Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassĂ© Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en IndonĂ©sie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandĂ©e par l’amiral britannique Somerville, prendra part Ă  trois autres opĂ©rations visant des bases navales ennemies. AprĂšs 52 mois passĂ©s en mer, le bĂątiment rentre Ă  Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau dĂ©ployĂ© en Asie du Sud-Est l’annĂ©e suivante, le bĂątiment assistera Ă  la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





19 décembre 2020

Marinha Portuguesa : dĂ©sarmement du NRP 𝘉𝘩́𝘳𝘳đ˜Ș𝘰 (1993 - 2020)

© Cofina Media - VĂ­tor Mota.

     La Marine portugaise (Marinha Portuguesa) a dĂ©sarmĂ© le NRP BĂ©rrio (1993 - 2020) le 1er juin 2020 et ce, de maniĂšre anticipĂ©e en raison de difficultĂ©s rencontrĂ©es lors de l'inspection prĂ©alable au prolongement de son premier pĂ©trolier-ravitailleur. Son dĂ©sarmement, intervenu le 1er juin 2020, laisse le Portugal sans capacitĂ© Ă  soutenir ses dĂ©ploiements hauturiers mais sans capacitĂ© logistique navale tout court : le passage de l'ouragan Lorenzo (23 septembre 2019 - 5 octobre 2019) et les dĂ©gĂąts causĂ©s, certes jugĂ©s non-majeurs, avait tout de mĂȘme nĂ©cessitĂ© l'emploi du NRP BĂ©rrio afin de projeter 290 militaires et du matĂ©riel.

     Le NRP BĂ©rrio (1993 - 2020) est l'ancien RFA Blue Rover (1970 - 1993) issu de la classe Rover (5). Ce bĂątiment avait Ă©tĂ© commandĂ© en janvier 1968. Sa construction dĂ©butait par la pose de la quille le 18 janvier 1969. Coque lancĂ©e le 11 novembre 1969 et bĂątiment rejoignant le service au sein de la Royal Fleet Auxiliary le 15 juillet 1970. Son chantier avait Ă©tĂ© entachĂ© par un incendie ayant coĂ»tĂ© la vie Ă  deux ouvriers du chantier naval Swan Hunter (Hebburn, Angleterre).

Il est, accessoirement, un vĂ©tĂ©ran de la guerre des Malouines (2 avril - 14 juin 1982) durant laquelle il a officiĂ© comme base logistique en GĂ©orgie du Sud. Il avait Ă©galement Ă©tĂ© employĂ© comme yatch royal durant le « Pacific Tour » (1971 - 1972) durant lequel il avait perdu son gouvernail et avait dĂ» ĂȘtre remorquĂ© jusqu'Ă  Singapour.

     Le RFA Blue Rover (1970 - 1993) bĂ©nĂ©ficiait d'un dernier grand entretien en mars 1991. Il avait Ă©tĂ© dĂ©sarmĂ© le 23 fĂ©vrier 1993 et cĂ©dĂ© Ă  la Marinha Portuguesa qui l'avait alors rebaptisĂ© NRP BĂ©rrio (1993 - 2020) dĂšs le 31 mars 1993, date Ă  laquelle il a Ă©tĂ© rĂ©admis au service actif sous ses nouvelles couleurs. Il porte le nom de l'une des trois caravelles du navigateur Vasco da Gama (1469 - 1524), Ă  savoir les SĂŁo Gabriel, SĂŁo Rafael et Berrio (1497 - 1500 ?).

