Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





29 avril 2021

Tir « Hyperodon »

     Mme Florence Parly, ministre des Armées, a exprimé sa grande satisfaction après le succès, le 28 avril 2021, du 10ième tir d’essai d’un missile Mer-Sol Balistique Stratégique (MSBS ou Submarine Launched Ballistic Missile (SLBM) M51, sans « charge militaire » (tête nucléaire). Ce tir diffère des précédents car il ne relevait pas de tirs de qualification ou de validation de sa mise en œuvre par un SNLE-NG/SN2G de classe Le Triomphant (4). Le fait qu'il s'agisse du 5ième depuis DGA Essais de missiles à Biscarrosse (Landes) semble le destiner à servir le développement du M51.3 dont l’entrée en service est visée à l’horizon 2025.

     Ce tir, baptisé « Hyperodon », s'inscrit dans la continuité des précédents car il s'agirait de comprendre que, par tradition, les tirs de Mer-Sol Balistique Stratégique (MSBS ou Submarine Launched Ballistic Missile (SLBM) sont baptisés selon le nom d'un cétacé. Et il y a tout lieu de devenir que « Hyperodon » fera fantasmer par son préfixe « Hyper- » : d'autant plus que les noms des tirs précédents n'ont, semble-t-il, pas été dévoilés.

Une tradition qui a probablement un lien quelconque et pas très éloigné de « Cœlacanthe ». Les programmes de la composante océaniques sont dirigés par l'organisation Cœlacanthe, créée le 21 juin 1962, en raison de l'échec du programme du sous-marin stratégique Q244 (1955 - 1958). La nouvelle organisation a pour rôle de conduire les programmes majeurs devant concourir à l'atteinte des objectifs opérationnels de la composante océanique : les plateformes, le système d'arme dissuasion, la propulsion navale nucléaire, les têtes nucléaires, etc. Et son rôle suprême, appris dans la douleur de l'échec du Q244 est de veiller, par-dessus tout, à la cohérence technique mais aussi calendaire de l'ensemble.

 

10ième tir

     La préparation du 10ième tir a été précédée par le déploiement du Bâtiment d'Essais et de Mesures (BEM) Monge (1992) qui avait été aperçu à l'arrivée et au départ d'une escale (9 - 16 avril 2021) à la Naval Station Norfolk (Virginie, États-Unis d'Amérique).

Le 21 avril 2021 était publié un « Navigational Warnings » par le Service mondial d’avertissement de navigation (Worldwide Navigational Warnings Service (WWNWS) pour l'océan Atlantique et recevant logiquement le vocable « HYDROLANT » avertissement à la navigation dans l'océan Atlantique, selon le vocabulaire de l'US Navy Hydrographic Office.

L'HYDROLANT 1140/21(GEN) mentionnait donc les coordonnées de la zone concernée, en ses trois dimensions puisque comportant des manœuvres atmosphériques, et sa durée déclarée allant du 28 avril au 21 mai 2021 : c'est-à-dire que plusieurs fenêtres de tir furent identifiées, fonction des conditions à remplir pour que celui-ci intervienne selon des paramètres nominaux. Quatre zones de danger sont identifiées dont les trois premières correspondent aux zones de tombées des trois étages du MSBS M51 tandis que la quatrième est la zone cible, au Nord de l'archipel des Bermudes.

Ce tir - effectué probablement depuis le pas de tir immergé de DGA Essais de missiles à Biscarrosse (Landes) qui permet de simuler les conditions de lancement depuis un SNLE - s'est déroulé dès le 28 avril 2021 : le M51 a débuté sa phase propulsée à partir de son lancement à 9h58 et sa ou ses charges utiles sont retombées dans la zone cible au terme d'un vol d'une vingtaine de minutes. Il est à noter qu'un Falcon 50Mi/MS était sur zone ainsi qu'un RC-135S Cobra Ball de l'US Air Force ont assisté à la fin de la phase balistique ou semi-balistique du vol.

