Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





07 mars 2021

Marine nationale : trois bâtiments collecteurs de renseignement (1977 - 2006)

© Thales.

     La Loi de Programmation Militaire (LPM) 2019 - 2025 comprend le programme Bâtiment Léger de Surveillance et de Reconnaissance ou de recueil de Renseignement (BLSR) dont l'ambition est qu'il puisse compléter le Bâtiment d'expérimentations et de mesures (BEM) Dupuy de Lôme (2006 – 2036 ?) afin que celui-ci soit en priorité engagée au profit de la veille stratégique. Ce dernier est d'ores et déjà le troisième Auxiliary General Intelligence (AGI) ou bâtiment collecteur de renseignement armé par la Marine nationale depuis 1977. 

 

Bâtiment d'Expérimentation Berry (1977 - 1999)

     Le premier fut le Berry (1964 – 1999). Il s'agissait d'un cargo civil mis sur cale le 30 novembre 1957 et lancé le 10 mai 1958 chantier Roland Werft (Brême). Long de 86,7 mètres pour un maître-bau de 11,6 mètres, il déplaçait 3 000 tonnes à pleine charge. Baptisé Médoc, il était armé pour le commerce au profit de la compagnie maritime et charbonnière Worms. Désarmé le 14 juillet 1964.

Il est inspecté par une commission d'achat de la Marine nationale le 24 septembre 1964 afin d'étudier la possibilité de le transformer en bâtiment frigorifique. Racheté par la Marine nationale le 26 novembre 1964. Transformé une première fois, il devenait au terme de neuf mois de travaux le Transporteur-Ravitailleur (TR) Berry afin d'œuvrer aux besoins logistiques du Centre d'expérimentation du Pacifique (CEP) entre 1965 et 1973, aux côtés des autres TR : les Aunis (1965-1970) et l'Anjou (1958 - ?).

     Le Berry revenait à Toulon le 2 octobre 1973. Il était question de le placer en réserve spéciale A. Une commission d'expertise visite le bâtiment jusqu'au 20 octobre 1973. L'avis est favorable à l'entreprise de travaux de refonte et les travaux débutaient en 1974. Au terme de ceux-ci, le Berry reprenait le service, le 19 mai 1977, en tant que « Bâtiment d'Expérimentation » (BE), comme avait pu l'être également l'Aunis au profit du programme Cormoran II. Le déplacement à pleine charge était réduit à 2 700 tonnes.

Faute d'expérimenter des sonars, le BE Berry embarquait le système MINREM (Moyens INterarmées de Renseignements Electromagnétiques) : ensemble de matériels pour l' interception et la goniométrie des transmissions radioélectriques et électroniques. Le BE Berry sera employé en mer de Barrents, en mer Méditerranée et jusqu'en Mer Noire, dans la région du golfe Arabo-persique pour le compte du Centre d'exploitation du renseignement militaire (CERM).

Il est désarmé le 4 février 2000 et coulé en tant que cible le 11 juin 2001, au large de la Bretagne.

 

© Marine nationale. Mission en mer de Barents en mai 1986 : le  Berry se retrouve au large de Mourmansk et de Kola, de conserve avec la frégate Tourville et le pétrolier-ravitailleur Durance.


 

Bâtiment d'Expérimentations Bougainville (1999 - 2005)

     Le Bâtiment de Transport et de Soutien (BTS) Bougainville fut commandé pour le compte de la DIRection des Centres d'Expérimentation Nucléaires (DIRCEN) afin qu'il puisse mener des missions logistiques à son profit, notamment le transport Tahiti - Hao - Mururoa - Fangataufa. Outre son équipage de 52 à 55 marins, ses capacités en logements permettaient l'accueil de 55 personnes supplémentaires.

La construction des premières tôles débutait le 28 janvier 1986 aux chantiers Dubigeon (Nantes). La coque était lancée le 3 octobre 1986. Et ce sera le dernier lancement des chantiers Dubigeon (1760 - 1987). Le futur bâtiment était achevé aux Chantiers de l'Atlantique (Saint-Nazaire). Il était admis au service actif le 25 juin 1988.

     Le remplacement du Bâtiment d'Expérimentation Berry fut étudié dès 1983. Mais il apparaissait dès 1996 que le devis de la solution technique répondant au besoin opérationnel dépassait très largement les ressources disponibles. Le dossier d’orientation ne fut pas approuvé. La DGA et les états-majors imaginèrent une solution intermédiaire : la transformation du Bougainville.

