Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





dimanche 21 février 2016

"Sun Tzu en France" de Yann Couderc


Yann Couderc (@SunTzu_France) espérait que sa "contribution" à la compréhension de la pensée de Sun Tzu, "particulièrement riche, mais est également difficile à débroussailler" allait nous convaincre de l'intérêt de son chef d'oeuvre : L'Art de la Guerre. Avouons-le : nous avions les plus grandes peines à entrer dans cette étude sur l'introduction de Sun Tzu dans la culture française. Mais surprise : après avoir entamé la lecture, nous ne lâchions plus le livre. Pire, nous en redemandons !

L'auteur propose une visite guidée de la découverte de Sun Tzu en France, c'est-à-dire depuis la rencontre entre l'oeuvre de Sun Tzu et un français, puis sa diffusion en France. Il avance que son travail pourrait s'étendre à la sphère francophone dans la mesure, où, il n'a pas trouvé de traduction de L'Art de la Guerre dans un autre pays que la France.

L'enquête historique nous transporte de la Chine des royaumes combattants jusqu'à la France des années 2000. Vous pourriez penser qu'il s'agit là d'un travail de spécialiste à l'utilité douteuse. Au contraire, c'est une aventure passionnante, si ce n'est incroyable ! C'est aussi une manière de rappeler combien le cyberespace impose, bon gré mal gré, l'idée d'un espace universel où s'échange les connaissances humaines. En réalité, les oeuvres passent d'une langue à l'autre de la manière la plus lente et chaotique qu'il soit. Ceci n'en est qu'une preuve de plus... 

Il offre également une présentation de l'enseignement de la pensée de Sun Tzu dans les écoles militaires du monde, il y a là quelques surprises pour les non-initiés dont nous faisons parti.

Pour reprendre la métaphore de la bouteille à la mère, la première traduction du chinois ancien au français par le père Amiot (1772) vogue de l'Asie à l'Europe mais tombe dans l'oubli en dépit d'une réédition en 1782. C'est par la traduction du général américain Samuel Griffith (1972) que l'auteur de la Chine antique connaît une popularité fulgurante en Occident. L'enquête se construit autour de trois grands points principaux : qui est Sun Tzu et est-il bien l'auteur ?, la rencontre entre l'oeuvre et le père Amiot et la (re)découverte de celle-ci entre 1970 et 2000. 

Le premier point est particulièrement instructif et passionnant puisqu'il nous conduit dans un aller et retour entre les fouilles archéologiques chinoises, les manuscrits trouvés et la genèse de l'oeuvre dans l'optique de nous présenter quels sont les matériaux les plus pertinents. Relevons que c'est en 1972, par la découverte des manuscrits du Yinqueshan, que, non seulement, des fragments de L'Art de la Guerre sont retrouvés tout comme, et pour la première fois, L'Art de la Guerre de Sun Bin ! Nous avions particulièrement apprécié sa lecture.

Valérie Niquet s'essaye à une première traduction française (directement du chinois (ancien) au français) en 1988. Yann Couderc remarque que ce serait même la première de toute l'histoire car le père Amiot traduisait, dans les faits, non pas du chinois au français mais du mandchou au français. La réception de son travail est, pour le lecteur que nous sommes, d'une impolitesse incompréhensible. Valérie Niquet reprit son travail à deux reprises pour affiner sa première traduction. Elle pourra s'enorgueillir de nous offrir plusieurs ouvrages consacrés à l'auteur chinois pour tenter d'affiner la compréhension de l'oeuvre.

La question de la traduction est centrale, l'auteur n'hésitant pas, exemple à l'appui, à nous proposer de comprendre les grandes difficultés à transcrire les idéogrammes chinois dans la langue de Molière, reprenant l'expression italienne Traduttore, traditore ("traduire, c'est trahir !"). Il avancera même que l'une des éditions les plus utiles est la bande-dessinée car elle offre l'occasion de s'approcher le plus possible des images utilisées par Sun Tzu. 

Entre parenthèses, Yann Couderc se prononce sur sa traduction et son édition préférée de L'Art de la Guerre (chapitre 8). Mais il pose aussi la question des rencontres entre la pensée de Sun Tzu et Napoléon puis De Gaulle : réponses à découvrir... 

Nous le disions à plusieurs reprises : nous ne pensions pas être autant passionnés, intrigués par un tel travail. Il nous semble, si ce n'est unique, tout du moins trop rare dans son genre. Raymond Aron proposait de guider le lecteur se confrontant à De la Guerre de Clausewitz. L'Art de la Guerre est aussi une oeuvre torturée, inachevée nécessitant d'être guidée dans sa lecture, c'est pourquoi nous espérons que Yann Couderc s'essaiera à un travail similaire au Penser la guerre, Clausewitz d'Aron. Son entrée en matière nous oblige à lui demander. 

Avant de nous quitter, faut-il écrire Sun Zi, Sunzi, Sun Wu, Sun Tse, Sun-Tze, Sun Tsu, Souen Tseu ou encore Sun Tzu ? Sun Zi (Sūn Zǐ)correspond au système "pinyin". L'ancien système de l'Ecole Française d'Extrême-Orient (EFEO) retransmet mieux la phonétique du nom, soit Souen Tse(u). Sun Tzu correspond à l'orthographe découlant du système anglo-saxon (popularisé par la traduction du général Griffith de 1972). Enfin, Sun Wu serait "le nom d'usage réel du personnage [...] s'il a vraiment existé." (p. 11) 

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