 

Trajectoire

     La trajectoire présentée dans HYDROLANT 1140/21(GEN) recélait quelques similitudes, notamment les zones de retombées des trois étages du missile, avec le 9ième tir du 12 juin 2020, effectué quant à lui en tant que tir de validation de l'IAM51 du SNLE-NG/SN2G Le Téméraire (1999) lançant depuis la baie d'Audierne. Ce 9ième tir, ici d'un M51.2, avait alors parcouru 6 000 km et atteint une apogée de 1 200 km contre, et environ, 5 500 km pour le 10ième tir.

Mais elle présentait, également, quelques faits intriguant comme, et par exemple, le fait que la trajectoire des trois phases de vol (propulsée, balistique et de rentrée atmosphérique) ne soient pas alignés avec la zone cible : de sorte que la phase ultime du vol jusqu’à la rejoindre la zone cible ressortait comme non-balistique. Ce qui amène la question, outre de l'existence de manœuvres, de leur lieu de survenance : à partir de la fin de la phase propulsée ? À l'occasion de la phase extra-atmosphérique ? Plus les charges militaires sont libérées tôt et plus les défenses adverses ont à faire face non plus une partie haute mais à de multiples charges utiles, entre les charges militaires et les aides à la pénétration.

Cela impliquait une capacité de déport latéral de la partie haute (Post-Boost Vehicle (PBV), selon le vocable du traité SALT II, ou encore Payload Bus) ou de l'une de ses charges utiles.

Il se dessine donc plusieurs hypothèses dont le fait que la partie haute puisse manœuvrer de sorte que ses charges utiles, figurant les charges militaires - Têtes Nucléaires Océaniques (TNO) - puissent être placées sur de nouvelles trajectoires afin de rejoindre la zone cible. Une autre hypothèse serait que l'une des charges utiles possède des qualités intrinsèques à manœuvrer, servies par un système de navigation propre et pouvant donc être qualifiées de Maneuverable Reentry Vehicle (MaRV). Il ne peut pas être exclu que les deux hypothèses puissent se conjuguer.

 

M51.3

     Il avait été décidé que le futur vecteur de la composante océanique de la dissuasion, dans la perspective du programme FMOD (Futur Moyen Océanique de Dissuasion) devenu SNLE de 3ième Génération dès 2013, serait une évolution incrémentale du MSBS M51, au lieu de lancer le « M6 », car ayant vocation à être de dimensions bien plus importantes. Ce choix a été justifié par l'intérêt de lisser les flux budgétaires et permettre une bonne conservation des compétences industrielles grâce à une démarche incrémentale visant au remplacement d’un étage tous les 8 à 12 ans (Laurent Collet-Billon, Délégué Général à l'Armement (28 juillet 2008 - 1er juillet 2017), audition devant la commission de la Défense et des forces armées, Assemblée nationale, 30 avril 2014).

Le Président de la République, M. François Hollande, proclamait sa décision, à l'occasion du prononcé de son discours sur la dissuasion, où il affirmait : « j’ai donc fait en sorte aussi, s’agissant de la composante océanique, de lancer des adaptations futures du missile M51, pour permettre que le tonnage des futurs sous-marins reste très proche de celui nos Triomphant. » (François Hollande, Président de la République, Discours sur la dissuasion nucléaire - Déplacement auprès des forces aériennes stratégiques. Istres, 19 février 2015).

Sur le plan stratégique, le général d'armée Pierre de Villiers, chef d'état-major des Armées (15 février 2014 - 19 juillet 2017)  définissait les objectifs opérationnels du M51.3 devant l'Assemblée nationale en déclarant qu'il devait « maintenir les capacités de notre composante océanique face aux défenses antimissiles les plus sévères, et qui devra entrer en service au milieu de la prochaine décennie lorsque le M51.1 arrivera en fin de vie » (audition devant la commission de la Défense et des forces armées, Assemblée nationale, 6 mai 2014).

Sur le plan industriel, a été notifié, par la DGA, en juillet 2014, le contrat de développement et de réalisation du M51.3 à ArianeGroup qui est maître d'œuvre pour le programme M51. Les travaux de développement de cette nouvelle version ont débuté dès le mois d’août 2014 et doivent s'étaler sur 10 ans, avec une montée en puissance progressive du volume de travaux afférents à sa mise au point. Et ce programme est très lié, en termes de compétences et donc de briques technologiques, au programme Ariane VI.

