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Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mardi 23 février 2016

ASBM ou APBM ?


Les Anti-Ship Ballistic Missile (ASBM) permettraient de toucher et détruire des unités navales, de manière surprenante les plus "grosses", et constitueraient ainsi l'arme idéale permettant d'annihiler les grandes unités de surface, donc les vecteurs permettant à une force aéroterrestre d'influencer la décision à terre pour reprendre l'Amiral Castex et le général Beaufre. Ce paradigme présenté aujourd'hui comme étant celui de la Chine dans un cadre mental américain dit Anti-Access/Area-Denial (A2AD - Déni d'Accès/Interdiction de Zone)semble faire l'impasse chez ses promoteurs sur son origine soviétique. Pourtant, un Anti-Port Ballistic Missile aurait toute sa pertinence car la guerre du Pacifique étant essentiellement une guerre de bases pour reprendre le mot d'Hervé Coutau-Bégarie (Traité de Stratégie, Paris, Economica, 2011 (7e édition).

Le processus de ciblage promettant de reconnaître une force navale, la discriminer et l'atteindre est extrêmement compliqué sur le plan opérationnel, c'est-à-dire des moyens nécessaires pour constituer une telle capacité militaire. L'exemple soviétique est particulièrement éclairant :

"Dès les années 1970, l'URSS a recherché à mettre en place deux catégories de satellites à défilement RORSAT et EORSAT [Radar Ocean Reconnaissance Satellites ; Electromagnetic Ocean Reconnaissance Satellites], travaillant parfois de façon combinée et destinés à la localisation des flottes de combat en haute mer." (LANGLOIT Philippe, "Missile balistiques antinavires - L'expérience soviétique", Défense et sécurité internationale hors-série, n°14, octobre-novembre 2010).

Ces satellites évoluent sur une orbite basse ce qui signifie qu'ils ne peuvent avoir qu'une durée de vie très courte, de l'ordre des semaines ou du mois. En l'occurrence, l'auteur précise que "leur vie opérationnelle était en moyenne de 8 à 12 semaines, avec un maximum historique de 20 semaines." (Ibid.) Ces satellites permettaient, ajoute la même plume, "de localiser une frégate avec une précision d'environ 300 mètres, les EORSAT permettant une localisation à 200 mètres près." Cela ne dispensait pas de discriminer la cible une ultime fois pour confirmer la nature du bâtiment soit par reconnaissance aérienne, soit par imagerie spatiale.

Cette capacité était si gourmande en ressources qu'elle ne permettait pas une couverture globale et était réservée aux temps de crise. Remarquons combien elle aurait pu suffire pour détruire un navire avec un missile balistique porteur d'une charge nucléaire.

Mais comment prétendre dans un tel contexte opérationnel à détruire un navire avec une charge conventionnelle ?

La capacité chinoise (missiles DF-21C et DF-21D) qui rappelons-le n'est que l'enfant pauvre - actuellement - du dispositif soviétique ne possède pas (encore ?) une capacité soutenable à placer en orbite les constellations nécessaires pour atteindre l'objectif central du système : reconnaître une force navale et la cibler pour la détruire. Il nous faut critiquer l'ASBM en tant qu' "arme anti-porte-avions" sous deux angles, c'est-à-dire en fonction d'une charge conventionnelle ou nucléaire.

Le premier est de retenir que l'ASBM porterait une ogive conventionnelle. Prétendre à mettre hors de combat ou couler, en l'espèce, un porte-avions américain se vantant publiquement de pouvoir encaisser huit à dix torpilles avec un explosif non-nucléaire suppose de le frapper directement, et certainement pas à proximité. L'exploit exigeant cette frappe directe est le défi le plus lourd pour l'ASBM car il s'agit de guider un missile balistique sur le coeur du dispositif de la puissance aéronavale américaine tout en rafraîchissant les éléments donnés au missile pour atteindre le but. Le dispositif soviétique était incapable d'une telle prouesse. Il est difficilement imaginable comment sa version chinoise le pourrait sans faire intervenir un vecteur aérien ou un pendant spatial à la capacité de suivie de la cible pendant vingt à quarante minutes. Hélicoptère, avion ou pseudolite : aucun d'eux ne manquerait d'avoir à affronter l'une des couches de la défense aérienne de la flotte... dont la menace structurante est de nature aérospatiale. En effet, le système AEGIS et ses vecteurs SM-2, SM-3 et SM-6 sont pensés pour parer les salves de missiles balistiques et de croisière soviétique.

Le deuxième est de retenir que l'ASBM emporterait une charge nucléaire, voire plusieurs par mirvage. Pourquoi pas ? Techniquement, cela semble terriblement plus atteignable que ce que supposerait comme progrès techniques, technologiques et opérationnels la solution ci-dessus. Une force navale parviendrait-elle à continuer à combattre ou éviterait-elle le naufrage après avoir encaissé une ogive nucléaire ou plusieurs ?

De manière surprenante, nous nous devons, non pas de minorer, mais de modérer l'apparent sort apocalyptique qui toucherait cette force. Dès la fin des années 1940, les forces armées américaines mènent des essais atomiques contre des navires militaires, prises de guerre des flottes vaincues. L'expérience menée à l'atoll de Bikini en 1946 pose une première brèche dans l'efficacité de la frappe nucléaire : tous les navires n'ont pas coulé.

