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Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





lundi 4 juin 2012

Avant-projet d'un croiseur à propulsion nucléaire pour la Marine nationale



© Inconnu. CVN-65 Enterprise, CGN-9 Long Beach and DLGN-25 Bainbridge during Operation Sea Orbit 1964.
 La Marine nationale devait se reconstituer après la seconde guerre mondiale. Comme croiseur, il ne restait plus que les Gloire, Montcalm et Georges Leygues. La coque du croiseur De Grasse avait été retrouvée en assez bon état à la Libération. Avant l'éclatement du conflit, ils étaient 18 unités. Les survivants étaient autant usés par la guerre qu'ils étaient devenus obsolètes.
Les menaces aériennes étaient parmi les plus dangereuses pour la Flotte. Cette leçon de la seconde guerre mondiale se transposa sous de multiples aspects dans la Flotte française :

  • premièrement, en ce qui concerne les capacités aéronavales offensives, les cuirassés rapides, Richelieu (modernisé en 1943 à l'arsenal de New York et en service continu depuis 1940) et Jean Bart (1955), furent remis en état et achevés, au détriment de la construction de porte-avions.
  • Deuxièmement, de nouveaux escorteurs furent mirent en chantier, comme la série des Surcouf (T47, T53 et T56) de 18 unités (1951-1962). Ensuite, le croiseur De Grasse (1937-1956) fut terminé comme unité anti-aérienne modernisée, et un autre, très similaire, le Colbert (1959), fut construit.

Entre temps, la menace aérienne s'était encore accrue : les avions de chasse et d'attaque volent désormais à la force des réacteurs. Contre ces appareils évoluant aux vitesses subsoniques et supersoniques, les engins, c'est-à-dire les missiles, prennent leur essor là où les canons, même guidés par radar, ne suffisent plus.
L'US Navy se protège de ces innovations en remettant en service, le 1er novembre 1955, le croiseur Boston (CAG-1, ex-CA 69). Il est le premier navire au monde à être armé d'engins (le cuirassé Mississippi est le premier navire à faire les essais des engins) : la tourelle arrière de 203mm est remplacée par une rampe double de RIM-2 Terrier (32 km de portée).
Pour accompagner les nouveaux porte-avions français, Clemenceau et Foch, et suppléer aux Colbert et De Grasse qui ne sont pas taillés pour ces nouvelles menaces, l'état-major de la Marine ambitionne une série de six frégates lance-engins.

Par une direction du 12 avril 1958, une certaine programmation des investissements militaires est lancée. Un autre document, la fiche du 7 novembre 1958, établit un projet de plan quinquennal pour les constructions navales à venir. Il s'agit en fait de deux plans quinquennaux :
  • le premier couvre la période allant de 1959 à 1964 et comporte la construction de trois croiseurs escorteurs lance-engins,
  • le second qui couvre la période allant de 1965 à 1969 comporte quant à lui trois autres croiseurs escorteurs lance-engins.
La série tarde à être mise sur cale. Mais, elle est très vite réduite à 5 unités. Puis, la loi-programme du 6 décembre 1960 (période 1960-1965) réduit encore plus la série à 3 unités. En 1964 il fallait choisir entre le troisième navire et 42 Crusader. Le Président De Gaulle consulta son fils d'Amiral qui lui conseilla de trancher en faveur des intercepteurs afin de compéter les groupes aériens des porte-avions.
Ce qui est particulièrement intéressant, c'est le cas d'un navire assez inconnu dans les rangs de la Marine nationale. Jean Moulin fait référence à son cas dans deux de ses ouvrages parus à Marines éditions :
  • "Les frégates Suffren et Duquesne" (1998) : "Ce croiseur-escorteur [classe Suffren] doit faire la soudure avec des bâtiments à propulsion nucléaire qui doivent apparaître vers 1970" (p. 11).
  • "Les porte-avions Clemenceau et Foch" (2006) : "Le 2e plan, pour la période de 1965 à 1969, comporte... [...] le prototype d'un nouvel escorteur (si possible à propulsion atomique..." (p. 226).
La première marine de guerre se mouvant uniquement à la propulsion nucléaire était en gestation aux Etats-Unis. Il y eu tout d'abord le premier sous-marin atomique du monde : l'USS Nautilus qui est à la mer en 1954. La prochaine grande étape est la construction d'un porte-avions nucléaire : l'Enterprise. Un an avant qu'il soit sur cale (1958), l'US Navy fait poser la quille du CGN-9 Long Beach (1959). Il est le prototype des escorteurs à propulsion nucléaire de la marine américaine (et pas seulement puisqu'il porte la passerelle du futur Enterprise) dont les batteries principales seront désormais composées d'engins. Son armement anti-aérien se composait, à son entrée en service, des missiles Talos (96 km - une rampe double - 40 missiles) ainsi que des missiles Terrier (32 km - deux rampes doubles - 240 missiles). Son armement anti-sous-marin se composait d'un lanceur ASROC.

