Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassĂ© Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en IndonĂ©sie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandĂ©e par l’amiral britannique Somerville, prendra part Ă  trois autres opĂ©rations visant des bases navales ennemies. AprĂšs 52 mois passĂ©s en mer, le bĂątiment rentre Ă  Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau dĂ©ployĂ© en Asie du Sud-Est l’annĂ©e suivante, le bĂątiment assistera Ă  la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





16 mars 2021

Royal Navy : l'đ˜đ˜Żđ˜”đ˜Šđ˜šđ˜łđ˜ąđ˜”đ˜Šđ˜„ đ˜™đ˜Šđ˜·đ˜Ș𝘩𝘾 et l'augmentation du nombre de tĂȘtes nuclĂ©aires

© Protocg. ModĂ©lisation en trois dimensions (Turbosquid) d'un SNLE de classe Dreadnought (4).

     AprĂšs l'allocution prononcĂ©e devant la House of Commons par le Premier minister, M. Boris Johnson (24 juillet 2019), a Ă©tĂ© publiĂ© la Global Britain in a Competitive Age:the Integrated Review of Security, Defence, Development and Foreign Policy (2021, 114 pages) qui offre un point trĂšs complet quant Ă  la doctrine nuclĂ©aire britannique depuis un certain temps. Au terme de nombreuses justifications, Londres dĂ©clare vouloir revenir sur la dĂ©cision, entĂ©rinĂ©e par la 2010 Strategic Defence and Security Review, de rĂ©duire l'arsenal Ă  180 tĂȘtes nuclĂ©aires dont 120 dĂ©ployĂ©es. « UK will move to an overall nuclear weapon stockpile of no more than 260 warheads » (p. 76). Le Royaume-Uni est la premiĂšre puissance nuclĂ©aire du TraitĂ© sur la Non-ProlifĂ©ration des armes nuclĂ©aires (TNP) a augmentĂ© - officiellement - le nombre de tĂȘtes nuclĂ©aires dĂ©ployĂ©es depuis l'apogĂ©e britannique « en plateau » (1973 - 1981) aprĂšs une dĂ©crue continue de celui-ci et l'abandon de sa composante aĂ©roportĂ©e (1993). Revirement stratĂ©gique ?

     Avant de parvenir aux considĂ©rations au sujet de l'arsenal britannique, l' « Integrated Review » traite spĂ©cifiquement du fait nuclĂ©aire. Il est Ă  remarquer que le mot « nuclear » est citĂ© 89 fois, et mĂȘme 96 fois en lui accolant « warhead » alors que « war » ne l'est que, environ 30 fois, c'est 16 fois pour« crisis » et seulement deux fois pour « warships ».

     Du point de vue de la caractĂ©risation de la scĂšne internationale, le Royaume-Uni dans ce nouveau document stratĂ©gique retient le classiquement la relation nuclĂ©aire le liant aux États-Unis d'AmĂ©rique depuis le US–UK Mutual Defense Agreement (signĂ© le 3 juillet 1958, entrĂ© en vigueur le 4 aoĂ»t 1958 et expirant le 31 dĂ©cembre 2024). Mais rappel aussi les liens particuliers forgĂ©s avec la France depuis le 18Ăšme sommet franco-britannique Ă  Chequers les 29 et 30 octobre 1995 et la coopĂ©ration nuclĂ©aire militaire menĂ©e dans le cadre les TraitĂ©s de Londres ou Accords de Lancaster House (2 novembre 2010) qui vont bĂ©nĂ©ficier d'une initiative en 2021.

     Et sont logiquement Ă©voquĂ©es les menaces : la Russie, citĂ©e 14 fois contre 11 pour les États-Unis d'AmĂ©rique et la France, est dĂ©signĂ©e comme « la menace directe la plus grave pour le Royaume-Uni » (p. 26). La Chine est identifiĂ©e comme Ă©tant un « systemic competitor » (p. 26) et la « puissance croissante de la Chine et son affirmation internationale seront probablement le facteur gĂ©opolitique le plus important des annĂ©es 2020 » (p. 26). Mais le rĂŽle de PĂ©kin est analysĂ© sous l'angle du dĂ©fi gĂ©opolitique, et donc Ă©conomique, contrairement Ă  Moscou perçue comme une menace gĂ©ostratĂ©gique.