     Le Bougainville bénéficiait d'une nouvelle IPER et simultanément d'une refonte dite « OCEN » (Opération de Continuité des Ecoutes Marine) à Lorient (décembre 1998 - juillet 1999) afin de servir comme « Bâtiment d'Expérimentation » au profit de la DRM. Les deux chantiers (IPER et refonte) auraient coûté la somme de 333 millions de francs (1998), soit 68 millions d'euros en données converties en euros et corrigées de l'inflation (décembre 2020).

Son aménagement intérieur radicalement modifié afin de recevoir sa « charge utile » : il héritait du Berry le système MINREM (Moyens INterarmées de Renseignements Electromagnétiques) et bénéficiait de l'installation d'un détecteur de radar ARBR-16 B radar, d'un intercepteur ARBG-2 C MAIGRET. Un intercepteur-goniomètre des émissions radioélectriques dans la gamme H/V/UHF, était monté en tête de mât. Des systèmes de transmissions par satellite INMARSAT et SYRACUSE II étaient installés.

Et il fut affecté à Toulon en octobre 1999 pour cette nouvelle mission. Outre son équipage de 29 marins, il pouvait désormais accueillir 30 spécialistes et techniciens de la DRM à bord. Il navigua dans les mêmes zones d'opérations que le Berry et fut même déployé, dès octobre 2001, en marge de l'opération Héraclès (1er décembre 2001 – 2 mai 2002). Il mènera cette mission jusqu'à fin 2005.

     La LPM (1997 - 2002) inscrivait à la programmation une dépense de 51 millions d'euros (2002), soit 65 millions d'euros en données corrigées de l'inflation (décembre 2020, afin de moderniser la « charge utile » reçue (selon l'avis n°230 sur le projet de loi de finances 2003 par le député Yves Fromion) en 2001 du Bougainville. Il s'agissait d'assurer la soudure avec la livraison du successeur alors prévue pour la fin 2005.

     Il redevenait le Bâtiment de Transport et de Soutien (BTS) Bougainville début 2006. Il était désarmé et placé en réserve le 29 mai 2009.

 

© Guillaume Rueda. Le Bougainville à quai à Toulon (juin 2003).

 

Bâtiment d'Expérimentations et de Mesures Dupuy de Lôme (2006)

     Le Livre blanc sur la Défense 1994 accordait une place et une priorité particulière aux moyens de renseignement. Le futur remplaçant du Bâtiment d'Expérimentation Bougainville devait appartenir à la composante du système de forces C3R (Commandement, Conduite des opérations, Communication et Renseignement).

En 1996, le dossier d’orientation non-approuvé semblait correspondre à une solution technique consistant dans la mise à l'étude d'un bâtiment collecteur de renseignements spécifiquement conçu pour cette mission. Le rejet de la solution technique proposée provoquait un changement profond quant aux rationalités de gestion du programme afin de distinguer la plateforme de sa « charge utile ».

Toutes les spécificités militaires non-indispensables furent supprimées et le besoin opérationnel a été réduit au strict nécessaire. Le cahier des charges du porteur de la « charge utile » ne contenant plus de normes militaires, il était donc possible de concevoir la future plateforme selon les normes marchandes (normes SOLAS, avec certificat de navire à passagers) : sa construction pouvait être confiée à un chantier civil national, voire européen.

Cela répondait directement à la problématique des ressources disponibles car il a été estimé que le coût de la plateforme pouvait être réduit de moitié.

Par ailleurs, et toujours quant à la gestion du programme : le futur maître d'œuvre ne serait plus le chantier naval concepteur et constructeur de la plateforme. Il s'agira de l'électronicien, concepteur et intégrateur de la future « charge utile », qui recevra la responsabilité de la conduite du programme.

     Le 14 janvier 2002, Thales Naval France (ex-Thomson CSF) était retenu par le Service des Programmes Navals (SPN) de la DGA, à l’issue d’une compétition particulièrement disputée face à EADS, pour assurer la maîtrise d’œuvre du programme MINREM (Moyen Interarmées Navalisé de Renseignement d’origine Electro Magnétique). La société DCN n'avait pas souhaité s'impliquer dans le programme.

