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Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mercredi 18 novembre 2015

FAMS : Frégate Anti-Menaces-Sous-marines ?

 © Inconnu. Le PSP Flamant, radier ouvert.
Le programme portant le Système de Lutte Anti-Mines du Futur (SLAMF) doit renouveler la composante de guerre des mines de la Marine nationale, donc ses Chasseurs de Mines Tripartites (CMT) mais aussi ses Bâtiments Base de Plongeurs Démineurs (BBPD). Ce système à "trois étages", pour reprendre l'expression utilisée dans Cols Bleus, comprend un bateau-mère déployant des drones de surface opérant eux-mêmes des drones de surface (USV) et sous-marins (UUV). Eu égard à l'évolution de la menace posée par les mines sous-marines, nous nous interrogeons sur la prise en compte de la menace opérationnelle posée par les sous-marins de poche et côtiers, agissant comme une "mine intelligente". 

Les mines marines demeurent une menace contenue dans le milieu sous-marin d'une efficacité redoutable. Bien que leur emploi ne soit plus de première actualité dans bien des marines, notamment celles rassemblées sous le vocable d' "occidentales", mais pas seulement, elles démontrent encore et toujours leur particulière efficacité. Par exemple, Joseph Henrotin (Les fondements de la puissance navale au XXIe siècle, Economica, 2011, pp. 176) propose quelques exemples marquants : le sous-marin pakistanais Ghazi, la frégate Samuel Roberts, le croiseur Princeton et le porte-hélicoptère d'assaut amphibie Iwo Jima. Ces navires étaient soient mis hors de combat, soient empêchés d'intervenir dans les eaux entourant la ou les mines.

C'est justement ce qu'il faut souligner : la mine est une arme d'interdiction. Pour dénier l'usage de la mer à l'adversaire (sea denial), le minage "n'exige pas un commandement rigoureux des actions menées - le minage et le choix des positions à miner formant l'essentiel de la manœuvre - de sorte qu'elle est à portée de marines ne jouissant pas nécessairement d'un haut degré de professionnalisme" (p. 176). 
C'est tout l'exemple offert par l'Iran autour du détroit d'Ormuz, ce qui explique les craintes quand à l'installation potentielle d'un régime allié de Téhéran au Yemen vis-à-vis du détroit de Bab el-Mandeb, dont l'utilisation est déjà perturbé par le phénomène de piraterie.

Il faut aussi reconnaître une certaine "poliorcétique" navale par les mines car elles permettent de façonner l'occupation des espaces maritimes et littoraux dans une perspective purement défensive. Il s'agit toujours d'interdire l'utilisation de portions de la Mer, dans l'optique d'en dénier l'usage au profit de la défense de ses points névralgiques maritimes (ports, chenaux d'accès, etc).

A cet effet, soulignons que le minage des eaux koweitiennes par l'Irak empêcha une opération aéroamphibie des US Marines pendant la deuxième guerre du Golfe. Les opérations de nettoyages prirent des mois alors que l'Irak, après la cessation des hostilités, fournissaient les cartes des zones minées à la coalition. 

Et le détail diabolique réside dans le fait que l'Irak utilisait des mines dont la conception remonte à la Première Guerre mondiale... Le développement de la menace posée par l'acquisition de sous-marins dans le monde ne se combine pas avec une attention accrue portée à la menace des mines, alors que c'est une capacité bien plus accessible dans son utilisation ou sa menace d'utilisation. 

Joseph Henrotin souligne deux évolutions dans le développement des mines depuis une centaine d'années. La première consistait "à mettre au point des mines à flottabilité négative, de sorte qu'elles soient invisibles depuis la surface" (p. 176-177) tandis que la deuxième étape visait à "pouvoir programmer les mines de façon à ce qu'elles explosent au passage d'un type de bâtiment spécifique, l'engin sélectionnant sa cible en fonction de sa signature acoustique, de la dépression ou d'une variation du champ magnétique causée par les bâtiments" (p. 177). 
  
D'un engin à l'action aveugle, nous passons à une arme intelligente sélectionnant ses cibles. Nous devrions faire, peut-être, un parallèle avec la guerre des communications qui, depuis la première bataille de l'Atlantique et sa "guerre à outrance", nous sommes passés à des blocus et embargos plus sélectifs et complexe sur le plan juridique.

La CAPTOR américaine que l'auteur cite à dessein illustre particulièrement ce développement des capacités de discrimination des mines navales. Il s'agit d'un conteneur renfermant une torpille Mk 46 qui "lancera automatiquement la torpille lorsque ses capteurs auront déterminé qu'une cible pré-programmée passe à portée utile" (p. 177). 

Nous sommes à cheval entre deux catégories, un peu à la manière des missiles de croisière dont les capacités de discrimination des cibles ont été développées. Dès lors, nous croyons voir se rejoindre ce perfectionnement de la mine navale et les sous-marins de poche et côtier. 

Ces derniers ne peuvent, par leurs qualités nautiques intrinsèques, soutenir une vitesse de croisière à la hauteur de leurs cibles. Par exemple, l'Andrasta, sous-marin côtier proposé par DCNS, ne prétenderait qu'à une vitesse maximale de 15 nœuds, contre 25 à 30 pour un porte-conteneurs. Si bien que, une vitesse élevée est leur meilleure arme de défense à ces dernières. 