     Dans le cadre de ce jeu de puissances nuclĂ©aires, reconnues comme les États dotĂ©s de l'arme nuclĂ©aire selon le TNP (signĂ© le 1er juillet 1968, entrĂ© en vigueur le 5 mars 1970), le Royaume-Uni dĂ©clare toujours vouloir participer Ă  la lutte contre la prolifĂ©ration des armes nuclĂ©aires, par le contrĂŽle des matiĂšres fissiles et des technologies affĂ©rentes, citant nommĂ©ment les cas de RĂ©publique populaire dĂ©mocratique de CorĂ©e et la RĂ©publique islamique d'Iran. Il ne semble pas ĂȘtre fait grand cas des États dotĂ©s de l'arme nuclĂ©aire mais non-reconnus par le TNP.

     L' « Integrated Review » caractĂ©rise mĂȘme comme Ă©tant une « a realistic possibility that state sponsorship of terrorism and the use of proxies will increase. It is likely that a terrorist group will launch a successful CBRN [NRBC] attack by 2030 ». C'est Ă  mettre en parallĂšle du discours du PrĂ©sident de la RĂ©publique. M. Jacques Chirac, prononcĂ© le 19 janvier 2006 Ă  l'Ile Longue (FOSt), oĂč celui-ci affirmait que « les dirigeants d'Etats qui auraient recours Ă  des moyens terroristes contre nous [...] doivent comprendre qu'ils s'exposent Ă  une rĂ©ponse ferme et adaptĂ©e de notre part. Et cette rĂ©ponse peut ĂȘtre conventionnelle. Elle peut aussi ĂȘtre d'une autre nature. »

Londres en retient la nĂ©cessitĂ© d' « To improve our ability to manage and de-escalate a multi-domain crisis, reflecting the increased intensity of competition from our potential adversaries and the more complex range of routes for escalation, including to nuclear coercion. The UK will run a series of national, strategic-level exercises to test resilience and our ability to navigate crises. We will actively support similar NATO and EU-NATO exercises. » (p. 72)

     Outre la volontĂ© politique affichĂ©e au service du contrĂŽle et de la limitation des armements, la Global Britain in a Competitive Age: the Integrated Review of Security, Defence, Development and Foreign Policy (2021, pp. 76-78) dĂ©clare que le Royaume-Uni revient sur la dĂ©cision entĂ©rinĂ©e par la 2010 Strategic Defence and Security Review, de rĂ©duire l'arsenal Ă  180 tĂȘtes nuclĂ©aires dont 120 dĂ©ployĂ©es. « UK will move to an overall nuclear weapon stockpile of no more than 260 warheads » (p. 76).

     L'arsenal nuclĂ©aire britannique, constituĂ© par la seule voie nationale en raison de la lĂ©gislation amĂ©ricaine instituĂ©e par l’Atomic Energy Act of 1946 (en vigueur le 30 dĂ©cembre 1945) et ne permettant plus de mener la coopĂ©ration initiĂ©e par l’'accord de QuĂ©bec, signĂ© par Winston Churchill et Franklin Roosevelt Ă  QuĂ©bec, le 19 aoĂ»t 1943, dans le cadre de la confĂ©rence militaire de QuĂ©bec (17 – 24 aoĂ»t 1943), constituĂ© une entente secrĂšte entre les États-Unis, le Canada et le Royaume-Uni pour dĂ©velopper les armes atomiques et qui excluait, de facto, la France.

Le volume de l'arsenal nuclĂ©aire britannique progressait de la 1iĂšre tĂȘte disponible en 1953 jusqu'Ă  60 en 1958. Le volume progressait, entre 1958 et 1973, de 60 Ă  500 tĂȘtes. L'apogĂ©e « en plateau » (1973 - 1981) fut suivie d'une lente dĂ©crue avec l'abandon notable de la composante aĂ©roportĂ©e (1993), laissant ce qui est nommĂ© aujourd'hui la Continuous At Sea Deterrent (CASD) qui a fĂȘtĂ© ses 50 ans en 2019.

     1958 Ă©tait aussi l'annĂ©e du US–UK Mutual Defense Agreement (signĂ© le 3 juillet 1958, entrĂ© en vigueur le 4 aoĂ»t 1958 et expirant le 31 dĂ©cembre 2024). Il permettait de retrouver la mĂȘme ampleur et intensitĂ© de la coopĂ©ration nuclĂ©aire initiĂ©e durant la DeuxiĂšme Guerre mondiale entre les États-Unis d'AmĂ©rique et le Royaume-Uni. Et c'est par voie de consĂ©quence que fut signĂ© le 1963 Polaris Sales Agreement dont la traduction nationale fut le UK Polaris programme. Il continue Ă  gouverner les Ă©changes de technologies nuclĂ©aires au sujet des tĂȘtes nuclĂ©aires, des vecteurs et des technologies sous-marines.

