Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





vendredi 5 octobre 2018

Le SN3G



Enfin ! La première apparition officielle du Sous-marin Nucléaire Lanceur d'Engins de 3ième Génération (SN3G) s'est produite lors d'une conférence de presse préparatoire à Euronaval 2018. "Navy Recognition saw for the first time an image showing the future nuclear-powered ballistic missile submarine (SSBN) of the French Navy (Marine Nationale)." Il y a tout lieu de croire qu'une maquette sera donc présentée durant le salon. Et peut-être même que l'esquisse que nous supposions être celle du SN3G le représentait bel et bien sur la période 2010-2015 tandis que cette publication officielle permet d'observer quelques évolutions.


"J’ai donc fait en sorte aussi, s’agissant de la composante océanique, de lancer des adaptations futures du missile M51, pour permettre que le tonnage des futurs sous-marins reste très proche de celui nos Triomphant."
François Hollande, Président de la République, Discours sur la dissuasion nucléaire - Déplacement auprès des forces aériennes stratégiques. Istres, 19 février 2015.

Il est dit que la construction du SN3G débuterait en 2020. Par rapport aux dates du premier des SNLE-NG (Natacha Hochman, Pierre Quinchon et François Dupont, Le Triomphant, Paris, Perron, 1994, 264 pages) et en prenant pour point de référence la date projetée de mise sur cale (2020), cela voudrait dire que ses premiers choix architecturaux ont pu être arrêtés en 2006 (1981 pour les SNLE-NG), l'avant-projet retenu aurait alors été figé en 2011 (1985 pour les SNLE-NG). Le Sénat s'attendait, en 2012, à une telle étape pour l'année 2015 (Didier BOULAUD, Xavier PINTAT, Jean-Pierre CHEVÈNEMENT, Mmes Michelle DEMESSINE, Josette DURRIEU, MM. Jacques GAUTIER, Alain GOURNAC, Gérard LARCHER et Bernard PIRAS, L'avenir des forces nucléaires françaises, rapport d'information, n° 668 (2011-2012), commission des affaires étrangères et de la défense). La mise sur cale interviendrait 9 années plus tard par rapport au calendrier des Triomphant.

© Inconnu. Le SNLE Le Redoutable.

© Inconnu. Le SNLE Le Triomphant.

© DCNS. "Pré-dimensionnement, volumes principaux." (p. 19)


Nous avions pu trouver au cours de la lecture de l'ouvrage La technologie des sous-marins d'Alain Bovis (Bayeux, Heimdal, 2016, 128 pages) ce dessin (troisième esquisse dans les quatre proposés ci-dessus) assisté par ordinateur qui détonne. Un faisceau d'indices amène à poser la question suivante : serait-ce le SN3G ? dessin assisté par ordinateur accompagné par sa légende et présenté comme une production DCNS est fort troublant. Il répond parfaitement à l'image, aux caractéristiques techniques que certains peuvent se faire du SN3G à partir des quelques éléments d'ores et déjà dévoilés : c'est-à-dire une évolution des SNLE-NG de la classe Le Triomphant sans ruptures techniques et technologiques là, où, il y avait eu de très nombreux changements entre les Redoutable et les Triomphant.



SNLE-NG
classe Le Triomphant
SN3G
classe ?
Mis sur cale
9 juin 1986
2020 ?
Lancé
26 mars 1994
2028 ?
Admission au service actif
21 mars 1997
2031 ?
Tonnage (tonnes)
14     200
> 15 000 ?
Longueur (mètres)
138
142 - 155 ?
Largeur (mètres)
12,5
13 - 14 ?
Système d’Arme de Dissuasion
16 M51.3
16 M51.4 ?
Tubes Lance-Torpilles
4
4 ?
Armes tactiques
18 armes
F17 mod 2
SM39 mod 2
18 ?
F21
FMAN/FMC version sous-marine ?
Équipage
2 x 110
2 x ?
Revêtement anéchoïque
Massif
Massif ?
Plus ?
Réacteur
K15
Évolution K15 ?
Propulsion (MW)
30,5
Groupe turbo-réducteur
30 à 34 ?
Moteurs-électriques ?
Vitesse (nœuds)
25
25 ?
 

