Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mardi 8 décembre 2015

Défense des frontières fluviales de Guyane : une base mobile ?

© Wikipédia.
La Guyane est le plus grand département de France. Seul territoire continental européen en Amérique du Sud, elle nous donne deux frontières françaises avec le Suriname (510 km) à l'Ouest et le Brésil (730 km, notre plus longue frontière terrestre) au Sud et à l'Est. Bien que ces frontières soient fluviales en leur grande majorité à l'Ouest et à l'Est, dans leur totalité elles sont quasiment impraticables. Le dernier raid des "7 bornes" (2015) qui matérialisent notre frontière (Sud) avec le Brésil nécessitait "50 jours pour faire à pieds 320 kilomètres, soit des journées de marche de 10 à 12 heures au rythme de... 1km/h environ." Ne pourrions-nous pas contourner l'hostilité géographique guyanaise ? 

Mars attaque l'écrivait avec une certaine justesse : il nous faut réinvestir le territoire national, en particulier quand il y a péril en la demeure. La nouvelle "Collectivité Territoriale de Guyane" (CTG - fusion du département et de la région, deux collectivités cumulées pour ce même territoire) doit affronter de nombreux défis. Outre le défi économique dans une France archipélagique sans conscience de l'être, les défis sécuritaires sont nombreux et pressant.

Souveraineté territoriale déficiente 

Parler de contrôle territorial en Guyane (83 846 km²) est assez usurpé : les défis sont multiples et divers. 

Le long de la façade maritime (380 km de long pour 126 000 km² de zones économiques exclusives) , quand un pêcheur guyanais attrape un poisson, les pêcheurs illégaux en prennent deux. Et ces pêcheurs étrangers qui pillent, littéralement, nos ressources halieutiques font régulièrement feux sur les navires de les navires de l'Action de l'État en Mer. 

Le département, d'une faible densité de population, est couvert à 98% par la forêt équatoriale. Elle est envahie par les orpailleurs illégaux et clandestins (opération Harpie). Ils sont estimés à plusieurs milliers, peut-être jusqu'à 10 000. Cet artisanat minier clandestin détruit partiellement la forêt et pollue les cours d'eau. Ils tirent sur nos hommes et femmes de l' "Action de l'État en Mer Verte" (gendarmes, légionnaires, policiers aux frontières et marsouins), même quand ils viennent relevés un camarade blessés par balles. 

Seul engagement permanent de la Légion étrangère sur le territoire national, au demeurant. Et c'est sans compter la revendication territoriale du Suriname sur 6000 km² de notre territoire.

Et au final, l'opération Harpie, lançait en 2008 pour juguler ce phénomène, est jugée comme un échec par le général Lambert Lucas (Gendarmerie) en 2013.

Enfin, un dispositif militaire particulier est mis en place pour sécuriser les lancements au centre spatial guyanais, à Kourou (opération Titan).



Frontières fluviales, relever le défi ?

La Guyane est enserrée entre deux fleuves faisant office de frontière que sont le Maroni (Ouest) et Oyapock (Est). L'ensemble territorial est abreuvé par de très nombreux fleuves et leurs affluents, soit 8 fleuves en plus de ceux déjà cités. 

Cependant, ce sont avant toute chose des obstacles fluviaux mais des interfaces aisées entre les deux rives. Ils ne sont pas praticables par les embarcations fluviales car ils sont parsemés de nombreux "sauts", c'est-à-dire des rapides qu'il faut franchir. Sans compter que le niveau des eaux est fonction de deux saisons distinctes dans l'année, en fonction donc des précipitation. Ce qui n'améliorerait en rien la navigation. 

C'est pourquoi le 9e Régiment d'Infanterie de Marine, surveillant le Maroni, la Légion étrangère et la Gendarmerie nationale, défendant l'Oyapock, peinent à faire respecter la souveraineté française. L'impossible navigation empêche toute éventuelle utilisation de patrouilleurs fluviaux, et la plus grosse embarcation admissible serait une pirogue. 

Face à ce défi géographique, il nous semble possible de proposer une solution maritime adaptée à la patrouille fluviale pour tenter de reconquérir notre territoire. Deux points particuliers nous paraissent pouvoir être surmontés : la navigation et la capacité de pénétration dans la forêt équatoriale. 

Hydroglisseur

Notre solution réside dans l'emploi de la seule solution technique connue à ce jour pour disposer d'un matériel mobile dans une géographie aussi contrainte : l'hydroglisseur, ou aéroglisseur, ou encore hovercraft. 

Cette embarcation amphibie est pensée pour permettre de s'affranchir des plages praticables pour un débarquement par chalands à fond plat. Ce qui étend les sites disponibles de 15% à 70% à l'échelle du globe.

En outre, cet engin peut se mouvoir dans cette interface terre-mer ou fleuve-terre car il est souvent capable de franchir entre un et deux mètres de dénivelés, ce qui laisse augurer une capacité de franchissement suffisante face aux "sauts". 

Des voltigeurs ? 

Dès, nous pouvons résoudre notre premier problème, celui de la navigation car il est désormais envisageable de se déplacer sur les fleuves guyanais. Nous envisageons à cet égard de distinguer les fleuves frontières des fleuves et cours d'eau intérieurs. 

Dans cette optique, un "voltigeur", soit un engin capable de convoyer un groupe de combat (21 hommes selon l'INF 202). Sa mission sera de permettre le déplacement de ce groupe pour investiguer une portion du territoire depuis le fleuve. Une fois débarquée, le voltigeur serait libre de patrouilleur le fleuve. Ou bien de déposer le groupe en plusieurs points pour étendre la surface contrôlée. Le même engin amphibie qui pourrait également pratiquer des patrouilles.