Deuxième brèche : la marine française, une parmi d'autres, menait des exercices pour s'adapter à la menace d'une frappe nucléaire dès les années 1950 comme le relate l'Amiral Pierre Barjot (Vers la marine de l'âge atomique, Paris, Amiot-Dumont, 1955). Cela consistait, pour l'essentiel, à éclater la flotte donc augmenter les distances entre chacune des unités. Camille Rougeron (La Prochaine Guerre, Paris, Berger-Leuvrault, 1948, 358 pages), exposera le même principe à Terre.

Troisièmement, une force navale est par nature relativement éclatée : les unités anti-sous-marines chassent sur l'avant, le bâtiment logistique effectue ses rotations entre la force et la terre, seule la frégate de défense aérienne aurait vocation à rester au plus près de la grande unité navale. Si bien que, une force navale, augmentant les distances entre ses constituants, sans gêner son efficacité, touchée par une frappe d'une ou plusieurs ogives nucléaires, n'auraient pas pour destin prédéterminé d'être anéantie d'un seul coup.

Par contre, comment Washington et Pékin apprécieraient-ils le seuil nucléaire dans un exercice de style où les forces chinoises tireraient à l'artillerie nucléaire sur les groupes aéronavals américains ? La réponse n'est pas non plus évidente. Si, la puissance de la crise internationale serait indéniable. Toutefois, quand l'US Navy prétendait à attaquer les bastions soviétiques - sièges des principales forces de la dissuasion océanique de la Flotte rouge -, cela ne pouvait qu'être assimilé au risque d'atteindre le seuil nucléaire et il était assumé dans les années 1980. En fait, cela revient à se demander qui, de l'attaquant ou du défenseur, se verrait obliger à recourir à l'arme nucléaire car l'autre aurait atteint une ou plusieurs lignes rouges. Le politique est le seul à même de résoudre cette question afin de modérer la violence de la montée aux extrêmes jusqu'à l'observation armée.

Nous arrivons à l'hypothèse dont nous n'avons pas connaissance de développements alors qu'elle nous semble la plus intéressante. La guerre navale est une guerre de bases, en particulier dans le Pacifique. L'intérêt des protagonistes, pour réduire la liberté de manoeuvre d'autrui ou la capacité à durer de ses forces, résidera en sa capacité à détruire le réseau de bases adverses. C'est l'action de l'Angleterre face à la Flotte russe avant la bataille de Tsushima (27 et 28 mai 1905) ou contre la Flotte allemande au début de la Grande guerre (1914-1918). C'est l'erreur du Japon de ne pas prendre l'archipel d'Hawaï (7 décembre 1941) plus que de ne pas avoir coulé les porte-avions américains alors en croisière plus au large.

S'il est difficile de viser un mobile avec un missile balistique, la dissuasion chinoise prétend parfaitement réussir à atteindre une cible statique. Il serait tout aussi dangereux d'atteindre les infrastructures logistiques de l'US Navy. Comment la marine américaine parviendrait-elle à continuer à combattre si ses bases dont ses magasins, ses cales sèches, ses navires en entretien et toutes autres facilités logistiques étaient frappés par missiles balistiques ? L'APBM ouvre la voie à une stratégie de la terre brûlée, allongeant, de facto, les lignes logistiques de l'adversaire et l'obligeant à manoeuvrer à flux tendus. Les flottes auxiliaires et civiles permettraient de prétendre à durer sur zone, certes. Mais tout navire nécessitant des réparations ne pourrait qu'être renvoyé hors de portée des missiles balistiques "tactiques".

Ce serait une manière indirecte d'amoindrir la pression navale américaine tout comme l'utilisation de SRBM (Short-Range Ballistic Missile) par les soviétiques contre les bases aériennes de l'OTAN était une manière de contourner la puissance aérienne de l'Ouest.

L'ASBM nous semble demeurer une capacité difficilement atteignable, et les dépenses nécessaires pour en faire un instrument crédible seraient, finalement, bien mieux employées pour constituer des forces mobiles. Par contre, tirer parti des leçons de la deuxième guerre mondiale, dans le Pacifique en particulier, ouvre le champ à un APBM imposant à l'adversaire de constituer un ensemble de bases mobiles d'un tonnage prodigieux et d'avancer sous le couvert d'une défense aérienne contre les missiles balistiques de théâtre. Sous le seuil nucléaire.

1 commentaire:

  1. Article extrêmement intéressant!
    Cette problématique des bases existait effectivement déjà durant la guerre froide et n'a jamais complètement été répondu. Notamment pour les bases aériennes, infrastructures fixes et immenses. On a imaginer utiliser les tronçons d'autoroute et/ou utiliser les VSTOL tel l'Harrier. Même idée que pour une flotte : la dispersion, ventilation (façon Raoul ??).

    Pour revenir à la situation actuelle, les USA doivent maintenant réfléchir à protéger leurs bases puis à réfléchir à comment faire sans.
    Cependant dans ce type d'article par obligation est réductionniste (on imagine que l'attaque d'un camp), mais en fait à moins que la situation passe directement aux extrêmes, les USA auront eux aussi la possibilité d'agir contre les bases Chinoises. La question est donc de savoir si les USA ont eux aussi:
    1/ Soit une capacité suffisante de contrer la volonté A2AD par exemple par l'utilisation de sous marin OHIO ssgn et/ou Virginia dans les eaux de la mer de Chine.
    2/ Une capacité "global power" basé sur le sol US via par exemple des missiles hypersoniques

    Cordialement.

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