Et plus spécifiquement à cette composante océanique, c'est le 10 juillet 1980 que la Prime minister, Mme Margaret Tatcher, demandait, par lettre, au Président Jimmy Carter, l'acquisition par le Royaume-Uni de missiles UGM-96A Trident I (C4) à partir des dispositions du 1963 Polaris Sales Agreement. En mars 1982, Mme Margaret Tatcher négociait un ajustement avec le Président Ronald Reagan vis-à-vis de l'accord obtenu du Président Jimmy Carter, à savoir que Londres puisse acquérir des MSBS UGM-133 Trident II et y participer. Et c'était le 12 mars 1982 que le gouvernement Tatcher déclarait que Londres rejoignait le programme Trident avec l'acquisition de 65 missiles Mer-Sol Balistiques Stratégiques (MSBS ou Submarine-Launched Ballistic Missiles (SLBM).

Ils doivent ĂȘtre mis en Ɠuvre et soutenus dans le cadre d'un « pool », partagĂ© avec les SNLE amĂ©ricains, Ă  la Naval Submarine Base Kings Bay oĂč devront se rendre les SNLE britanniques pour embarquer, dĂ©barquer et entretenir leurs missiles.

Mais il fallait attendre la mise sur cale des SNLE de classe Vanguard (HMS Vanguard (1993 - 2033 ?), HMS Victorious (1995 – 2035 ?), HMS Vigilant (1996 – 2036 ?), HMS Vengeance (1999 – 2039 ?) pour que les accords amĂ©ricano-britanniques au sujet du MSBS UGM-133 Trident II puissent s'appliquer.

© David Coleman. « BritishNuclear Weapons Stockpile, 1953-2013 ».

     Il Ă©tait alors question que chacun des quatre SNLE embarque 128 tĂȘtes nuclĂ©aires (soit 8 tĂȘtes sur chacun des 16 UGM-133 Trident II), comme l'avait dĂ©clarĂ© le gouvernement britannique en 1982. Mais dĂšs la dĂ©claration du secrĂ©taire d'État Ă  la DĂ©fense, Malcolm Rifkind, de novembre 1993, comme quoi les Vanguard (4) n'embarquerait finalement que 96 tĂȘtes nuclĂ©aires (soit 6 par MSBS).

La 1998 Strategic Defence Review, Londres dĂ©clarait vouloir maintenir moins de 200 tĂȘtes nuclĂ©aires dĂ©ployĂ©es,  ce qui se rĂ©sumait alors uniquement Ă  celles embarquĂ©es Ă  bord des MSBS des SNLE de classe Vanguard (4). Il Ă©tait affirmĂ© que le nombre de tĂȘtes nuclĂ©aires embarquĂ©es sur les Vanguard (4) Ă©tait de 48 tandis, rĂ©parties sur 12 MSBS. Le gouvernement de Sa TrĂšs Gracieuse MajestĂ© d'observer alors dans le document que si, par rapport aux SNLE de classe Resolution (4) embarquant des MSBS Polaris, le nombre de tĂȘtes Ă©tĂ© rĂ©duit de 96 Ă  48, la puissance de feu n'Ă©tait rĂ©duite que du tiers. 

Le nombre total de tĂȘtes Ă©tait alors de 240 et il remonta Ă  280 tĂȘtes dĂšs 2000 pour s'Ă©tablir ainsi jusqu'en 2005 avant de rester Ă  un plateau Ă  225 tĂȘtes nuclĂ©aires jusqu'en 2013.

La 2010 Strategic Defence and Security Review rĂ©duisait la dotation de chaque SNLE Ă  seulement 40 tĂȘtes nuclĂ©aires disposĂ©es sur 8 missiles, soit 5 tĂȘtes par MSBS, ce qui faisait paradoxalement augmenter le nombre de tĂȘtes par missile de 4 Ă  5. Le nombre de tĂȘtes nuclĂ©aires dĂ©ployĂ©es ne pouvait donc pas excĂ©der 120 et le nombre total de tĂȘtes nuclĂ©aires de l'arsenal britannique devait progressivement tomber Ă  180 tĂȘtes au milieu des annĂ©es 2020.

Le nombre total de tĂȘte avait dĂ©jĂ  chutĂ© Ă  215 en 2016.

