Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mercredi 6 septembre 2017

Frégates de deuxième rang : quel volume ?

© Steller Systems. Le Spartan comme proposition pour les Type 31.
En attendant la nouvelle hiérarchie des priorités dont la revue stratégique doit acter au mois d'octobre 2017, l'audition de l'Amiral Prazuck, Chef d'État-Major de la Marine nationale (CEMM), devant les députés de la commission de la Défense nationale et des forces armées de l'Assemblée nationale est l'occasion de considérer l'avenir des frégates de deuxième rang.  

Dans un premier temps, il s'agit de distinguer ce qui relève de la composante "frégates de deuxième rang" de ce qui appartient au programme BATSIMAR (BATiment de Surveillance et d'Intervention MARitime), donc ce qui a été qualifié ici de frégates de troisième rang. Pour faire simple, les frégates de deuxième rang servent à participer à un contexte de gestion de crise ou bien à agrémenter un groupe naval constitué tandis que les frégates de troisième rang sont vouées aux missions de service public (depuis la police des pêches jusqu'aux opérations contre les narcotrafiquants). 

Le projet de loi de finances 2009 - présenté en fin d'année 2008 - devant le Sénat comporte, peut être, la plus ancienne trace connue de nous du programme BATSIMAR (le programme BIS semble recouvrir le remplacement des BATRAL dont les B2M ont été qualifiés de "solution intermédiaire"). « La Marine Nationale dispose actuellement d'une vingtaine de patrouilleurs répartis pour moitié en métropole et outre-mer. Agés pour la plupart de plus de vingt ans, ils seront remplacés à terme par un bâtiment de surveillance et d'intervention unique «BATSIMAR» devrait commencer en 2012. » 

Quid des avisos et frégates ?

Les avisos de la classe d'Estienne d'Orves sont convertis en Patrouilleurs de Haute Mer (PHM) par réduction de leurs capacités militaires à partir de la fin du mois d'octobre 2008. Première conséquence de l'ajournement du programme BATSIMAR ? Il n'est alors pas précisé - selon nos connaissances - si les avisos allaient être remplacés, ou non, par ce dernier programme. L'Amiral Prazuck (CEMM), devant les députés de la commission Défense nationale et forces armées, le 26 juillet 2017, déclare, finalement, que "ces patrouilleurs de haute mer, qu’on appelait avisos, sont les chevaux de trait de ces missions. Ils ont 40 ans d’âge. Ils sont indispensables. Il faut les remplacer rapidement par des BATSIMAR."

Entre parenthèses, le CEMM réaffirme son calcul de 2016 quant à son souhait de revenir au format de 1982, soit un navire logistique et deux patrouilleurs par façade maritime de l'Archipel France. Dans cette perspective, il demande 18 BATSIMAR ce qui reviendrait, peu ou prou, à remplacer 9 avisos A69 et 10 P400. Ce ne serait donc pas un remplacement nombre pour nombre de l'ensemble des patrouilleurs disponibles en 2008, soit dix unités non-remplacées.

La situation des frégates La Fayette et, partant de là, de leur remplacement à venir très prochainement (2025-2035) est bien plus compliquée. Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008 ramenait le format de la flotte de surface à 18 frégates de premier dont les La Fayette alors qu'elles relevaient jusqu'ici du deuxième rang. Et leurs capacités opérationnelles témoignent de cet ancien rang. Le livre blanc de 2013 réduisait encore une fois le format de 18 à 15 frégates, toujours avec les FLF. 

Sauf que l'Amiral Rogel, alors CEMM procédait, le 27 mai 2015, devant les députés à une requalification. Les Frégates de Taille Intermédiaire (FTI) "ne seront pas des remplaçantes des frégates légères [frégates furtives légères de classe La Fayette], sinon ce ne serait pas des frégates de premier rang." D'un coup, il annule d'autorité la décision de 2008 en se fondant.. sur l'autorité des livres blancs et le format en frégates de premier rang (18 puis 15 bateaux). Et explique bien son propos par l'incapacité des FLF à répondre aux nouveaux enjeux sous et au-dessus (ASM et DA) de la surface au large des zones de crise en citant le Yemen et la Syrie.

Mais les frégates La Fayette seront modernisées selon la décision arrêtée en 2016 et actée en 2017 pour les trois premières unités. Modernisation qui maintiendra leurs capacités de défense anti-aérienne à courte portée (du Crotale au SADRAL) tandis qu'elles recevront - enfin ! - un sonar de coque et des contre-mesured anti-torpilles. Est-ce suffisant pour considérer que les FTI remplacent des FLF relevant de nouveau du premier rang ou bien que ces FTI complètent les FREMM (8) et Horizon (2) afin d'atteindre le format à 15 frégates, reléguant les FLF au deuxième rang ? 