     La carriĂšre opĂ©rationnelle de NRP BĂ©rrio (1993 - 2020) est riche de missions de diplomatie navale, diplomatie de dĂ©fense (Cap Vert, SĂŁo TomĂ©-et-PrĂ­ncipe, golfe de GuinĂ©e, etc) et de soutiens aux unitĂ©s navales dĂ©ployĂ©es. Sa plus notable mission est sa participation Ă  l'Operação Crocodilo :

Les ArmĂ©es portugaises intervenaient dans l'ancienne ancienne GuinĂ©e portugaise (1841 - 1974) et dans la cadre de la guerre civile de GuinĂ©e-Bissau (7 juin 1998 - 10 mai 1999) ayant opposĂ© les forces militaires fidĂšles au gouvernement du prĂ©sident Nino Vieira et celles qui se regroupent autour d'une « junte militaire » dirigĂ©e par le gĂ©nĂ©ral Ansumane Mane. L'opĂ©ration impliquait une force conjointe des trois ArmĂ©es, avec un groupe naval constituĂ© et composĂ© de la frĂ©gate NRP Vasco da Gama (1991), avec deux hĂ©licoptĂšres Super Lynx Mk95 (dĂ©tachement MUTTLEY), par les corvettes NRP JoĂŁo Coutinho (1970 - 2018) et NRP HonĂłrio Barreto (1970 - 1999) et le pĂ©trolier-ravitailleur NRP BĂ©rrio (1993 - 2020). Le NRP BĂ©rrio embarquant plus particuliĂšrement le dĂ©tachement terrestre.

Cette opĂ©ration, relevant de la diplomatie navale dite « de crise », et plus particuliĂšrement de la « diplomatie protectrice » et de la « diplomatie humanitaire » selon la typologie Ă©tablie par le professeur HervĂ© Coutau-BĂ©garie (Le meilleur des ambassadeurs - ThĂ©orie et pratique de la diplomatie navale, Paris, Economica, 2010, 401 pages), visait l'Ă©vacuation de ressortissants portugais qu'Ă  prendre contact avec les diffĂ©rents protagonistes et participer Ă  la mĂ©diation et aux nĂ©gociations par l'aide logistique offerte par le dĂ©tachement aĂ©ronautique.

     La question de la perpĂ©tuation de la capacitĂ© de logistique navale s'inscrit dans le concert de documents stratĂ©giques portugais. La piĂšce centrale en est le Livro Branco da Defesa Nacional (2001). Il a Ă©tĂ© accompagnĂ© par le Concept stratĂ©gique de dĂ©fense nationale (2003) qui avait Ă©tĂ© publiĂ© Ă  la suite d'une rĂ©solution du Conseil des ministres (Resolução do Conselho de Ministros n°6/2003 – Conceito EstratĂ©gico de Defesa Nacional). La rĂ©forme « DĂ©fense 2020 » est la derniĂšre pierre notable Ă  l'Ă©difice stratĂ©gique portugais dont l'objet est de modifier substantiellement son architecture et, notamment, la rĂ©partition des dĂ©penses. Et la programmation militaire portugaise a Ă©tĂ© rĂ©cemment rĂ©visĂ©e dans le cadre de la lei de programação militar (2019 - 2030) qui se dĂ©compose en trois quadriĂ©nio : c'est-Ă -dire en autant de lĂ©gislatures (quatre annĂ©es) de l'Assembleia da RepĂșblica.

     En janvier 2019, au plus tard, dĂ©cision avait Ă©tĂ© prise de mener un dernier grand carĂ©nage du pĂ©trolier-ravitailleur NRP BĂ©rrio (1993 - 2020) afin de pouvoir le faire durer au service dix annĂ©es supplĂ©mentaires afin de l'emmener jusqu'en 2028. Cela devait ĂȘtre sa deuxiĂšme prolongation au service sous les couleurs portugaises. Le chantier devait dĂ©buter en 2022, pour environ douze mois de travaux, dont la rĂ©novation des cuves, la rĂ©vision des machines, de la coque, des gĂ©nĂ©rateurs et d'autres Ă©quipements, pour des dĂ©penses de l'ordre de 10 Ă  20 millions d'euros. L'absence du NRP BĂ©rrio devait ĂȘtre compensĂ©e par « l'Ă©ventuel soutien logistique » de l'OTAN.