     Le programme Trident renewal fut engagĂ© par le Prime minister, M. Tony Blair, le 4 dĂ©cembre 2006 avec l'hypothĂšse, longtemps Ă©tudiĂ©, de rĂ©duire le format de trois Ă  quatre SNLE, permettant parallĂšlement de rĂ©duire le nombre total de tĂȘtes nuclĂ©aires de 180 Ă  160, avec probablement une rĂ©duction simultanĂ©e et proportionnelle du nombre de tĂȘtes nuclĂ©aires dĂ©ployĂ©es Ă  un volume ayant pu ĂȘtre compris entre 80 et 96 tĂȘtes nuclĂ©aires. Le 18 juillet 2016, la House of Commons se prononçait trĂšs largement en faveur du renouvĂšlement de la composante ocĂ©anique, avec 472 voix pour - dont 140 de l'opposition du Labour - et 117 contre, sur la base d'un format Ă  quatre SNLE.

Dans la droite lignĂ©e du 1963 Polaris Sales Agreement, le programme Successor devant permettre les conception et construction des futurs SNLE de la classe Dreadnought (HMS Dreadnought (2033 – 2073 ?), HMS Valliant (2035 – 2075 ?), HMS Warspite (2036 – 2076 ?), HMS King George VI (2039 – 2079 ?) Ă  partir des Ă©changes technologiques avec les États-Unis d'AmĂ©rique au sujet des technologies sous-marines, dont le rĂ©acteur nuclĂ©aire, du systĂšme d'arme dissuasion, et dont le fameux Common Missile Compartment (CMC) et les futurs UGM-133A Trident IID5 LE (Life Extension).

     Le 25 fĂ©vrier 2020, le gouvernement de Sa Gracieuse MajestĂ© publiĂ© une dĂ©claration par laquelle il faisait savoir que les tĂȘtes nuclĂ©aires seraient remplacĂ©es, parallĂšlement au dĂ©veloppement de la tĂȘte nuclĂ©aire amĂ©ricaine W93, en reprenant une partie de ses composants, et que celle-ci s'intĂ©grerait dans la dans la future coque aĂ©rodynamique amĂ©ricaine Mk7. Ce sera la premiĂšre tĂȘte nuclĂ©aire conçue au Royaume-Uni depuis trente ans et l'Holbrook, l'adaptation britannique de la W76.

Il est Ă  remarquer qu'il y a eu un certain revirement britannique au sujet des tĂȘtes nuclĂ©aires puisque aprĂšs avoir cĂ©dĂ© le contrĂŽle capitalistique de l'Atomic Weapons Establishment (AWE) Ă  u consortium gĂ©rĂ© et exploitĂ© par Lockheed Martin, dans le cadre d'un accord qui devait durer jusqu'en 2025. Avec une certaine continuitĂ© avec les nouvelles orientations industrielles du prĂ©cĂ©dent gouvernement de Theresa May, le secrĂ©taire Ă  la DĂ©fense, M. Ben Wallace, dĂ©clarait dans une dĂ©claration au Parlement que le gouvernement de Boris Johnson nationalisait l'AWE qui deviendra un organisme indĂ©pendant appartenant Ă  100% au ministĂšre de la DĂ©fense. Et il Ă©tait prĂ©vu que ce nouvel arrangement devait ĂȘtre mis en place d'ici juin 2021.

Et dans cette perspective qu'il s'agit d'apprĂ©cier la coopĂ©ration nuclĂ©aire franco-britannique initiĂ©e dans le cadre les TraitĂ©s de Londres ou Accords de Lancaster House (2 novembre 2010) qui vont bĂ©nĂ©ficier d'une initiative en 2021. L'exĂ©cution des TraitĂ©s de Londres portait, notamment, sur le programme commun Technology  Development  Centre (TDC) Ă  travers les  deux volets de Teutates dont la mise en route du troisiĂšme axe devrait ĂȘtre prononcĂ©e en 2022.

     Et donc la Global Britain in a Competitive Age: the Integrated Review of Security, Defence, Development and Foreign Policy (p. 76) professe l'Ă©lĂ©vation de l'arsenal nuclĂ©aire britannique des 215 tĂȘtes de 2016 jusqu'Ă  moins de 260 tĂȘtes nuclĂ©aires Ă  l'horizon 2030. Et Londres de dĂ©clarer qu'il s'agira, notamment, de prĂ©server les compĂ©tences scientifiques, technologiques et industrielles par cet effort, ce qui peut surprendre mais peut ĂȘtre assimilĂ© Ă  ce qui s'Ă©tait produit sur la pĂ©riode 2000 - 2005 avec une brĂšve remontĂ©e du nombre total de tĂȘtes, sans affecter le nombre de tĂȘtes nuclĂ©aires dĂ©ployĂ©es.