Astucieusement, il existe la troisième option où les FTI seront complétés après 2025 par trois FLF modernisés tandis que les deux dernières seront converties en PHM. Dans cette perspective, il serait simple d'atteindre le format à 18 frégates de premier rang grâce à une prolongation des trois FLF modernisées et donc d'acter une montée à 18 frégates de premier rang plutôt que seulement 15 et d'espérer obtenir un nouveau programme de frégates à l'horizon 2030.

Et la perspective d'un nouveau programme de frégates, avec une belle charge pour les bureaux d'études faute d'avoir une nouvelle corvette (Gowind) ou frégate (FREMM, FTI) à développer après 2025, pourrait amener DCNS/Naval group à considérer un appel d'offres européen pour les BATSIMAR et donc une mise en concurrence permettant à la Marine nationale d'obtenir un coût unitaire d'acquisition sérieusement tiré vers le bas, tout du moins, très maîtrisé.  

En tous les cas, il y aurait matière à s'intéresser aux concepts de frégates légères britanniques pour le programme Type 31 dont l'objectif financier est fixé à 250 millions de livres (273 millions d'euros) pour chaque frégate. Presque moitié moins qu'une FTI.

Car c'est là que se ferme le cercle avec la question du remplacement des frégates de classe Floréal. En 2013, l'Amiral Rogel laissait entendre que les FTI remplaceront les La Fayette - avant d'opérer sa requalification afin d'obtenir leur modernisation pour faire la soudure avec la première FTI et le désarmement des avisos brestois ? - mais aussi, et peut être, les frégates Floréal. Il était plus ou moins explicite et précis selon les auditoires. 

L'Amiral Prazuck, toujours devant les députés et le 12 octobre 2016, précisait pour la première fois le schéma directeur des moyens nautiques qu'il entend obtenir pour les moyens dévolus à la fonction garde-côtes : « Une frégate, deux patrouilleurs et un bâtiment logistique pour chaque département ou collectivité d’outre-mer. » Schéma qu'il réaffirme partiellement le 26 juillet 2017. Les Floréal sont donc formellement exclus d'un remplacement par BATSIMAR. 

En ce qui concerne la composante des frégates de deuxième rang, il reste alors, de façon plutôt certaine, les six frégates de classe Floréal. Les trois premières auront 30 ans de service en 2022, les suivantes autant d'années en 2023 et la dernière en 2024. Le hasard faisant bien les choses - ou pas puisque les FLF et Floréal sont les deux facettes des frégates de deuxième rang -, les FLF atteindront les trente années de service entre 2022 et 2029. Comment exclure l'hypothèse d'un prolongement de service de cinq à dix années si beaucoup de peinture aide les coques à tenir ? Reste à observer ce qu'il adviendra des 3 + 5 La Fayette : seront-elles toutes modernisées ? Renforceront-elles pour trois unités le premier rang (18 frégates, au total) et de deux unités le deuxième rang (8 frégates, au total) ? 

Tout ceci laisse augurer une flotte de surface totalisant entre 15 et 26 frégates à l'orée des années 2030, plus 18 patrouilleurs qui n'ont pas tellement intérêt à être qualifiés officiellement de frégates.

5 commentaires:

  1. Pour les types 31 il y a un loup je pense. Car une frégate à un prix aussi faible c'est soit une frégate presque non armée, soit une corvette rebaptisée frégate, soit un patrouilleur un peu mieux armé.

    La préférence de la Marine pour accompagner les FREMM et FDA va plutôt à l'équivalent d'une Lafayette telle qu'envisagée initialement (radar 3D, sonar de coque, TLT, aster 15). Une FTI avec un armement proche a d'ailleurs été évoqué par l'amiral que vous citez. Soit une quasi premier rang.

    Donc que la marine obtienne de tels navires ou qu'on en reste aux programmes prévus à l'heure actuelle la réponse à votre question risque d'être: aucun 2e rang à terme (au sens que vous donnez à 2e rang). On s'oriente vers des premiers rangs ou quasi 1er rangs et des patrouilleurs avec rien entre les deux.

    Pas très équilibré à mon goût. Mais au lieu de frégate de second rang (tel que l'entend la royale) une classe proche des Gowind me paraîtrait bien plus utile et polyvalente pour occuper ce que vous appelez le 2e rang.

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  2. Bonsoir anonyme. La Marine a refusé toute commande de corvette Gowind car jugées trop chères.

