Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mercredi 22 janvier 2020

Marine nationale : relèvement de la trame frégates lors de la clause de « revoyure » en 2021 ?


     Le général d'armée François Lecointre, Chef d'État-Major des Armées (CEMA), s'est exprimé à deux reprises devant l'Assemblée nationale et une fois devant le Sénat à l'occasion des discussions budgétaires liées au vote de la loi de finances 2020. Le CEMA a de toute évidence transmis aux parlementaires un message – reconstruire une « armée de guerre » - dont le destinataire ne peut être que le gouvernement et, in fine, le Président de la République. Cela se traduirait par un relèvement des formats des armées dont celui de la trame frégates pour la Marine nationale.

Le général d'armée François Lecointre s'exprimait devant trois commissions : commission de la Défense nationale et des forces armées (15 octobre 2019) et commission des Affaires étrangères (6 novembre 2019) de l'Assemblée nationale ; commission des Affaires étrangères et de la Défense (16 octobre 2019) du Sénat. Le compte-rendu de la première audition n'a pas été publié, contrairement aux deux autres. Et le compte-rendu le plus intéressant est certainement celui de l'audition du 6 novembre où le CEMA est dans son rôle et s'extrait des pesanteurs de l'actualité budgétaire.

Que dit le CEMA ? Les formats actuels des Armées ne permettent pas et plus de répondre aux exigences de l' « approche globale » dont le Livre blanc sur la Défense et la Sécurité nationale 2013 faisait le modus operandi. « Je me dois de vous sensibiliser au retour du fait guerrier ». Le général d'armée François Lecointre relève tous les facteurs de dégradation des relations internationales et retient quatre scénarios d'engagement : gestion de crises, affrontements dissymétriques, politique du fait accompli et guerre symétrique. Guerre est un mot qui revient à vingt reprises dans la prose du CEMA. Et à deux reprises au terme de l'exposé le général François Lecointre transmet son message : « les types de conflits qui se présentent à nous nous font nous interroger sur la nécessité de reconstruire une armée de guerre. »

Il est possible d'entendre de deux manières ce message délivré par le CEMA. Le premier est de préparer les esprits à des engagements ne relevant plus de la « gestion de crise » mais bien de la « guerre ». Le deuxième est la nécessité pour le général d'armée François Lecointre de retrouver de la masse afin d'affronter la simultanéité des crises, un constat qui est largement développé lors de cette audition. Il observe deux moyens d'atteindre cet objectif dans la cadre de la stratégie génétique des forces : l'atteindre par le relèvement du format des Armées ou bien par une concertation entre États membres de l'Union européenne au profit d'une stratégie de l'action.

« Je vous donnerai un seul exemple : nous sommes déjà à la limite de nos capacités d’action maritime avec les frégates de premier rang. Je suis dans l’obligation d’en engager une en permanence dans le Golfe arabo-persique ; une autre dans le canal de Syrie pour surveiller que la ligne rouge – l’emploi d’armes chimiques par Bachar Al-Assad – fixée par le Président de la République ne soit pas franchie ; une autre pour les actions de « contestation de la contestation » de la liberté de circulation dans les espaces maritimes que nous impose la Chine en mer de Chine du Sud ; une encore pour protéger nos sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de l’espionnage des Russes lorsqu’ils quittent Brest ; enfin, j’ai besoin de frégates de premier rang pour surveiller le bastion russe et les mouvements des sous-marins qui partent de la presqu’île de Kola pour s’engager dans l’Atlantique Nord. En bref, je n’ai déjà pas assez de frégates de premier rang pour faire face à toutes ces sollicitations – et ce alors qu’aucun de vous ne considère que nous sommes en guerre. »

Audition du Général d'armée François Lecointre, chef d'état-major des Armées, commission des Affaires étrangères, Assemblée nationale, 6 novembre 2019.


Ce choix de l'exemple de la trame frégates paraît astucieux à plus d'un titre car le CEMA aurait pu citer l'exemple du format de l'Armée de Terre et il ne le fait pas, peut être pour s'exonérer d'une probable accusation de favoritisme. « J’aie pris l’exemple, évident, des frégates de premier rang, ne signifie pas que ma seule priorité va à la Marine nationale : mon approche est résolument interarmées. » L'audition devant le Sénat, le 16 octobre 2019, verra le même général d'armée François Lecointre reprendre l'exemple des frégates tout en citant le cas de l'Armée de l'air et des formats abaissés depuis 2008. Le cas des frégates permet aussi de citer et de faire la liste, une fois supplémentaire, des crises dans lesquelles sont engagées les Armées françaises avec un horizon centré sur leur simultanéité et sur le jeu des grandes puissances (dissuasion nucléaire, Chine, etc).

Du seul point de vue de la question du format des frégates de premier rang dont la cible fut abaissée de 24 à 18 frégates en 2008 et de 18 à 15 frégates en 2013, il est remarquable que la prose de l'actuel CEMA semble abonder celle des chefs d'état-major de la Marine depuis l'actualisation de la loi de programmation militaire 2014 – 2019 où ils constataient successivement que le format ne permet pas de soutenir le contrat opérationnel, arrêté à deux missions navales permanentes en 2013 alors que la pratique est à cinq. La tirade du CEMA à ce sujet est peu ou prou la même que ce qu'ont pu pire les amiraux Bernard Rogel et Christophe Prazuck.