L'engin des Royales Marines, le Griffon 2000TDX, est capable d'emporter 18 hommes en plus de l'équipage de deux hommes pour 450 nautiques d'autonomie. Il déplace 7 tonnes.

Alors, il deviendrait possible de transporter hommes et matériels pour des patrouilles de pénétration dans la forêt équatoriale en échelonnant les efforts. La rapidité de la manœuvre redeviendrait un avantage pour nos forces grâce à ce véritable VTT (Véhicule de Transport de Troupes).

Une base mobile ? 

Aux frontières, la problématique est plus sensible car il s'agit de dissuader le franchissement illégal comme de poursuivre et capturer ceux qui se rendent coupable d'actions illégales sur le territoire. 

Pour remplir cette mission, il doit être possible d'animer un vaste réseau de points d'appui pour rendre effectif le contrôle frontalier. Ce qui suppose des moyens de transports. Mais aussi d'évacuation car toute blessure peut devenir mortelle du fait du climat local, tout comme les échanges de feu. Il y a lieu aussi d'envisager de rapprocher les différentes administrations du terrain de l'action afin de rapidement constater et verbaliser les contrevenants.

C'est pourquoi nous envisageons pour les deux fleuves frontières un hydroglisseur de tonnage nettement plus important. Sa mission sera de soutenir une force échelonnée tout le long de la frontière en de nombreux points 

Cette plateforme devra pouvoir :
  • faire fonctionner un état-major mêlant plusieurs administrations ;
  • déplacer et soutenir une force équivalente à une compagnie d'infanterie (140 hommes) ;
  • une structure médicale de campagne ;
  • soutenir deux voltigeurs ; 
  • opérer un hélicoptère depuis une plateforme repliable afin de former un hangar ;
  • un ensemble de drones aériens. 
Un engin de la classe Zoubr aurait les dimensions adéquates pour réaliser cette base mobile.

Il serait ainsi envisageable de reconquérir ces deux frontières grâce à la présence persistante de 7 à 14 groupes de combat le long des deux fleuves. Ceux-ci représentent une ligne d'environ de 4 à 500 km. La "golden hour" dans l'évacuation des blessés assurerait une garantie supplémentaire. Une base mobile en présence permanente formerait, depuis chaque fleuve et avec le littoral, un triangle quadrillant tout le territoire. Des bases opérationnelles avancées, plus ou moins durables, pourraient être aménagées comme dépôts logistiques et zones de relève.

Ce concept opérationnel pourrait se coordonner avec notre proposition d'une BAD (Base Aéronavale Déplaçable) pour matérialiser les bases opérationnelles avancées. Voire, il est déclinable sur d'autres théâtres avec le transport d'un SGTIA par et depuis les fleuves...

7 commentaires:

  1. Le Zubr est bien, mais le problème de tous ces overcrafts est leur fragilité/complexité, leur consommation, leur coût, leur mauvaise manoeuvrabilité, ... bref, pas sûr que cela en fasse un concept idéal pour la rivière

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  2. Pour ne pas trop surchargé le billet, je n'ai pas inséré le paragraphe sur "le fleuve sinueux ne nécessitera pas une optronique à 4000 mètres de portée, ni ne permettra des pointes à 60 noeuds".

    Tout est affaire de compromis et chaque compromis est stupide. Mais il y a une part d'avantage(s), également.

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    1. On est d'accord, tout est affaire de compromis. Mais là, le compromis n'est même pas possible techniquement puisque les overcraft ne peuvent pas bien virer. Sur une rivière sinueuse, c'est donc pas possible.
      Enfin, il y a un point que vous ne semblez pas aborder, c'est celui d'une nécessaire coopération avec le Brésil, car l'Oyapock, la rivière longeant la frontière, est tantôt du côté Français, tantôt du côté Brésilien. Et je vois mal comment naviguer sur des tronçons exclusivement Brésilien avec un navire armé sans leur accord. La raison de ce problème vient du fait que le lit des rivières bouge.

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    2. À vous lire, j'ai limpresssion que les hydroglisseurs ne se déplacent qu'en ligne droite ?

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    3. Par définition, ces overcraft frôlent la surface de l'eau. Ce sont des appendices aériens qui le font manoeuvrer. Ceci explique le fait que leur rayon de giration est plus important. C'est nettement moins efficace. Mais tout bon modéliste le sait.
      Je vous invite donc à regarder ce site : http://www.rendezvousdesamis.com/aero/generalite.htm
      A ce sujet, quel métier faites-vous? Vous faites de bons articles (malgré les fautes dont je ne suis pas non plus exempte), avez de bonnes lectures, mais vous semblez avoir du mal sur le plan technique, ce qui nuit à la crédibilité de certains articles/paragraphes.

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  3. A propos de technique : Quid de la résistance de la jupe face à des passages répétés sur des rochers/branches ?

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  4. Bonjour, et merci pour ce bel article.
    De fait, il me semble difficile de naviguer sur un fleuve avec un overcraft de grande taille, que ce soit en raison des obstacles rencontrés comme des défauts de manœuvrabilité de ces engins sensibles aux vents. J'imagine mal un tel engin de plus de 25m de large et de plus de 50m de long, un peu pataud à la manœuvre, sur un fleuve tantôt Brésilien et tantôt Français, probablement accidenté et faisant en général moins de 50m (ce qui ne permet pas à un tel engin de faire demi-tour facilement)
    Au fait, y-a-t-il des chutes d'eau sur ces fleuves?

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