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    1. Bonsoir EBM. Je n'envisageais une telle commande que dans l'hypothèse où la marine aurait eu le budget pour une classe de navire à mi chemin entre patrouilleur et frégate. En réalité oui elle y a renoncé.

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  3. @ anonyme. Gowind ou pas je suis d'accord pour dire qu'il n'y pour l'instant pas de projets de remplacement pour les seconds rangs, dont les missions recoupent celles d'autres navires. Le manque de budgets pourraient conduire à rebasculer leurs missions sur les frégates de premier rangs et les patrouilleurs.

    Cependant plusieurs éléments permettent de considérer qu'au moins la marine (à défaut des gouvernements) n'a pas renoncé à une classe de navire d'un gabarit intermédiaire entre la FTI et les patrouilleurs:
    - La marine cherche à éviter que les lafayettes soient retirées du service au fur et à mesure de l'arrivée des FTI en arguant que ce sont des second rang.
    - Les FTI sont des frégates dites de taille intermédiaire. Cette dénomination récente laisse supposer qu'il y aura, dans la décennie 2020 à 2030 au moins, un troisième type de frégate qui sera plus légère que les FTI. Vu les budgets bien maigres ce troisième à toute les chances d'être les Lafayette dont tous les exemplaires modernisées ou non pourraient être reclassées 2nd rang. Ce qui permettrait à la marine de demander un remplacement à la fin de la décennie susdite quand la bosse budgétaire des forces nucléaires est passé.

    Donc au moins pour la décennie 2020 à 2030 les 2nd rang vont peut être toujours exister grâce aux Lafayettes. Avec un peu d'audace on peut même tenter la même manœuvre avec les Floréal en utilisant leur nom (et prier pour qu'elles tiennent encore) pour arguer que ce sont des navires que BATSIMAR ne peut pas remplacer. J'avoue que c'est très gros mais cela vaudrait la peine d'être tenter si ça ne réduit pas le volume de BATSIMAR.

    Au delà de 2030 c'est beaucoup trop loin pour tirer des plans sur la comète. A première vue l'avenir vous donnera peut être raison puisqu'en fin de décennie les dernières frégates produites seront les FTI. D'où c'est vrai la tentation d'allonger la série.

    FXD

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  4. @ FXD

    Ce que vous décrivez va effectivement sans doute se produire faute de navires de remplacement entre 2020 et 2030. J'ai été un peu imprécis sur les dates.

    C'est vrai que la dénomination peut mettre la puce à l'oreille. Mais en matière de dénomination farfelue la marine n'est plus à ça près. Ce qui est très probable c'est que si le second rang se maintient il va radicalement évoluer.

    Je m'explique: 1)Les FLF ont été désignées frégates légères alors qu'elles n'avaient aucun radar potable ni aucun sonar ou hélico ASM. Elles devaient recevoir ça plus tard, mais comme souvent le provisoire est devenu définitif. Faute d'armement elles devaient faire de la "gestion de crise" c'est à dire du maintien de la paix naval. Puis sans refonte elles sont basculées 1er rang pour faire le nombre dans le livre blanc de 2008. Puis cette année une refonte est prévue qui doit amener 3 d'entre elles péniblement au niveau d'une petite corvette (sonar de coque, toujours le même radar, remplacement du crotale par de vieux sadral, TLT). Mais la marine vient dire que finalement ce sont bien des navires de second rang. Ce qui est logique vu leur armement même après refonte, mais au final leur dénomination est plus que fluctuante et incohérente.

    Vu le caractère hybride du concept de FLF il est certains qu'il va disparaître. La marine classe les navires désormais entre bâtiment de combat et de souveraineté. Ors les FLF ont une coque trop sophistiquée pour les missions de souveraineté qui requièrent des navires endurant et rustiques. Et elles ne sont pas équipées pour des missions de combat, la refonte permet juste le minimum syndical en matière ASM. C'est claire que ce concept passe à la trappe vu l'approche par mission de la marine qui ne prévoit aucun intermédiaire entre combat et souveraineté. Ce que semble justement être la gestion de crise.

    2) Reste uniquement comme frégate de second rang les FS. Mais effectivement tout chez ce navire en fait un navire de souveraineté. Mission que doit assumer BATSIMAR principalement en plus des trois PLG.

    Comme ni les FS ni les FLF n'ont leur place dans l'approche actuelle par mission, si second rang il y a ce seront surement autre chose ou rien. Il y a la place sur le papier pour une corvette moins chère qu'une frégate pour décharger ces dernières de certaines missions de combat et suffisamment rustique pour remplir ponctuellement les missions de souveraineté. Mais l'éternelle problématique du budget couplée à l'absence d'ambition...

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