Il s'agit peut être d'un acquiescement du CEMA à la demande de la Marine de relever son format en frégates de premier rang, ce que n'avait pas retenu la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale 2017. L'argument de la Marine est que cela ne coûterait rien de plus puis qu'il s'agirait de conserver la solution intérimaire des frégates de classe La Fayette dont trois seront modernisées, avec une option pour les deux suivantes. Ce qui implique de les prolonger au-delà des trente années de service. Ces frégates n'appartiennent pas au premier rang mais leur présence à ce niveau permettra le lancement d'un programme de leur remplacement par des frégates de premier rang, probablement au titre de la future loi de programmation militaire (2026 – 2031 ?).

Décision en 2021, quand deux frégates de la classe La Fayette auront été modernisées ? Le chef d'état-major de la Marine nationale, l'Amiral Prazuck, envisageait une décision (pour le lancement d'un nouveau programme ?) en 2023 ou 2023 quand sera préparée la prochaine loi de programmation militaire.


10 commentaires:

  1. Les inquiétudes du Chef d'état major des armées est louables et s'inscrivent dans les préoccupations quotidienne des responsables de la Marine nationale. Un format de 20 frégates de premier - au minimum - est plus que souhaitable dans le contexte des menaces de tous ordres actuels. Il convient cependant d'imputer la dérive actuelle en matière de diminution du nombre de nos frégates, à plusieurs chef d'état major de la Marine, qui considéraient que tout allait bien, bénissant ainsi les options gouvernementales dans une période budgétaire très contrainte. Il faut donc favoriser l'augmentation du format de la flotte car c'est urgent. Merci mon général.

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    1. Madame, Monsieur,

      Bonjour, il me paraît factuellement faux d'affirmer que plusieurs chefs d'état-majors de la Marine nationale entre 2007 et 2019 aient pu se satisfaire d'une trame frégate amputée de 24 à 15 frégates de premier rang. Les échanges devant les deux chambres du Parlement entre eux et les parlementaires démontrent amplement le contraire.

      Bien cordialement,

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  2. L'intervention du général Lecointre est remarquable à plus d'un titre, j'ajouterais que l'une des préoccupations est le recrutement, la formation, l'entrainement et la fidélisation des personnels. https://www.athena-vostok.com/armee-de-terre-francaise-bilan-2019-et-perspectives-2020-2025-1

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    1. Roland,

      Bonjour et merci pour ce papier très éclairant. Le "repyramidage" va être sportif.

      Bien cordialement,

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  3. Pourquoi ne pas commander plus de frégates FDI (10 ou 15) et réserver les frégates LAFAYETTE au remplacement des frégates de surveillance.

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    1. Fusco,

      Bonjour, ce n'est pas possible dans la mesure où la prévision pluriannuelle de la LPM est probablement déjà "bouclée" mais surtout car le programme FTI, justement, rappelait combien la "chaîne frégates" avait besoin de voir son chantier et ses bureaux d'études être alimentées de manière régulière et cyclique. Les études détaillées des FDI sont plus ou moins achevées et d'ici le remplacement des FDA, il y aura matière à mettre à l'étude au moins deux nouvelles classes de frégates.

      Bien navicalement,
      Thibault LAMIDEL

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    2. Certes, mais sans grande modification les lafayette peuvent au moins permettre d'occuper l'espace maritime de notre ZEE soit en renfort des FS et ce dans l'attente de l'arrivée de nouveaux batiments. Quel est le potentiel d'années restant sur les Lafayette, de plus les missions ZEE ne nécéssitent pas un armement dernier cri.
      Mais plus généralement, il serait judicieux que les batiments en fin de potentiel ou au 2/3 de vie soient destinés à des missions qui ne justifie pas un armement au top, type ZEE, en outre cela permettrait d'accélérer la construction de nouveaux batiments de combat.
      Les avisos escorteurs étaient dépourvu de missiles (sauf MM38) mais remplissaient bien leurs missions.

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    3. Vous mettez le doigt sur une pratique très ancienne, c'est-à-dire celle conduisant à utiliser pour les "stations lointaines" les bâtiments déclassés du "premier rang" de la ligne de bataille. C'est un déclassement utilisé depuis le XIXe siècle, au plus tard.

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    4. Bonjour,
      Les FS et FLF sont malgré leurs différences deux bâtiments sensiblement de même génération (ASA 1992 pour le Floréal Vs 1995 pour le Lafayette) donc leurs obsolescences arriveront (arrivent?) dans le même créneau. De plus, la facture RH d'une FLF en outre-mer à environ 150 marins n'est pas la même qu'une FS à 90, pour les mêmes capacités utiles en ZEE. Sans compter l'infrastructure des bases navales outre-mer qui se battent déjà pour faire rentrer tous leurs bateaux à quai! Financièrement je pense que le calcul n'est pas bon, mais j'avoue ne pas être rentré dans les détails.

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  4. La question des Frégates est centrale, car l'évolution des portées de la trame missile permet d'envisager d'en faire aussi des instruments autonomes de gestion de crise, quand l'habitude prise après la guerre a été de n'en faire que des bâtiments d'escorte d'un GAN.
    A cela pourraient aussi se rajouter des drones furtifs permettant de faire de la désignation à distance voire de la frappe d'opportunité si des Remote Carrier du SCAF étaient lancés (voire récupérés) à partir des Frégates.

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