Une série d'escorteurs, croiseurs et destroyers, à propulsion nucléaire allait suivre :
  • le DLGN 25 Bainbridge (1962) : il s'agit d'un croiseur de classe Leahy à propulsion nucléaire, armé de deux rampes doubles de Terrier (80 missiles en tout) et d'un lanceur ASROC (équivalent au Malafon français).
  • Le DLGN 35 Truxton (1964) :  c'est un croiseur la classe Belknap à propulsion nucléaire, avec un armement d'engins anti-aériens (une rampe double de Terrier) et un lanceur d'ASROC.
  • Les DLGN 36 California (1974) et DLGN 37 South Carolina (1975) : il s'agissait de la première série de croiseurs nucléaires, bien que la série soit limitée à deux unités. Si son armement principal était toujours constitué par des missiles Terrier, ils nétaient plus lancés que par deux rampes simples. Le lanceur ASROC était toujours présent.
  • Les CGN-38 à 42 (Virginia, Texas, Mississippi, Arkansas, le dernier n'ayant été ni nommé, ni construit) de la classe Virgnia. Lancés entre 1976 et 1980, ces croiseurs étaient une amélioration de la classe California. Ils emportaient deux rampes doubles de missiles Tartar/Standard MR. 
Il y a fort à parier que la Marine nationale a été très influencée par l'avancement des programmes de navires atomiques aux Etats-Unis pendant les années 50. De façon surprenante, il n'aurait pas été question de porte-avions nucléaires lors de la conception des Clemenceau et Foch. L'idée d'un pont plat à propulsion nucléaire semble naître avec les deux PH75.
Il a bien été question des sous-marins nucléaires : le Q244, essai infructueux mais enrichissant, de sous-marins atomique lance-engins, est là pour le prouver. Et c'est peut être l'échec du Q244, et surtout de la filière nucléaire retenue pour sa propulsion, qui explique l'absence de projet nucléaires pour les deux porte-avions.
Il ne manquait plus que de découvrir que l'US Navy influença suffisamment la marine française pour qu'elle eut étudié un croiseur-escorteur à propulsion atomique.

Il serait fort de dire que le seul état des finances ait eu raison de ce projet. Il est vrai que la constitution de la force de dissuasion nationale engloutit des sommes impressionnantes. Les frégates lance-engins en firent les frais les premières : la série fut réduite de 6 à 2 unités. L'état-major tenta bien de relancer le concept avec une classe plus spécialisée, la classe Tourville d'escorteurs ASM, mais elle aussi fut, elle aussi, limitée en nombre d'unités (trois), par rapports aux besoins exprimés par les amiraux (18 navires).

Néanmoins, il faut dire également que l'US Navy eu quelques difficultés à développer une flotte d'escorteurs océaniques à propulsion nucléaires. Non pas du côté des sous-marins, qui prolifèrent largement, aussi bien dans la marine américaine que chez sa consoeur soviétique : plusieurs centaines d'unités entrèrent en service dans les deux marines.
Mais du côté des navires de surface, il y a eu un certain blocage. Par exemple, l'Enterprise fut le premier et seul porte-avions nucléaire américain jusqu'en 1975. Face aux coûts de construction et de mise en oeuvre, la marine américaine lançait par la suite deux porte-avions à propulsion conventionnelle. Le premier Nimitz, à propulsion nulcéaire, ne fut mis en chantier qu'en 1975.
Du côté des escorteurs, il faut bien remarquer que, bien souvent, il s'agit de micro-série (deux ou quatre unités). Que dire des Bainbridge et Truxton qui n'auront pas de suite ? Ils sont les adaptations nucléaires des croiseurs des classes Leahy et Belknap, et celles-ci comptent respectivement chacune 9 unités. Enfin, la propulsion nucléaire ne sera pas adoptée à bord des croiseurs Ticonderoga (27 unités) et des destroyers Arleigh Burke (70 unités et plus).