Mais ils peuvent par contre se poser en barrage (jusqu'à se poser pour une durée assez longue sur les fonds marins, telle... une mine à flottabilité négative) d'une route maritime et se positionner face à sa cible. C'était peu ou prou la manière d'opérer des sous-marins jusqu'à la deuxième guerre mondiale. Les propulsions aérobies et nucléaires permettant une évolution des tactiques pour les seuls sous-marins qualifiés, autrefois, d'océanique. 

Les sous-marins de poche et côtier, capables d'atteindre des vitesses comprises généralement entre 5 et 15 nœuds, se comportent, à notre avis, comme une mine intelligente. 

Ce qui pose de redoutables défis car dans un cas comme dans l'autre, la mine porteuse de torpilles ou le sous-marin qualifié de mine intelligente, cette menace sous-marine illustre malheureusement cette citation du général De Gaulle : "La guerre c'est comme la chasse. Mais à la guerre, le lapin tire.

Les actuels chasseurs de mines sont conçus pour approcher des mines sans les déclencher grâce à de très couteuses coques amagnétiques. L'utilisation des drones dans la guerre des mines sert à éloigner la menace sans ces investissements. Mais ces chasseurs de mines ne sont plus conçus autour de l'idée qu'ils peuvent affronter un adversaire mobile pouvant rendre coup sur coup. 

Il nous semblait opportun de souligner que le programme SLAMF nécessite un bâtiment porteur. Non pas seulement dans un souci de projection autonome de systèmes de guerre des mines, bien que dronisés et suffisamment légers pour envisager une projection aérienne. Mais aussi que ces systèmes doivent pouvoir être utilisés en liaison avec une plateforme apte à traiter des menaces sous-marines fixes et mobiles. Une frégate anti-sous-marine actuelle, comme l'Aquitaine, nous paraît inadaptée car elle n'est pas conçues autour d'un environnement côtier mais océanique.

C'est pourquoi une frégate légère (équipée d'un radier ?), apte à opérer un ou deux systèmes du SLAMF, des sonars de petits fonds et de cartographie permettraient de traiter une menace sous-marine fixe ou mobile se déplaçant sur les fonds marins. Face aux difficultés de se reposer sur un système entièrement robotisé, Joseph Henrotin souligne les difficultés américaines de mise au point du module anti-mines destiné au Littoral Combat Ship (p. 178), il nous apparaît que la clef du succès serait alors un équipage rompu à différencier sous-marins et mines, disposant de nombreux capteurs, en avant du navire pour mettre à distance la menace, afin de pouvoir mener l'enquête. 

4 commentaires:

  1. "Les actuels chasseurs de mines sont conçus pour approcher des mines sans les déclencher grâce à de très couteuses coques amagnétiques."
    Ce n'est pas tant la coque qui est couteuse que les équipements. La coque, faite parfois en bois, en aluminium ou en CVR comme les CMT est naturellement amagnétique, et ne coutent pas cher à produire car le procédé de fabrication est bien connu et maitrisé. En revanche, c'est l'équipement électronique de guerre des mines qui est hors de prix.
    Quoiqu'il en soit, la guerre des mines requiert des navires bien spécifiques et dédiés à cette mission. Mais surtout, il convient d'en garder un grand nombre, éventuellement réparti en 2 catégories, 1 de petits navires cotiers (600t en charge), et l'autre de navires océaniques (1200t en charge, très utile dans un gold ou la Manche par temps agité) pouvant assurer le soutien des navires cotiers et avoir une meilleure tenue à la mer. Enfin, le nombre de 16 navires répartir en 4 flotilles me semble être le minimum pour être crédible, 1 pour la méditerrannée, 1 pour la manche, 1 pour les opex, et 1 en réserve/entretien.

    Alors, quel concept de guerre des mines utiliser/adopter? Miser sur le tout "dronisé" comme les Américains est assurément une grave erreur. En revanche, ces ROV ne peuvent pas être mis de côté non-plus. Il va donc s'agir de trouver le bon compromis entre la méthode "traditionelle" avec PAP et plongeurs et la méthode "innovante" avec des drones plus ou moins autonomes, ces 2 méthodes étant fondamentalement complémentaires.

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  2. Pourquoi pas un systèmes de guerre des mines conteneurisés pour OPV ? Ce serait le moyen de conserver un moyen de guerre des mines côtier.

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    1. On sait aujourd'hui ce que donne les systèmes conteneurisés. Eventuellement adapté pour des systèmes simples, ils ne le sont pas pour les systèmes complexes. De plus, cela implique un minimum d'infrastructure sur les navires. C'est pour cela que les Danois (ou est-ce un autre pays nordique?) qui ont créé une classe de navires légers dont le module embarqué dépendait de la mission ont décidé d'arrêter les frais et de spécialiser chacun de ces navires

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  3. A l'époque ou je sévissais sur Chasseur de Mines, il se disait que le prix de la tonne d'un CMT était égale à la tonne d'un SNA...

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