Cependant, la conduite de l'inspeção tĂ©cnica pormenorizada (ou inspection technique dĂ©taillĂ©e) rĂ©vĂ©lait deux avaries dont l'une touchant la propulsion et qui a Ă©tĂ© dĂ©couverte ou plutĂŽt subie au retour du dĂ©ploiement conduit en octobre 2019 aux Açores. La maniĂšre par laquelle sont formulĂ©es ces conclusions laisse Ă  croire, hypothĂ©tiquement, une usure irrĂ©versible ou Ă©conomiquement non-viable Ă  rĂ©parer, de la propulsion : situation trĂšs similaire Ă  celle rencontrĂ©e par la Marine Royale Canadienne quand les AOR 509 HMCS Protecteur (1969 - 2015) et AOR 510 HMCS Preserver (1970 - 2016) durent ĂȘtre retirĂ©s prĂ©maturĂ©ment du service en raison d'inspections de routine menĂ©es en 2014. La Marinha Portuguesa est amputĂ©e de sa capacitĂ© de projection et rĂ©duite Ă  la seule autonomie de ses unitĂ©s navales, entre deux escales, interdisant presque de conduire des opĂ©rations lointaines et dans le contexte de la demande du Portugal d'extension de ses zones Ă©conomiques exclusives.

Tout du moins, le ou les fragilitĂ©s structurelles constatĂ©es furent suffisamment critiques pour que l'Amiral AntĂłnio Maria Mendes Calado (1er mars 2018), Chefe do Estado-Maior da Armada, dĂ©cidait le 28 janvier 2020 que le NRP BĂ©rrio (1993 - 2020) sera dĂ©sarmĂ© trĂšs prochainement, ce qui fĂ»t fait le 1er juin 2020. Et le CEMM de la Marinha Portuguesa d'admettre devant les dĂ©putĂ©s de la commission de la dĂ©fense nationale que dans l'attente d'une reconstitution de la capacitĂ© opĂ©rationnelle dĂ©sormais perdue, les missions devront ĂȘtre conduites d'une autre maniĂšre (Leia TambĂ©m, « Marinha tentou comprar navio em segunda mĂŁo a Espanha », TVi 24, 28 avril 2020).

     La question de la succession du NRP BĂ©rrio (1993 - 2020) s'est publiquement posĂ©e, au plus tard, le 1er septembre 2016 quand le MinistĂ©rio da Defesa Nacional envisageait l'acquisition d'un nouveau bĂątiment logistique et de soutien. Et elle avait Ă©tĂ© inscrite dans lei de programação militar rĂ©visĂ©e en 2019 comme deuxiĂšme prioritĂ©, aprĂšs la premiĂšre qui est l'achĂšvement du programme Navios Patrulha OceĂąnicos ou NPO 2000 (classe Viana do Castelo (4 + 6 (2024 (1), 2025 (1), 2026 (1), 2027 (1), 2028 (1) et 2029 (1) tandis que la troisiĂšme est le lancement du programme Navio Polivalente LogĂ­stico attendu depuis le dĂ©but des annĂ©es 2000.

Les plans dĂ©taillĂ©s du successeur du NRP BĂ©rrio auraient dĂ» ĂȘtre Ă©tablies, eu plus tard, en 2024 afin que sa construction puisse dĂ©buter en 2025 et occuper le chantier naval dĂ©signĂ© pendant trois annĂ©es. L'introduction au service actif serait intervenue en 2028. L'enveloppe financiĂšre allouait au programme devait ĂȘtre de 150 millions d'euros et comprendre non seulement la fourniture du futur pĂ©trolier-ravitailleur mais Ă©galement le soutien logistique intĂ©grĂ©, du matĂ©riel et des Ă©quipements Ă  fournir par l'Etat portugais.

     La programmation militaire portugaise est bousculĂ©e par la perte soudaine d'une capacitĂ© stratĂ©gique essentielle dont l'utilitĂ© a Ă©tĂ© maintes fois dĂ©montrĂ©e depuis 1993. BĂ©nĂ©ficier du soutien logistique de l'OTAN pendant les douze mois d'immobilisation du NRP BĂ©rrio (1993 - 2020) avait Ă©tĂ© envisagĂ©e par la Marinha Portuguesa mais eu Ă©gard au nombre limitĂ© de pĂ©trolier-ravitailleurs dans les marines de l'Alliance atlantique, rapportĂ© Ă  leurs activitĂ©s opĂ©rationnelles, une solution palliative de cet ordre pour plusieurs annĂ©es Ă©tait inenvisageable pour la pĂ©riode 2022 - 2028.