Pour en revenir à la Marine nationale, il serait aussi très intéressant de savoir ce qu'aurait pu être cet escorteur à propulsion nucléaire. Très certainement, il aurait repris la polyvalence voulue pour la classe Suffren, puisqu'il semble que ce projet découle de la même période, et donc de la même façon de penser.

In fine, cet escorteur pourrait découler d'une des solutions envisagées pour les frégates lance-engins :
  • A titre de comparaison, voici la formule architecturale arrêtée par les discussions, le 4 novembre 1959, pour les frégates lance-engins : un navire de 5700 tW (tonnes Washington) armé d'une rampe double de missiles Masurca (55 km de portée), d'une rampe pour Malafon, de deux tourelles de 100mm et une plateforme pour un hélicoptère (celle-ci disparaît tout bonnement : pour quelle raison ?!).
  • Le projet de "croiseur léger d'Union Française" (de 1956) de 5000 tonnes évolue pour devenir "croiseur-escorteur" en 1957. L'état-major envisageait alors pour lui un armement conséquent :
    • un groupement Masalca (surface-air, similaire au Talos américain),
    • deux groupes Masurca (similaire au Terrier américain),
    • trois tourelles de 100mm,
    • un mortier de 305mm,
    • un Malaface (ancêtre lointain de l'Exocet, il est entré en service dans la Marine suédoise, par le biais d'un engin dérivé de lui : le CT-20),
    •  et deux ou trois hélicoptères.
    • Le système LOFAR (les futurs sonars remorqués à basses fréquences, en développement sur la Galissonnière) doit compléter l'ensemble des moyens ASM.
Premièrement, il serait étonnant d'admettre que l'état-major de la Marine ait pu envisager sérieusement de faire rentrer tout cela sur un navire de 5000 tonnes : il y a fort à parier, encore une fois, que le tonnage aurait été assez proche du Long Beach (17 000 tonnes à pleine charge).
Aussi, il y a de quoi s'étonner de ne pas y trouver la présence d'un groupement Malafon : est-ce à dire que c'était soit ce système ASM à longue portée, soit un détachement d'hélicoptères ASM ?
Deuxièmement, l'Amiral Nomy, chef d'état-major de la Marine, considérerait que face à l'augmentation considérable des portées des armes et des senseurs, grâces aux engins, aux radars et sonars, il était possible de réduire le nombre d'escorteur. L'Amiral Nomy, aura même cette phrase, relevée par Jean Moulin (p. 11 de l'ouvrage sur les FLE), qui indique bien la philosophie des Suffren : "les construire plus gros et plus cher".
C'est pourquoi l'escorteur français à propulsion nucléaire aurait pu reprendre cette formule, abandonnée pour les frégates lance-engins car cette propulsion nucléaire aurait introduit une autonomie accrue, ainsi qu'un coût accru. D'un côté, le coût de la coque aurait augmenté, mais de l'autre, le passage à la propulsion atomique aurait libéré bien de la place à bord, et évité bien des contraintes (pour en introduire de nouvelles, certes).
Il s'agissait bel et bien pour les amiraux des années 50 de concevoir des croiseurs polyvalents dotés d'une grande autonomie. Les différents projets de croiseurs-escorteurs le montrent amplement.
En outre, il semblerait que le CGN-9 Long Beach ait eu une certaine influence sur le projet car l'on retrouve dans cette formule écartée pour la classe Suffren :
  • la même batterie anti-aérienne que sur le navire nucléaire américain : un système anti-aérien à très longue portée (le Talos et le Masalca) encadré par deux systèmes anti-aériens à moyenne portée (les Terrier et Masurca). 
  • Une batterie ASM similaire : la marine américaine fait le choix des missiles porte-torpilles ou charges de profondeur (ASROC) quand la Marine nationale aurait choisi une défense ASM à courte portée pour l'auto-défense (mortier de 305mm) alliée à un système ASM à longue portée : le LOFAR (sonar remorqué) qui aurait été épaulé par deux ou trois hélicoptères. Ce seront les trois frégates F67 ASM qui mettront en oeuvre le système ASM français à longue portée, mais sans le mortier de 305mm.
  • Une batterie contre but de surface : là aussi les choix américains et français diffèrent sensiblement. Le Long Beach n'emportait même pas de pièces d'artillerie anti-navire : il était un "pur" croiseur anti-aérien. Dans la solution écartée par la Royale pour les frégates lance-engins, il y aurait eu trois pièces de 100mm contre but flottant (et aérien, puisque ce sont des pièces polyvalentes), mais aussi un système Malaface.
Enfin, il convient de relever que ce soit la solution écartée pour les Suffren ou que ce soit l'escorteur à propulsion nucléaire, l'un des deux a bien du entrer "en conflit" avec une éventuelle refonte du Jean Bart en cuirassé lance-missiles.