Mais c'est une justification, presque oratoire, qui accompagne le document affirmant bel et bien :

« En 2010, le gouvernement a dĂ©clarĂ© son intention de rĂ©duire le plafond global de nos stocks d'ogives nuclĂ©aires de 225 au maximum Ă  180 au plus d'ici le milieu des annĂ©es 2020. Cependant, compte tenu de l'Ă©volution de l'environnement de sĂ©curitĂ©, y compris de la gamme croissante de menaces technologiques et doctrinales, cela n'est plus possible, et le Royaume-Uni passera Ă  un stock global d'armes nuclĂ©aires ne dĂ©passant pas 260 ogives. »

Le lien avec les exigences opĂ©rationnelles devant dimensionner la composante ocĂ©anique de la dissuasion britannique, notamment sa capacitĂ© de destruction et, implicitement, le nombre de cibles pouvant ĂȘtre traitĂ©es aprĂšs pĂ©nĂ©tration des dĂ©fenses adverses, est explicitement Ă©crit. Pour la premiĂšre fois depuis 1993 le Royaume-Uni va augmenter le nombre de tĂȘtes nuclĂ©aires dĂ©ployĂ©es. Les futurs SNLE de classe Dreadnought (4) auront un pont missile fort de 12 tubes lance-missiles. En supposant que les futurs UGM-133A Trident IID5 LE (Life Extension) puissent embarquer 8 tĂȘtes nuclĂ©aires sur chaque missile, la dotation maximale par sous-marins embarquant la totalitĂ© de ses 12 missiles serait de 96 tĂȘtes nuclĂ©aires, soit un potentiel thĂ©orique de 288 tĂȘtes nuclĂ©aires, dont un tiers sur le SNLE en permanence Ă  la mer.

Par ailleurs, ce nombre de moins de 260 tĂȘtes nuclĂ©aires pourrait aussi faire rĂ©fĂ©rence au nombre maximum de tĂȘtes nuclĂ©aires pouvant ĂȘtre embarquĂ© sur deux bateaux en patrouille, Ă  savoir 8 tĂȘtes par MSBS, Ă  raison de 12 missiles par SNLE. Cela exigerait 192 tĂȘtes nuclĂ©aires dĂ©ployĂ©es sur un total infĂ©rieur Ă  260. Cette perspective interroge quant Ă  un renforcement du volume de feu dĂ©ployĂ© en permanence et pouvant ĂȘtre renforcĂ© Ă  l'occasion d'une crise, assurant par quelques moyens de communication que ce soit, d'assurer l'adversaire d'une dĂ©termination au coĂ»t doublĂ©. Sans compter l'interrogation au sujet du devenir du troisiĂšme SNLE, si jamais il pouvait s'ajouter aux deux premiers lors d'une crise aggravĂ©e. C'est ce qui est questionnĂ© en creux, aussi, par cette dĂ©claration d'augmentation du nombre de tĂȘtes nuclĂ©aires.

Mais en se rĂ©fĂ©rant au prĂ©cĂ©dent format arrĂȘtĂ© (180 tĂȘtes au total dont 120 dĂ©ployĂ©es), il s'agirait de considĂ©rait que le nombre de tĂȘtes dĂ©ployĂ©es remontera soit progressivement sur les Vanguard (4), soit brutalement Ă  partir de l'entrĂ©e en service de chacun des Dreadnought, de 120 Ă  170 tĂȘtes nuclĂ©aires dĂ©ployĂ©es. Il est arbitraire de retenir le mĂȘme « volant de gestion » mais il s'agit de considĂ©rer que les Britanniques devront gĂ©rer la fin de service des Holbrook, l'adaptation britannique de la tĂȘte nuclĂ©aire W76, et l'introduction de l'adaptation de la W93 dans les annĂ©es 2030, les deux parcs de tĂȘtes nuclĂ©aires cohabitant dans les annĂ©es 2030.

     Il y a l'inconnu de la diffĂ©renciation du nombre de charges pour chacun des MSBS. La France avait annoncĂ© adopter cette disposition opĂ©rationnelle pour ses SNLE, Ă  l'occasion du discours du PrĂ©sident de la RĂ©publique. M. Jacques Chirac, prononcĂ© le 19 janvier 2006 Ă  l'Ile Longue (FOSt).

