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Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mardi 15 avril 2014

Renforcer la puissance navale française ? Vers l'avènement du canon planétaire

© Inconnu. Création d'artiste présentant une tourelle double de canons électriques à bord d'un destroyer de l'US Navy.

Le canon électromagnétique fonctionne selon un un principe qui est "voisin de celui d'un accélérateur de particules car il convertit de l'énergie électrique en énergie cinétique d'un projectile en mettant à profit la force Laplace produite par l'action de champs magnétique et électrique" (pages 192-193). Le fonctionnement et les programmes menés pour développer cette technologie sont très bien expliqués dans le livre du directeur de recherche émérite au CNRS Bernard Fontaine (qui avait été interviewé par Mars Attaque pour AGS) : Les armes à énergie dirigée : mythe ou réalité ? (éditions L'Harmattan, Paris, 2011).

Le canon électrique (autre nom) ne peut que supplanter les canons classiques dont les projectiles utilisent la poudre pour se propulser. Bernard Fontaine présente une première limite à la longévité de l'artillerie classique : "il est à noter que la vitesse maximale d'un projectile d'artillerie classique est limitée, en raison des lois de la détente des gaz, à environ 1,5 km/s et la portée maximale est d'environ 80 km" (page 330).

 

Observons les calculs suivants à la médiocre logique :
 

380mm
Artillerie principale du Richelieu
Portée : 37 km
Poids de l'obus seul : 900 kg
155mm
Artillerie principale du La Motte Picquet
Portée : 26 km
Poids : inconnu
127mm
Artillera standard de l'US Navy
Portée : 24 km
Poids : inconnu
100mm
Artillerie standard de la Marine nationale
Portée : 17 km
Poids : inconnu

 

Ce tableau n'a aucune prétention, il ne fait que compiler quelques données sur différents calibres qui ont été porté par des navires pendant tout le XXe siècle. Il n'est pas question des technologiques qui permettent d'augmenter la portée des obus -peu importe, il n'est question que du canon. Il y a, globalement (sauf entre le 127 et le 155) un facteur multiplicateur de 1,4 entre chaque calibre (et peu importe que le calibre n'est pas le seul facteur responsable de la portée). 

 

Le tableau suivant présente les portées obtenues avec des démonstrateurs de canon électromagnétique américains :
 

C1
Démonstrateur EMRG (Electro-Magnetic Rail Gun) de l'Office of Naval Research
Portée : 160 km (essai 2010)
Poids de l'obus : 3,5 kg
40 MJ pour l'essai de 2008
Vitesse initiale : Mach 7
C2
Objectif du programme en 2017
 
Portée : 396 km
Poids de l'obus : inconnu
?
?
C3 Portée : 950 km
?
?
?
C4 Portée : 2281 km
?
?
?
 

Entre l'essai réussi de 2010 où un projectile a été tiré à 160 km et l'objectif du programme (220 nautiques), il a été calculé un coefficient multiplicateur de 2,4. Encore une fois, le "raisonnement" est d'une grande médiocrité. Néanmoins, le potentiel de la technologie est prometteur. L'essai réussi de 2010 balaie les ambitions des nouveaux obus destinés à l'artillerie navale (qui tirent parti de toutes les évolutions développées pour l'artillerie terrestre). L'objectif du programme permet d'envisager un retour en force du canon de Marine dans les moyens de projection de puissance.

 

Calibre et longueur de tube sont inconnus. Néanmoins, et si l'existence d'un coefficient calculateur existait dans la montée en gamme des calibres, alors le potentiel des canons électromagnétiques à travers le XXIe siècle est extraordinaire.

 

Les portées espérées au cours du siècle peuvent porter à croire que l'ère du missil à longue portée, tel que nous la connaissons aujourd'hui, ne peut qu'évoluer. L'obus n'a pas (encore ?) la flexibilité d'un missile de croisière qui est reprogrammable en vol. D'un autre côté, il n'est pas envisager de lancer autre chose que des obus inertes dans les canons électriques. Et si, finalement, l'électronique pouvait être embarquée ? Trouverions-nous cette flexibilité ? La portée serait-elle augmenter proportionnellement à ce qui s'est passé dans l'artillerie terrestre ?

 

http://www.technovelgy.com/graphics/content08/EMRG.jpg 
© Inconnu. Un des essais de l'EMRG.

 

Prenons le scénario C4 : 2281 km de portée. Il y a si peu de missiles qui peuvent se targuer d'une telle portée. Tout comme peu de croiseurs de bataille (comme les Kirov) dotés d'une batterie principale composée de missiles de croisière, pourraient soutenir les salves d'un cuirassé à canons électriques. La cadence espérée pour les canons électriques est relativement faible : à peine 10 coups par minute. Imaginons un cuirassé doté de deux tourelles doubles de canons électriques tirant des salves de 40 obus à la minutes : feu difficilement soutenable.

 

Ceux qui mettent en avant la maritimisation du monde citent le fait que 80% de la population mondiale se situe dans une bande littorale de 200 km de profondeur. Quel pourcentage serait atteint avec une portée de 396 km ?

 

Plus avant, les projections C2 et C4 font apparaître que des navires pourraient atteindre tout ou partie de continents entiers. Les Etats-Unis ne sont large "que" de 4500 km. 

 

C'est pourquoi, soyons fous, imaginons des projections supplémentaires : les calibres C5 (5474 km de portée) et C6 (13 137 km de portée). Nous sommes sur des scénarios qui, encore une fois, reposent sur des calculs médiocres. Si jamais ils avaient une once de crédibilité, alors nous pourrions imaginer des portées théoriquement atteignables à l'orée, peut être, du XXIIe siècle (avec des obus guidés voyageant dans l'espace et rebondissant sur les hautes couches de l'atmoshpère, pourquoi pas).

 

Considérons ces deux portées.

 

Le scénario C5 qui laisse espérer une portée de 5474 km. Techniquement, si cela était seulement possible, alors ce serait, peut être, une révolution géopolitique. Le chemin de fer a mis fin à l'âge colombien du monde. Un canon possédant une telle portée ne mettrait plus à l'abri le Heartland qui est, grossièrement, à environ 3000 km de la mer. Les missiles balistiques effacaient d'ores et déjà ce fameux abri, éloigné de toute considération maritime, certes. Mais le canon n'est pas le vecteur de la dissuasion nucléaire contrairement à des missiles balistiques.

 

Le scénario C6 laisse imaginer que l'obus pourrait devenir à nouveau le vecteur des armes nucléaires, tout comme, et obus spéciaux développés spécialement pour, le vecteur d'armes ASAT.

 

Théoriquement, et au fur et à mesure que progressera la technologie des canons électromagnétiques, plus aucun point du globe ne sera inaccessible à un navire porteur de ces canons. Les missiles balistiques le pouvaient déjà. Le coût n'est pas le même et bien des Etats se battent pour les intercepter. Que faire contre ces obus ? Un cuirassé à deux tourelles doubles approvisionnés à 200 obus chacune posséderait une puissance de feu supérieure en nombre à bien des arsenaux.

Nous pourrions même imaginer que ces canons qui pourraient atteindre toute ou partie des points du globe (tant par les qualités intrinsèques de la pièce que par la mobilité du navire), ouvriraient la voie à une véritable capacité de frappe immédiate globale (Prompt Global Strike) jusque dans l'espace bien moins coûteux que les programmes de missiles hypersoniques envisagés.

 

Vers l'avènement d'un canon planétaire à l'orée du XXIIe siècle ? 

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