Quoi qu'il en soit, la classe Suffren est par la suite réduite à deux unités. Le Jean Bart ne sera pas refondu. La liste des engins français en développement se réduit. Notamment, il ne sera plus question d'un missile anti-aérien à longue portée : le Masalca est abandonné en 1958. Quant au Malaface est jugé obsolète assez rapidement par la Marine nationale. Les contraintes financières défont cette volonté de l'état-major de la Marine de posséder, comme l'US Navy, de croiseurs à propulsion nucléaire.

Ce projet rapidement avorté demeure très intéressant car il est l'avatar du besoin de croiseurs pour une marine qui aspire aux grands espaces océaniques. Il s'agissait bel et bien de chosir de grandes unités polyvalente, aptent à durer à la mer, au détriment du nombre d'unités.

Il y a même deux conceptions intéressantes, le navire de surface à propulsion nucléaire, et le croiseur porte-engins polyvalent, qui ne se rencontreront pas dans la Marine nationale (puisque le Jean Bart ne sera pas refondu et l'escorteur à propulsion nucléaire ne sera pas construit). Mais la construction des quatre croiseurs Kirov en U.R.S.S. peut s'assimiler au mariage de ces deux tendances, portées à leur paroxysme sous la forme d'un navire de surface, sorte de nouveau croiseur de bataille, qui se veut l'alternative ou le complément au porte-avions. L'analogie est frappante, voir déroutante, quand des auteurs comparent le porte-avions au cuirassé : celui-ci ne serait que la continuation du navire de ligne.

Le débat perdure entre flotte de grandes unités polyvalentes au format réduit, et flotte d'unités spécialisées et nombreuses. Ce débat serait la continuation de celui lançait par la Jeune Ecole. L'US Navy n'a pas sauté le pas du tout nucléaire pour ses croiseurs et destroyers. Le coût de cet investissement est à contre-balancer avec les bases avancées d'une marine mondiale. L'absence de ce réseau de bases pour la marine russe explique pourquoi Moscou envisagerait des destroyers à propulsion nucléaire pour renouveler ses forces navales. De même que la capitale russe fasse remettre en service des croiseurs à propulsion nucléaire, certainement pour compenser l'absence de bases et de porte-avions. En France, l'articulation entre croiseurs polyvalents et frégates spécialisées est toujours une question d'actualité face à des aléas financiers qui cassent les programmes les mieux pensés... pour respecter les contraintes budgétaires.
Il n'est pas dit que les systèmes de défense anti-missiles balistiques réintroduisent la propulsion nucléaire à bord des escorteurs océaniques puisque la marine américaine a écarté l'option pour ses destroyers Arleigh Burke et pour les Zumwalt. Dans le même registre d'idées, il n'est pas encore dit que les canons électromagnétiques obligent à réintroduire cette propulsion atomique.

Est-ce que la propulsion nucléaire sera-t-elle à nouveau envisagée pour des croiseur-escorteurs ? La géographie pourrait l'imposer pour les marines qui maîtrisent d'ores et déjà cette propulsion et qui ont besoin de se projeter pour répondre aux impératifs de la politique étrangère de leur Etat. Peut être que des considérations technologiques et énergétiques amèneront à reconsidérer cette propulsion. Tout dépend certainement de la manière dont est analysé le coût/bénéfice du choix de cette propulsion par rapport à une autre qui userait de combustibles fossiles.

Pour aller plus loin :

  • L'extraordinaire aventure de l'Exocet, B. Estival et J. Guillot, aux éditions de la Cité (Brest-Paris), 1988.
  • Les frégates Suffren et Duquesne, Jean Moulin, aux éditions Marines éditions, 1998.
  • Les porte-avions Clemenceau et Foch, Jean Moulin, aux éditions Marines éditions, 2006.
  • The Navy of the Nuclear Age - 1947-2007, Paul H. Silverstone, aux éditions Routledge, 2009.

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