     Une autre solution opĂ©rationnelle palliative envisagĂ©e fut de pouvoir acquĂ©rir rapidement un pĂ©trolier-ravitailleur de deuxiĂšme main auprĂšs d'une marine europĂ©enne. L'Espagne fut approchĂ©e car un dĂ©bat politique voit s'opposer l'actuel gouvernement aux Ă©lus locaux du Ferrol et des syndicats du chantier de Navantia dans cette mĂȘme citĂ© maritime au sujet du nĂ©cessaire remplacement de l'A-14 SPS Patiño (1995).

Il se pose la problématique juridique pour l'Armada Española, et donc la Marinha Portuguesa, de continuer à opérer un bùtiment logistique transportant du pétrole et du kérosÚne dont l'architecture repose sur une simple coque. Le G-23 NT Almirante Gastão Motta (1991) est l'un des derniers représentants de sa race car mis sur cale (11 décembre 1989) avant la catastrophe de l'échouement de l'Exxon Valdez (23 mars 1989) et de la marée noire consécutive. La principale conséquence juridique fut le vote et l'entrée en vigueur de l'obligation de construire des pétroliers à double coque par la loi américaine de l'Oil Pollution Act (1990) et de la transposition de cette norme par l'amendement, en 1992, de l'annexe I de la convention MARPOL 73/78.

     Il y a le cas des deux pĂ©troliers-ravitailleurs "rapides" de la classe Wave (RFA Wave Knight (2003 - 2033 ?), RFA Wave Ruler (2003 - 2033 ?) car l'Ă©tat-major de la Marinha do Brasil fut sondĂ©e par la Royal Navy au sujet de son intĂ©rĂȘt relatif Ă  leur cession et Ă  pas moins de deux reprises. Les deux bĂątiments de la Royal Fleet Auxiliary ont alors Ă  peine quinze annĂ©es de service Ă  leur actif et le Royaume-Uni semblait en demander 100 millions de livres sterling (116 millions d'euros ajustĂ©s des donnĂ©es de l'inflation (2019) pour chacun des deux bĂątiments (Roberto Caiafa, « Um substituto para o navio-tanque GastĂŁo Motta (G-23) », Tecnologia & Defesa, 1er juin 2018).

50 millions auraient été demandés au Portugal qui n'aurait pas accepté la demande, le tirant d'eau (9,97 mÚtres) et le devis financier dépasseraient les possibilités et du Tage et du Portugal.

     L'Amiral AntĂłnio Maria Mendes Calado (1er mars 2018) a avancĂ© (Leia TambĂ©m, « Marinha tentou comprar navio em segunda mĂŁo a Espanha », TVi 24, 28 avril 2020) que dans le cadre des dĂ©penses prĂ©vues par la lei de programação militar (2019 - 2030), il devrait ĂȘtre possible de rĂ©Ă©chelonner celles-ci afin d'avancer le remplacement du NRP BĂ©rrio (1993 - 2020). Et l'une des difficultĂ©s rencontrĂ©es par le Portugal au sujet d'une construction neuve, et non des moindres : il n'y a pratiquement plus de programme de pĂ©troliers-ravitailleurs, en particulier dans l'OTAN et l'UE, Ă  la mesure des caractĂ©ristiques du NRP BĂ©rrio (11 500 tonnes Ă  pleine charge) ni mĂȘme d'un Ă©quivalent aux capacitĂ©s augmentĂ©es. De sorte qu'il est douteux que l'enveloppe allouĂ©e de 150 millions d'euros puisse ĂȘtre satisfaite avec des plans existants, obligeant peut ĂȘtre Ă  mettre Ă  l'Ă©tude une nouvelle unitĂ©.

 

1 commentaire:

  1. Il serait intéressant de leur faire une proposition pour un BRF ou deux, mais de plus petite taille.

    RĂ©pondreSupprimer