La  très sobre silhouette du SN3G tel que dévoilée par Naval group lors d'une conférence de presse permet toutefois de mesurer quelques choix architecturaux. Le premier est qu'il s'agit, comme l'avait annoncé le Président de la République François Hollande (cf. supra), de futurs SNLE qui demeurent très proches de par leur tonnage des Triomphant. Navy Recognition donne 6 à 10 mètres de plus. Dans notre appréciation donnée quant à l'esquisse supposée être celle du SN3G dans le livre d'Alain Bovis, la distance entre le massif et les deux premiers TLM est plus grande entre sur le dessin présenté et supposé être celui du SN3G que sur l'écorché des SNLE-NG. Cela pourrait indiquer un bateau légèrement plus long de 4 à 6 mètres. Dans le même ordre d'idées, il semblerait que la partie à l'avant du massif soit aussi légèrement plus longue. Les points de repères sont trop peu nombreux pour en juger finement. Il n'est pas à exclure qu'il y ait, là aussi, 2 à 6 mètres supplémentaires. Aussi, la distance allant des deux derniers TLM jusqu'à la pompe-hélice sont un peu plus courte. C'est comme si l'équivalent de la tranche réacteur avait été économisée en longueur.

Autre évolution architecturale notable du SN3G par rapport aux Triomphant : le choix d'un appareil à gouverner avec des barres de plongée en "X" (configuration dite en croix de Saint-André). Les sous-mariniers sont réputés conservateurs quant aux choix techniques effectués et il y a lieu de remarquer que l'expérience pratique est très difficile. En la matière, un appareil à gouverner en "X" ne serait pas une première technique. Cette disposition est proposé sur le Marlin - une évolution du Scorpène qui manque à l'appel - et est intégré sur le programme Barracuda et donc pour le Shortfin Barracuda Block 1A. Cependant, le SNA-NG Suffren, premier de sa classe, n'est toujours pas mis à l'eau et encore très loin de mener ses essais à la mer. Si bien qu'il n'existe pas d'expérience pratique française sur bateaux nationaux ou étrangers. L'esquisse supposée du SN3G comprenait le même appareil à gouverner en "H" que celui des Triomphant.

L'évolution d'un appareil à gouverner du SN3G peut posséder deux causes : la première est l'avancement des études menées sur le SMAF (1998) devenu Barracuda (2006) qui a amené à un choix moins conservateur. L'avant-projet n'aurait été figé qu'entre 2011 et 2015. Deuxième cause, les nouveaux programmes de SNLE américains (SSBN(X) baptisé classe Columbia) et britanniques (Successor baptisé classe Dreadnought) adoptent des barres de plongée en "X". Cela a peut être pu être un levier pour ne pas prendre un choix plus conservateur.




Mais il ne s'agirait pas d'une simple reprise pour adaptation de l'appareil à gouverner des Suffren. Il est remarquable que la silhouette présentée montre des barres de plongées dans le prolongement du plus fort diamètre de la coque, de sorte que de face la coque puisse être un masque pour l'appareil à gouverner. Les barres de plongées ne sont pas plus hautes que le diamètre de la coque là, où, c'est franchement le cas sur les Barracuda. Il est peut-être question d'une progression dans la maîtrise de cette filière afin de tenter de soustraire une partie du bruit propre (les coups de barre) de l'appareil à gouverner aux sonars adverses sous certains angles de détection.

Dans le même ordre d'idées, avec des incidences en apparence bien moindres, le kiosque ressemble à celui du Suffren (pied du massif plus franc, arrête arrière plus franchement effilée vers l'arrière). La propulsion comprend toujours une pompe-hélice dont il est très difficile, voire impossible d'apprécier les progrès depuis les Améthyste et Triomphant. Rien n'indique une progression du nombre de TLM, surtout que dépasser les 16 tubes irait à l'encontre de la ligne diplomatico-stratégique de réduction des capacités nucléaires militaires au niveau de la stricte suffisance.

Par rapport à l'avis de H. I. Sutton donné dans le papier de Navy Recognition, oui, les choix architecturaux retenus dans cette très sobre silhouette sont conventionnels. Et c'est très probablement dans les choix des systèmes et sous-systèmes qu'il pourrait y avoir des évolutions plus importantes, voire radicales. Les choix quant à la propulsion n'ont pas été explicités : est-ce que le "navire électrique" deviendra la nouvelle norme des sous-marins français avec le SN3G ? Dans un autre ordre d'idées, il est aussi possible de découvrir une nouvelle façon de distribuer les antennes sonars et un accroissement du revêtement en tuiles anéchoïques.

Contrairement à Londres et Washington où les Dreadnought et Columbia possèdent une ou plusieurs illustrations publiques des avant-projets retenus pour chacun d'entre eux, cette première esquisse du SN3G témoigne d'une sobriété qui confine à la modération. Pourtant, elle dévoile des choses intéressantes comme, par exemple, les caractéristiques nautiques qui s'annoncent proches de celles des SNLE-NG. Mais il est surprenant de ne trouver aucun sonar de flanc alors qu'un schéma de ce genre n'engage à pas grand chose...

Mais quid du nom de baptême des futurs bateaux ?


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