
3/ Compacte
La compacité résulte naturellement des scénarios d’emploi de l’AT (intervention asymétrique limitée et contribution à une force multinationale), de la capacité de projection, et, en toutes hypothèses, des contraintes budgétaires de la France.
En matière militaire, le nombre est une qualité essentielle. Pour des raisons de coût, les armées occidentales ne peuvent associer le nombre et la qualité des équipements. Renoncer à des équipements performants, c'est-à-dire à une forme de supériorité à priori sur l'adversaire, c'est accepter la possibilité de pertes humaines nombreuses. Les sociétés occidentales, qui refusent l'idée de la mort, ne peuvent faire ce choix. L'occident, pour des raisons financières et socioculturelles est condamné à choisir la course technologique comme palliatif à des effectifs décroissants.
http://idata.over-blog.com/4/22/09/08/France/Armee-de-Terre/VBCI/VBCI-couv-tim-dossier-equipement.jpg© Inconnu.
III - Proposition d’organisation
Peu de moyens budgétaires et des moyens de projection limités signifient d’évidence une armée de terre au format de nouveau réduit.
Les conditions d’emploi envisagées conduisent à classifier les forces en fonction de leur capacité de projection, et en corollaire de leur puissance et de leur capacité à durer dans la zone de conflit.
Le recours systématique  au GTIA lors des récentes OPEX, montre que l’organisation traditionnelle est devenue surannée.
Les contraintes de projection et la variabilité des conflits soutiennent le principe d’une armée modulaire, étant admis que cette modularité ne doit pas affecter la cohésion.
Il est proposé pour résoudre ce paradoxe apparent un dispositif mixte :
  • Une force d’engagement d’urgence constituée des forces spéciales de l’AT ;
  • une force de projection rapide, privilégiant la mobilité opérative et la cohésion sur le couple puissance-protection, qui serait organisée autour d’un ensemble de modules autonomes formant des ensembles organiques, car appelés le plus souvent à opérer de conserve ;
  • une force de décision, plus puissante mais moins mobile au niveau opératif, composée de modules autonomes, appelés à renforcer la force de projection rapide, sans lien organique entre eux.

Mobilité opérativeCouple puissance- protectionDurabilité
Force d'engagement d'urgencemaximalefaiblefaible
Force de projection rapidefortemoyennemoyenne
Force polyvalente de renforcementfaibleforteforte
Forces de soutienfaible-forte


Un exemple de format possible :


  • Force d'urgence
3 REG opérations spéciales


  • Force de projection rapide
1 Brigade haute mobilité (montagne)
1 REG de chars légers (9 modules de 6 chars chenillés classe 30 t + une réserve de 6 chars, soit un total de 60 chars légers chenillés)
3 REG infanterie (3 fois 9 modules de 9 VHM infanterie – 1 VHM Dépannage – 1VHM trans/PC – 1 VHM Drones -1 VHM sanitaire- 2 VBL MILAN, soit 351 VHM)
1 REG artillerie (9 modules de 6 VHM Mortier 120 soit un total de 54 VHM mortier de 120, + 3 modules de 6 VHM JUMPER, soit un total de 18 VHM JUMPER)
1 REG soutien haute mobilité
1 Brigade parachutiste
4 REG infanterie parachutiste (4 fois 9 modules de 3 CRAB+ 13 PVP XL +3 VBL, soit 108 CRAB + 468 PVP XL + 108 VBL)
1 REG artillerie parachutiste (18 PVP XL Mortier 120 + 18 PVP XL JUMPER)
1REG soutien parachutiste



  • Force polyvalente de renforcement


1 REG de char de combat (9 modules de 6 LECLERC + une réserve de 6 chars, soit un total de 60 LECLERC + 9 modules de 2VBCI mortier de 120 mm sous tourelle+ 1 module de réserve, soit 20 VBCI mortier de 120)

2 REG de cavalerie blindée (2 fois 9 modules de 6 EPRC + une réserve de 6 EPRC, soit un total de 120 EPRC)

4 REG infanterie (4 fois 9 modules de 9 VBCI – 1 VBCI MPC – 1 VBCI Dépannage – 1 VBCI Drones -1 VBCI sanitaire-– 2 VBL, soit 468 VBCI)

