Facebook

Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





samedi 13 juin 2015

Quelle vitesse pour le porte-avions ?


© Inconnu.
"Ce n'est pas tant la vitesse de point d'un navire de la flotte qui compte mais bien la vitesse moyenne qui peut être tenue par l'ensemble des bâtiments, permettant de manœuvrer un dispositif homogène et de couvrir mutuellement toutes ses composantes. C'est là, par exemple, tout l'enjeu de la mise au point des propulsions nucléaires pour les navires de surface chargés de la protection des porte-avions américains, dont la vitesse était gage d'une manœuvre stratégique plus rapide."
Joseph Henrotin, Les fondements de la puissance navale au XXIe siècle, Économica, 2011, pp. 320-321.

Une des réflexions pouvant intéresser l'amateur des questions aéronavales à partir du livre phare d'Hervé Coutau-Bégarie, Le problème du porte-avions (1990, Economica), concerne la vitesse du porte-avions. Abordant celle prévue pour le Charles de Gaulle, il la justifie car ce bateau était alors considéré comme "bien trop lent".

Les porte-avions Clemenceau et Foch étaient conçus pour atteindre une vitesse de 32 noeuds aux essais. Sans être capable de brosser tout l'historique de leur propulsion, nous nous raccrochons au commentaire du professeur pour qui 2 à 3 noeuds sont depuis longtemps théoriques. Comme toute propulsion navale, la performance maximale des machines décroit progressivement au fur et à mesure des efforts demandées pour les opérations, ce qui nécessite une grande vitesse pour tenter de récupérer la vitesse atteinte aux essais. Sauf si le navire a pris trop d'embonpoint depuis la mise en service... 

Ces deux porte-avions visaient probablement cette vitesse pour deux raisons :

La première, et la plus hypothétique, était de pouvoir suivre les cuirassés car à l'origine les ponts plats devaient accompagner les cuirassés devenues rapides (~30 noeuds depuis l'entre-deux-guerre). Considération qui aurait pu paraître obsolète si nous mettions de côté les Richelieu et Jean Bart qui sont alors en service et en refonte au moment de la construction des deux porte-avions pendant et après la Crise de Suez (1956). Il existait un projet de refonte du Jean Bart en cuirassé lance-missiles. 

La deuxième touche à la conception générale de n'importe quel porte-avions. Le navire doit pouvoir porter la base aérienne qui s'organise du pont d'envol jusqu'au hangar où les ascenseurs font office de taxiways. Pour un navire opérant ses avions par catapultes, il s'agit de leur fournir suffisamment d'énergie cinétique pour s'arracher à la gravité et tenir l'air. Deux facteurs entrent alors en jeux : l'accélération fournie par les catapultes et la force portante du vent, le navire cherchant à se placer sous le vent. 

Dans la pratique des porte-avions Clemenceau et Foch, il s'agissait par une forte vitesse de compenser des catapultes relativement courtes : 50 mètres et capables de catapulter 15 tonnes (avec l'apport du vent). Selon Hervé Coutau-Bégarie, les opérations de ces deux porte-avions laisseraient apparaître des opérations de catapultages sous les 20 noeuds de marche. Remarquons que les Super Étendard (12 tonnes), Alizée (8 tonnes) et Crusader (15 tonnes) n'atteignaient pas le potentiel des catapultes ou le frôlaient.

La conception du porte-avions Charles de Gaulle arrête le choix d'une vitesse maximale de 27 noeuds. Les 5 noeuds de perdus face aux 32 des prédécesseurs (dont 2 à 3 étaient théoriques) sont alors largement compensés par l'allongement des catapultes. Les C13-3 (75 mètres) peuvent théoriquement lancer des appareils de 15 à 25 tonnes à environ 130 noeuds. Capacité rendue indispensable par les nouvelles générations de chasseur, dont le Rafale ou le Super Hornet, qui dépasse allègrement les 15 tonnes. La configuration la plus lourde du Rafale entre dans la fourchette. 

La propulsion d'un navire est très coûteuse à partir de 20 noeuds. Tous les noeuds suivants exigent beaucoup d'investissement, à partir de 25 noeuds c'est pire, et après 30 cela devient dantesque. Le Charles de Gaulle se contente de 82 000 cv (27 noeuds/42 500 tonnes) quand les Clemenceau poussaient jusqu'à 126 000 cv (32 noeuds/33 000 tonnes) et l'Enterprise 280 000 cv (33 noeuds/85 000 tonnes).

Remarquons aussi que l'économie en vitesse se répercute par une augmentation de la taille du pont d'envol pour préserver les espaces de la piste oblique, de stockage des aéronefs et des catapultes.  Aussi, viser une capacité comme l'appontage et le catapultage simultanée (catapo) d'appareils implique un nouvel effort pour que la piste oblique ne déborde pas sur au moins une catapulte. L'augmentation de la surface du pont d'envol implique un agrandissement du navire, et donc un effort supplémentaire demandé aux machines.

Enfin, l'un des rares moyens pour lutter contre la tendance généralisée à l'embonpoint est de réduire d'une manière comme d'une autre la surface des aéronefs. Ceux à voilures fixes adoptent généralement les ailes repliables. C'est un coût supplémentaire ajouté aux aéronefs.

Sans nier l'avantage opérationnel découlant d'une forte propulsion pour opérer les aéronefs, son utilité se réduit aux ambitions de la mobilité stratégique du porte-avions. Celle-ci étant conditionnée autant par sa propre endurance que celle de son escorte. L'US Navy peut viser une trentaine de noeuds car ses bases de porte-avions sont très éloignées des zones de déploiement. Ce qui est relatif dans le cas français.