Aux États-Unis, la Nuclear Posture Review 2018 postulait le besoin avĂ©rĂ© d'une arme nuclĂ©aire de faiblesse puissance (« low-yield nuclear weapon ») dont la finalitĂ© opĂ©rationnelle serait des frappes anti-forces et anti-structures durcies ou enterrĂ©es dans la perspective d'une guerre dite « rĂ©gionale ». Plus prĂ©cisĂ©ment, il s'agirait d'une rĂ©ponse Ă  l'Ă©volution de la doctrine nuclĂ©aire russe suspectĂ©e ou clairement accusĂ©e selon les protagonistes d'avoir abaissĂ© le seuil d'utilisation de l'arme nuclĂ©aire par la « doctrine d'escalade et de dĂ©sescalade » dont l'existence mĂȘme fait l'objet d'Ăąpres dĂ©bats.

La W76 mod. 2 (W76-2) fut mise Ă  l'Ă©tude dĂšs 2018. Dans la littĂ©rature ouverte, il est dit que sa puissance nominale serait comprise entre 5 et 7 Kt, contre 90 Kt pour la W76-1. Puissance rĂ©duite et non pas rĂ©glable. L'annĂ©e 2019 aurait vu la mise en production par Pantex Ordnance Plant de la W76-2 Ă  raison de 50 exemplaires. La premiĂšre - First Production Unit (FPU) - serait sortie de la chaĂźne dĂšs fĂ©vrier 2019 et les derniĂšres auraient Ă©tĂ© livrĂ©es en septembre 2019. La nouvelle venue aurait Ă©tĂ© dĂ©clarĂ©e opĂ©rationnelle la mĂȘme annĂ©e.

Il est Ă  supposer que le Royaume-Uni adopte une telle disposition, notamment car l' « Integrated Review » souhaite « amĂ©liorer notre capacitĂ© Ă  gĂ©rer et Ă  dĂ©samorcer une crise multi-domaines [dans] la gamme plus complexe de voies d'escalade, y compris vers la coercition nuclĂ©aire. » (p. 72) Et une « frappe d'ultime avertissement », pour reprendre le vocable de la doctrine nuclĂ©aire française, peut ĂȘtre un moyen de rĂ©tablir la dissuasion nuclĂ©aire. Tout du moins, c'est l'une des comprĂ©hensions possibles pour contrer, avec un moyen extrĂȘme, un chantage nuclĂ©aire.

     C'est pourquoi il est proposĂ© ici de considĂ©rer que ce relĂšvement du nombre de tĂȘtes nuclĂ©aires britanniques signifie obligatoirement l'augmentation du nombre de tĂȘtes nuclĂ©aires dĂ©ployĂ©es puisque c'est clairement Ă©noncĂ© et que cela entraĂźnera probablement une augmentation du nombre de missiles embarquĂ©s, Ă  10 ou 12, notamment pour probablement dans les prochaines annĂ©es embarquer des missiles Ă  chargement diffĂ©renciĂ©. Et cette augmentation ne semblerait pouvoir se faire qu'au terme de la phase de production des tĂȘtes nuclĂ©aires devant prendre la succession des Holbrook car il est douteux que ces derniĂšres soient en nombre suffisant pour permettre une brusque ou progressive montĂ©e en puissance, mĂȘme en considĂ©ration une optimisation nouvelle du parc de gestion. À la maniĂšre de la transition Resolution-Vanguard, entre Polaris et Trident, la mesure ne deviendrait pleinement effective que durant la dĂ©cennie 2030.

     Il n'en demeure pas moins qu'une lecture de l' « Integrated Review » peut sembler dĂ©signer la Russie par son attitude agressive et rĂ©visionniste sur la scĂšne internationale, certes partiellement en rĂ©ponse Ă  certains revirements des États-Unis. Cependant, c'est bien la RĂ©publique Populaire de Chine qui semble, aux dires de nombre d'analyses, augmenter elle-aussi, sans le reconnaĂźtre officiellement, le volume de son arsenal nuclĂ©aire, rien que par le nombre de vecteurs.

 

2 commentaires:

  1. Nos amis anglais reprennent gout au grand large et BJ n entend plus baisser la garde y aurait t il du Churchill dans cet homme la !!!

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  2. Mais comment déployer une "petite" bombe quand chaque missile en déploie 8.
    Et puis chaque tir signe quand mĂȘme la position du sous-marin.

    Le Royaume-Uni va t il préparer d autres vecteurs (au sol? Aero? SNA).

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