2 REG artillerie (2 fois 9 modules de 6 CAESAR 155, soit 108 CAESAR 155 + 2 fois 3 modules de 6, soit 36 CAESAR FIRE SHADOW )

1 REG artillerie AA (MICA + C-RAM )


1 REG Renseignement (RADAR +DRONES)

1 Reg soutien

ALAT


La terminologie « régiments (REG)  » et « brigades » est utilisée par commodité de langage.
Un « régiment » serait formé de modules pouvant intervenir isolément. Cette autonomie, qui pourrait être comparée à celle des cellules dans un corps humain, présente l'avantage de permettre une continuité d'action en cas de perte d'un ou plusieurs modules. Elle permet également d'adapter la taille du "régiment" aux contraintes budgétaires, en ajustant le nombre de modules qui le constituent, sans ruiner la cohérence du dispositif.
Ainsi un module d’infanterie parachutiste pourrait être composé comme suit : 9 PVP XL infanterie (72 voltigeurs) – 3 CRAB 25 mm - 1 PVP XL trans/PC - 1 PVP XL Drones -1 PVP dépannage - 1 PVP XL soutien sanitaire-2 VBL MILAN -1 VBL MISTRAL. L’ensemble serait transportable par 5 A 400 M.
Un module d’artillerie parachutiste pourrait être composé comme suit : 6 PVP XL M 120 (ou JUMPER) – 3 VBL appui – 1 VBL MISTRAL – 1 PVP XL trans/PC – 1 PVP XL Drones . L’ensemble serait transportable par 4 A 400M.

30 mars 2013

Altantique 2 : futur bombardier ?

© Marine nationale.



L'Atlantic en service depuis 10 décembre 1965
L'Atlantique 2 est le successeur du BR. 1150 Atlantic. Ce dernier était le vainqueur d'un concours OTAN. Cet appareil initialement conçu pour la patrouille maritime à dominante ASM a connu la guerre aéroterrestre de l'opération Tacaud au Tchad (1978) jusqu'à l'opération Serval (2013).

29 mars 2013

Et si la France choisissait la Mer ?



Les travaux préparatoires du livre blanc 2012 -devenu livre blanc 2013- et les joutes budgétaires entre ministères et Armées, ont été l'occasion d'assister à des affrontements féroces et fratricides. De l'ensemble de ces escarmouches, il ressort des constats profonds et des questions essentielles. Rien n'est dit explicitement, paradoxalement : alors même que ces luttes se font sur la place publique, les vrais enjeux ne sont pas lâchés en pâture à la lumière.


25 mars 2013

"La Marine nationale en images" de Jean Moulin


http://www.marines-editions.fr/boutique/images_produits/zoom_31164_marinenationale_images-z.jpg

Le dernier ouvrage reçu de Marines éditions, "La Marine nationale en images", est de Jean Moulin, auteur prolifique sur le fait naval en France.

A l'heure où la Marine attend de savoir si le ministre de la Défense va concrétiser ses paroles sur la place de la Royale dans la Défense nationale, c'est un bien bel outil pour consulter l'état de la Flotte. Avec le Charles de Gaulle en navire-amiral, c'est aussi une marine qui se dote peu à peu de toutes les unités de la génération de la furtivité : les années 2012 et 2013 sont marquées par l'entrée en service des NH90 et de la frégate Aquitaine, en sus de l'entrée des Horizon 1 et 2.

Le livre est doué de trois qualités :
  • c'est un bel objet,
  • il est le témoin de la Marine de 2013,
  • et il procède d'une vision de la Royale.
Effectivement, c'est un très bel ouvrage : la présentation est simple et efficace. Les photographies sont très belles. De plus, on note avec une pensée souriante que l'auteur s'est attaché à des clins d'oeil. Par exemple, il y a le cliché du Commandant Bouan contient la présence d'un Super Frelon, appareil qui a quitté le service en 2010.

C'est donc le témoin de la Marine nationale comme elle est en 2013 : l'ouvrage est une photographie de la Royale à cet instant précis. Aussi, on on appréciera les textes qui accompagnent les prises de vue des bâtiments : outre leur présentation, il y a ces commentaires sur les évolutions actuelles, comme quand on apprend que le Cassard recevra son radar SMART-S cette année.