La phase de conception initiale du M51.3 s'est, semble-t-il, étalée entre août 2014 et 2016. La phase de conception détaillée aurait débuté en 2016 tout en devant s'achever en 2024. Les principaux engagements prévus en 2020 couvrent la poursuite des travaux de développement et de production de la version M51.3.

Sur le plan capacitaire, le M51.3 bénéficiera d'une évolution de ses charges utiles. Par-là, il s'agirait de comprendre que la Tête Nucléaire Océanique (TNO), entrait en service dès 2016, devrait cohabiter avec la TNO 2, à partir de l'année 2025. De nouvelles évolutions sont attendues, aussi, pour les aides à la pénétration qui sont disposées sur la partie haute du MSBS. Il est également attendu une rénovation du 3ième étage du M51, à l'occasion du développement de sa troisième version. En effet, la propulsion de cet étage, ses équipements sont issus en grande partie du M45.

Ces évolutions matérielles permettront de soutenir les évolutions du besoin opérationnel en termes de précision, souplesse d'emploi, de portée et donc de pénétration des défenses adverses : le M51.3 devrait allègrement franchir les 10 000 km de portée.

 

Déport latéral : V-Max ?

     Il n'est pas risqué de considérer que ce 10ième tir puisse servir à la partie développement des évolutions incrémentales, et donc à celui du M51.3, du programme M51 car il ne s'agissait nullement d'un tir de validation ou de qualification effectué depuis un SN2G de la classe Le Triomphant (4).

Toutefois, il est à remarquer que ce tir pouvait aussi montrer les capacités de la partie haute à manœuvrer afin de lâcher ses charges militaires de type MIRV (Multiple Independently targeted Reentry Vehicle) sur, et donc, des trajectoires indépendantes et hors de l'axe de lancement. Aussi, l'utilité stratégique de démontrer cette capacité, loin d'être nulle, n'apparaît pas évidente dans le contexte du tir.

Par ailleurs, cela invite à reconsidérer le 9ième tir car intervenu près d'une année après le retour dans le cycle opérationnel du SNLE-NG Le Téméraire (1999), au terme de son IAM51. Le SNLE ne pouvait qu'être considéré comme opérationnel, sous peine de nullité des patrouilles menées. Est-ce à dire que ce tir de validation aurait pu servir, aussi, au développement du M51.3 ?

La trajectoire du 10ième tir aurait pu être l'occasion de quelques travaux relatifs, par exemple, au « déport latéral » : il s'agit de la distance entre le point effectif d'arrivée au sol d'un engin spatial ou bien d'une charge utile ayant eu une phase de vol extra-atmosphérique et la projection verticale sur le sol de la trajectoire qu’il aurait suivie en l’absence d’effets aérodynamiques transversaux. Une charge utile de type Maneuverable Reentry Vehicle (MaRV) aurait pu servir à cette fin.

Cela pourrait constituer une partie des travaux nécessaires à la validation des choix techniques effectués au profit du V-MaX (Véhicule Manœuvrant eXpérimental) qui devra être capable d'un déport latéral fort afin de pouvoir être considéré comme manœuvrant ou bien, voire concomitamment, être l'occasion d'essayer de nouveaux matériaux et pour la TNO 2 et pour le V-MaX.

Cependant, il ne semble pas prévu, selon ce qui a été énoncé par la communication des protagonistes du M51.3, que la « charge militaire » (TNO 2) ait vocation à s'intégrer dans un MaRV et encore moins d'un Hypersonic Glide Vehicle (HGV).

Le programme V-MaX a bénéficié d'une annonce de lancement par la ministre des Armées, Mme Florence Parly, à l'occasion des vœux aux Armées, le 21 janvier 2019. Le 1er vol est prévu pour devoir se tenir fin 2021 et l'engin sera propulsé par une fusée-sonde. Deux des objectifs du programme consistent dans l'ambition d'acquérir la maîtrise de la capacité à faire rebondir l'engin sur les plus hautes couches de l'atmosphère et qu'il soit capable d'évoluer et de manœuvrer à très grande vitesse dans des couches de la basse atmosphère. L'horizon du programme n'est pas le programme M51.3 mais plutôt le M51.4 et le programme ASN4G car le DGA, l'IGA Joël Barre, évoquait l'horizon 2035-2040.

 

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