Par contre, et à moins de faire l'effort d'une solution purement nationale, les EMALS (catapultes électromagnétiques) sont données pour 90 mètres de longueur. C'est une contrainte structurante pour l'avenir. Le projet de deuxième porte-avions (PA2) visait des catapultes de 90 mètres, soit une masse maximale au décollage d'environ 36 tonnes (pour la technologie à vapeur). Il n'est pas prévu que l'aviation navale opère un autre avion d'attaque embarqué que le Rafale d'ici une échéance plutôt lointaine. Les potentiels drones embarqués ne laissent pas augurer une telle masse (nEURON, 7 tonnes ). Les E-2 (23 tonnes) et C-2 (26 tonnes) n'atteignent pas non plus un tel devis. Dans le cas américain, certains aéronefs comme le A-3 Skywarrior atteignant 37 tonnes. Mais dans le cas français, des catapultes plus puissantes impliquent-elles une nouvelle et potentielle réduction de la vitesse maximale ? Les 25 (Suffren), 27 (Aquitaine), 29 (Forbin) et peut-être 30 (FTI) laissent augurer une mobilité stratégique à peu près similaire à celle connue aujourd'hui.


4 commentaires:

  1. Très intéressantes informations sur la vitesse des porte-avions . Il convient de préciser que la mise en œuvre des avions sur le Charles de Gaulle, comme sur ses prédécesseurs, demande une vitesse minimum du bâtiment et que malheureusement, il n'y a pas une grande marge de manœuvre sur notre seul P.A. Hors sujet, je regrette pour la cohérence de l'efficience de notre outil de défense et particulièrement du groupe aéronaval le plus performant d'Europe, que la décision de construire le second P.A. n'ait pas été prise pour de basses raisons politiciennes. Car lisser 3 milliards d'euros du budget défense sur 7 années était parfaitement réalisable . Malgré la réservation des catapultes par le président Chirac, la promesse électorale du président Sarkozy, le projet a été abandonné car électoralement , peu passionnant pour les électeurs qui n'auraient pas compris ce choix en période de crise économique. Sauf que les problématiques de défense sont prioritaires notamment devant le développement des marines asiatiques d'une part et d'autre part en considérant les missions importantes de surveillance de notre territoire maritime qui est le deuxième du monde après les USA.

    RépondreSupprimer
  2. L'avantage des catapultes de 90m est en effets de pouvoir catapulter des avions lourds, ... mais aussi de pouvoir catapulter des avions plus léger sans avoir forcément à se mettre face au vent.
    La puissance du Charles de Gaulle est surtout liée au choix des réacteurs. Dès le début, un dérivé des réacteurs des SNLE a été choisi, limitant de facto la puissance disponible. En cas de développement propre, nul doute que nous aurions une puissance disponible plus importante, à l'instar de la puissance disponible sur l'hypothétique PA2 (98.000CV) https://fr.wikipedia.org/wiki/PA_2
    Il est vrai que le nd supplémentaire coûte cher car malheureusement, le rapport puiss/vitesse n'est pas linéaire, mais une réserve de puissance peut tout de même s'avérer utile, notamment pour pouvoir faire de grosses accélérations en cas de manoeuvre pour éviter la chasse d'un sous marin par exemple.

    RépondreSupprimer
  3. La vitesse minimum d'un PA doit elle tenir compte exclusivement du catapultage ?
    Ne faut-il pas tenir compte d'un point de vu tactique comme stratégique d'une vitesse beaucoup plus élevée pour réduire le temps de déploiement du bâtiment (qu'il soit PA, DDG, FFG voir même SS) sur une zone de crise ou de pouvoir s'en extraire rapidement face à une menace importante.

    La vitesse ne serait elle plus un facteur de survie ou de surprise dans les marines européennes !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est compliqué ces histoires de vitesse puisque, comme vous soulignez, nous avons les besoins tactiques (infrathéâtres) et stratégiques (inter-théâtres). Dans le deuxième cas, il est difficilement imaginable de voir le PA doubler le SNA qui doit pouvoir l'éclairer. De facto, avec des Suffren limités à une vitesse maximale de 25 noeufs, nous pouvons deviner que le PA n'ira pas plus vite. Surtout que, au fil des commentaires de Coutau-Bégarie et d'autres, il n'est pas imaginable que le groupe aéronaval puisse s'affranchir de son navire logistique qui file plutôt 13 noeuds en moyenne, sic. Un navire à propulsion nucléaire peut soutenir durablement une haute vitesse, quand vous regardez les chiffres de la consommation à croisière économique et haute vitesse sur un bateau, il y a une division par 3, 4 ou 6 de l'endurance à la première vitesse quand le navire pousse tous ses feux. Nous revenons au problème logistique avec une propulsion non-nucléaire : soutenir une vitesse aussi élevée que la logistique le permet.

      Premièrement, comment justifier une haute vitesse pour la tactique ? Les SNA soutiennent entre 25 et 35 noeuds, usant de torpilles filant 40 à 60 noeuds. Dérober quand on est surpris devient difficile. Moins face à un sous-marin classique qui soutient très rarement plus de 15 à 20 noeuds en plongée, et pendant combien de temps sans remonter prendre l'air ? DCN avait un projet dérivé des expérimentations de l'AGNES 200 : les EOLES filant 50 à 60 noeuds. Là, il y a un escorteur qui peut surgir, foudroyer et dérober, voire semer une torpille.

      Au regard du coût du noeud supplémentaire à partir du 25e, il y a de quoi s'interroger entre des bateaux plus rapides ou plus de bateaux à 25 noeuds ?

      Supprimer