L'auteur a effectué des choix puisque : qu'est-ce que la Flotte nationale ? Où commence-t-elle et où s'arrête-t-elle ? On notera avec envie que, outre les navires des forces de haute mer et les aéronefs de l'Aéronautique navale, Jean Moulin inclu aussi le VN Partisan, les navires-écoles, les voiliers, les remorqueurs côtiers et de haute mer, les bateaux affrêtés comme les Abeille, les coques blanches (des bâtiments hydrographiques jusqu'au Monge et au Dupuy de Lôme), etc...

Au final, c'est un livre bien pratique pour faire, simplement, le tour de la Flotte.

24 mars 2013

Refondre les BE en patrouilleurs hauturiers ?


La Marine nationale manque aujourd'hui, et chaque année un peu plus, de patrouilleurs. Et la pénurie touche aussi bien les moyens côtiers que hauturiers. Depuis 1945, si ce n'est depuis 1922, la Royale, a toujours fait un choix clair : le développement et la modernisation des FHM (Forces de Haute Mer) avant tout. Les programmes de renouvellement des moyens affectés à l'AEM (Action de l'État en Mer) ont toujours été le parent pauvre du budget de la Marine (lui-même étant, historiquement, le parent pauvre du budget de la Défense nationale).


20 mars 2013

Le croiseur lance-missiles sous-marin : une arme dissuasive limitée



http://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/f/fe/USS_Ohio_(SSGN_726).jpg
© Wikipédia. SNLE Ohio transformé en croiseur lance-missiles sous-marin.

Il est indéniable que les temps budgétaires actuels sont durs (pour changer). Du côté des Etats-Unis, c'est le grand moment de redéfinir les priorités. Les "chapelles" de la marine américaine (surfaciers, sous-mariniers et aviateurs) ne peuvent que s'entretuer pour sauvegarder des positions ou en conquérir des nouvelles (soit une guerre (administrative) dans la Guerre).

A moins de ne jamais s'intéresser aux affaires militaires, il était difficile d'échapper à de nombreuses tentatives de "tuer" le porte-avions ces dernières semaines. Il y a en a aux Etats-Unis, notamment sous la plume du Captain Hendrix. Mais il y en a aussi en France : après les opérations libyennes et somaliennes, l'on voudrait nous démontrer, sans en faire la démonstration, que les Rafale de l'Armée de l'Air sont d'un usage plus économique qu'une mission du GAn. Et de là à proposer la vente du porte-avions Charles de Gaulle, un PA a déjà été franchi.

Le problème qui se pose inévitablement alors est de savoir quoi faire après avoir tuer le porte-avions :
  • soit le système était tellement obsolète dans le nouveau contexte stratégique et il n'y a pas besoin de le remplacer,
  • soit il y a nécessité de remplacer ce complexe guerrier par une alternative qui sera
    • soit plus efficiente,
    • soit plus économique
    • et pourquoi pas les deux ?
Imaginons que ce soit la seule question à se poser puisque dans le cas américain, il y a, par exemple, cette étude du CIRPES ("L'industrie navale américaine : une puissance en trompe l'oeil ?", Roland de Penanros, 18 novembre 2005) qui pose une question dérangeante : et si le coût du porte-avions américain n'était que le reflet d'une industrie navale étasunienne inefficace au possible ? Cette question avait déjà été posée par les canadiens quand il s'agissait d'expliquer une raison, par mi d'autres, pour laquelle l'US Navy était farouchement opposée à la vente de SNA de  classe Rubis à Ottawa. Oui, il n'aurait pas fallu découvrir que le coût des SNA américains s'expliquerait, pour partie, par des chantiers peu productifs (même si tout est relatif quand il s'agit de comparer un 688 et un Améthyste).

Donc, et pour en revenir à la "simple" question, le Captain Hendrix propose donc trois solutions pour remplacer le porte-avions américain :
  • le porte-hélicoptères d'assaut amphibie (LHD et LHA),
  • le Sea basing (création plus ou moins structurée d'une "île artificielle",
  • et le croiseur sous-marin lance-missiles.
C'est bien cette troisième option qui nous intéresse.

Première remarque, il y a une expérimentation américaine, d'un coût qui serait de 1,4 milliards de dollars, qui a consisté en la conversion de quatre SNLE de classe Ohio en croiseur lance-missiles sous-marin. Ce sont les quatre premiers de cette classe qui furent ainsi convertis. Au lieu d'embarquer 24 missiles balistiques, ils mettent en oeuvre actuellement 154 Tomahawk et près de 70 commandos. Ces vaisseaux pourraient naviguer jusqu'à 2026 à 2029 selon l'usure des coeurs nucléaires.

Deuxième remarque, il s'agit d'échanger un système d'armes par un autre. Cependant, il n'est pas envisagé de répéter strictement l'expérimentation. C'est-à-dire que la future classe de SNLE étasuniens, les SSBN(X), n'offrira pas une sous-classe conventionnelle.

Cependant, et c'est la troisième remarque, on accuse le porte-avions et son coût prohibitif, mais a-t-on conscience que l'on parle, à propos des futurs SNLE américains, de vaisseaux dont le coût unitaire projeté a été ramené de 7 à 4,9 milliards de dollars ? Ce serait faire injure aux lecteurs que de convertir ces sommes en Euro pour montrer que nous sommes au-dessus du coût du Charles de Gaulle. Et peut être même que nous ne sommes pas très loin du coût d'un porte-avions américain, justement, hors frais d'études, celles-ci étant répercutées sur la tête de série.

Quatrième remarque, et pour faire aboutir la seconde, l'US Navy envisage actuellement de créer une sous-classe dans la classe de SNA Virginia afin de matérialiser l'expérimentation des SSGN Ohio réformés. La cible des 30 Virginia permettrait de trouver un certain nombre de SNA qui se verrait augmenter d'une section de coque de 27 mètres pour recevoir 28 missiles de croisière, en sus des 12 qui sont installés dans la partie avant, ce qui est toujours en plus des munitions stockées dans la soute à armes tactiques (qui peuvent être des missiles de croisière).

Au passage, on ne peut que remarquer que Russes et Américains cherchent à augmenter le nombre d'armes portées par leurs sous-marins nucléaires d'attaque. Si l'URSS concevait des sous-marins tueurs de porte-avions, les Etats-Unis ont fini par leur donner raison en reprenant le concept pour le rediriger vers la terre. Quoi de plus logique, alors que la puissance navale recherche à s'exprimer vers la bande littorale et non plus en haute mer ?

Autre parenthèse, l'US Navy ne pourra continuer à chercher la classe unique de SNA : les Seawolf étaient trop coûteux (3 milliards de dollars, vraiment trop coûteux ?) pour devenir le sous-marin standard de la marine de Washington. Les Virginia devaient avoir ce rôle. Et face à un coût encore trop important de ces derniers, il y a eu le projet Tango Bravo : par simplification de l'architecture, il était question d'arriver à des SNA de la taille des Skipjack -et bien moins coûteux que les Virginia. Mais il y a un fossé qui se creuse entre les Virginia, les Virginia qui seront peut être "croiseurisés" et ces potentiels "Skipjack-NG".

Cinquième remarque, quelque part, les Ohio réformés, croiseurisés, sont les dignes descendants de la pensée de René Loire. C'est peut être la seule matérialisation de son Frappeur qui devait assurer une dissuasion conventionnelle par sa seule force de frappe et sa relative discrétion. Mais les navires américains sont plutôt durcis, très silencieux et furtifs.La seule chose qui diffère véritablement est celle du coût : le Frappeur devait être une batterie à missiles au coût maîtrisé et réduit au strict nécessaire quand les quatre Ohio et les éventuels futurs Virginia coûtent des milliards... hors munitions.

Sixième et dernière remarque : nous arrivons au coeur du sujet. En effet, la question qui reviendra fatalement, en dehors de toute problématique de coût, est celle de la pertinence opérationnelle. Mettons de côté la question des opérations spéciales, pendant un temps.

L'intérêt d'un tel navire, ou de son équivalent en surface (destroyers Arleigh Burke et autres croiseurs Ticonderoga) est de pouvoir mener, à lui seul !, une frappe stratégique "shock and awe" pour paralyser l'appareil militaire adverse par décapitation. Si un seul croiseur sous-marin peut lancer une salve foudroyante de 154 Tomahawk, la saturation atteindra presque n'importe quel adversaire.

Cependant, il y a l'après qu'il faut considérer. L'exemple libyen montre des forces gouvernementales qui se sont reconfigurées pour continuer à combattre, bien que les forces coalisées aient détruit leurs infrastructures militaires et civiles. Il s'agissait alors de saisir un adversaire devenu mobile et agile, capable de se servir de la moindre aspérité du terrain pour se cacher. Il se pose alors un premier problème : comment reconfigure-t-on le bateau pour poursuivre le combat ? C'est une difficulté très difficilement surmontable avec un sous-marin, il est très difficile, peut être même impossible, de recharger les tubes en pleine mer. Peut être est-il possible ponctuellement de réembarquer quelques torpilles. Mais serait-il possible de réembarquer, en pleine mer, plusieurs dizaines de missiles de croisière ? A priori, il faudrait quitter le théâtre pour aller dans une base avancée où il y aurait suffisamment de stock pour la reconfiguration.

Autre problème, c'est l'exploitation de la foudroyance : quand l'appareil militaire libyen a été décapité, il s'agissait d'exploiter cette percée. Mais comment un sous-marin peut-il faire ? Revenons-en aux forces spéciales : elles peuvent très bien repérer les cibles, voire les illuminer dans certaines situations. Mais à ce moment là, une faiblesse apparaît : comment le sous-marin peut-il soutenir des commandos et leur servir de batterie lance-missiles ? C'est une position de vulnérabilité où l'une des deux composantes sera identifiée et localisée.
C'est presque un corollaire : comment est-ce qu'un croiseur lance-missiles sous-marins, soutenant ou non des forces spéciales, pourrait cibler des cibles mobiles ? L'expérience libyenne a montré qu'il fallait pouvoir les débusquer, jusqu'au coeur des populations. Même les voilures fixes français avaient du laisser la place à des voilures tournantes, seules capables de descendre suffisamment bas sur le plan tactique pour aller débusquer l'adversaire.

Pire, le croiseur sous-marin lance-missiles rejoint le défaut du Frappeur : il s'agit d'un usage très spécialisé, quand il s'agit de décapiter l'adversaire. Mais quoi faire avant, quoi faire après ? Outre les difficultés de mise en oeuvre opérationnelle, on ne peut que remarquer que l'utilisation politique de la Flotte et la diplomatie navale sont absente d'un tel navire. Il n'a aucun affichage ou si peu (comme quand l'Ohio réformé, justement, a franchi le détroit de Gibraltar en surface). Il ne peut exploiter la puissance aérienne avec toute sa souplesse : quid de l'intérêt d'envoyer un missile de croisière à "x" millions de dollars contre un engin civil (comme un 4x4) ? Comment faire pour faire une démonstration de force avec des missiles ?

En somme, le croiseur sous-marin lance-missiles est un vecteur de destruction, à un coup, qui offre de nombreux avantages. Mais finalement, il participe plus de la partie conventionnelle de la dissuasion. Celle-ci peut être mise en oeuvre, et cela confirme nettement son intérêt pour marquer, presque partout et à chaque élevation du niveau de crise, un coup d'arrêt que peu de pays peuvent encaisser ou contrer. Les plans de l'US Navy en témoignent puisqu'il s'agirait de ne pas se concentrer sur un nombre réduit de plateformes, mais bien de diffuser l'emport en nombre de missiles de croisière sur un grand nombre de navires.

Finalement, nous nous rapprocherions de la position français qui diffuse le MdCN -ou Scalp-EG- sur toutes les FREMM et sur les futurs SNA de classe Suffren. Alors, certes, en France, ces munitions procéderont plus d'un emploi stratégique, sur ordre du pouvoir politique. Mais est-ce si différent du cas américain ?

Après cela, il ne semble pas évident que le porte-avions puisse être remplacé par le seul croiseur lance-missiles sous-marin. Peut être qu'il faudrait considérer l'alliance de deux options de remplacement -soit le croiseur sous-marin et le porte-hélicoptères d'assaut amphibie. Le premier décapiterait quand le second exploiterait.