Le coût annoncé du programme, en 2002, était de 122,3 millions d'euros, soit 157 millions d'euros en données corrigées de l'inflation (décembre 2020), dont un contrat de maintien en condition opérationnelle d'une durée de cinq années (20 millions d’euros (2002), soit 26 millions d'euros en données corrigées de l'inflation (décembre 2020) pour un bâtiment devant demeurer disponible 350 jours par an. La LPM (2003 - 2008) retenait un objectif de livraison du successeur du Bâtiment d'Expérimentation Bougainville en 2006.

L'architecture de conduite du programme par Thales Naval France était la suivante :

  • Thales Naval France assurera la maîtrise d’œuvre d’ensemble (gestion du projet, ingénierie d’ensemble, intégration fonctionnelle et essais d’acceptation en usine et à la mer) ; 
  • Thales Communications assurera la maîtrise d’œuvre de la charge utile qui recouvre l’ensemble des moyens électroniques (COMINT et ELINT) ainsi que le système d’information réalisant l’exploitation du Renseignement et les moyens de communications internes et externes ; 
  • Thales Systèmes Aéroportés fournira la composante ELINT d’interception, d’écoute et d’analyse des signaux électromagnétiques.

La Compagnie Nationale de Navigation, par sa filiale Compagnie Maritime Nantaise, assurera la fourniture de la plate-forme, qui sera réalisée aux Pays-Bas, l’intégration de la charge utile et le soutien étant ensuite effectués en France par Thales.

     En ce qui concerne la plateforme, il fut proposé à l'État que le chantier hollandais Royal Niestern Sander se charge de ses conception et construction. Les travaux d'intégration de la « charge utile » seront menés en France. Le maintien en condition opérationnelle du navire sera également effectué sur le sol français. MN a assuré le soutien logistique initial et l’exploitation du navire durant la phase d’intégration des équipements spécifiques avant sa livraison à la Marine Nationale.

Le futur BEM Dupuy de Lôme était présenté comme devant être d’une longueur de 100 mètres, pourvu d'un système de stabilisation, doté d'une propulsion permettant de marcher jusqu'à 16 nœuds par mer force 3 et 10 nœuds par mer force 6. Il devait pouvoir embarquer 108 personnes dont un équipage de 30 marins. Le bâtiment est apte au ravitaillement à la mer et par hélicoptères. Et la plateforme est conçue pour une durée de vie de 30 ans, bénéficiant de de réserves architecturales pour soutenir des modernisations.

     En ce qui concerne la « charge utile », elle était indiquée pour avoir une durée de vie de 15 ans et que son porteur puisse soutenir des « extensions de capacité importantes ». Le caractère ouvert de l’architecture retenue assure au système une grande évolutivité sur la durée de vie. L’expérience du renseignement acquise par Thales grâce à ses collaborations antérieures avec la DRM et les Armées lui a permis d’opérer des choix techniques qui assurent à court et moyen terme au MINREM l’interopérabilité avec les autres systèmes de recueil de données électromagnétiques de la DRM.

Thales Communications a conçu le système d'information qui exploitera les données recueillies par les moyens de la « charge utile » et exploitées par des applications spécifiques à partir d'une base de données Oracle, à laquelle s'ajoute un service de messagerie et une gestion documentaire basée sur Lotus Notes. Les données sont envoyées au Centre de formation et d'emploi relatif aux émissions électromagnétiques (Creil) via SYRACUSE. La « charge utile » comprend :

  • des communications relayées par satellite par un intercepteur de-goniomètre de transmissions par satellites (2008) ; 
  • des radiocommunication UHF, VHF, HF, MF et LF, entre 30 KHz et 100 GHz par un  intercepteur-goniomètre de transmissions Egide Naval.

Les spécifications du logiciel furent établies au second semestre 2002. Sa réalisation devait être d'une année et bénéficier de travaux d'intégration au sol puis à bord du bâtiment afin d'être opérationnel fin 2004. Le système de gestion de la maintenance par ordinateur (GMAO) du bord a été conçu en parallèle et est isolé du premier. Le coût annoncé de ces deux systèmes était de 8 millions d'euros, soit 10 millions d'euros en données corrigées de l'inflation (décembre 2020).

     Le futur Dupuy de Lôme (2006 – 2036 ?) fut mis sur cale le 1er décembre 2002 au chantier Royal Niestern Sander à Delfzijl (Pays-Bas). Sa coque était mise à flot le 27 mars 2004. Après les essais constructeurs, il rejoignait Seyne-sur-Mer le 3 janvier 2005 afin de bénéficier des travaux d'intégration et d'installation de la « charge utile ». Ceux-ci comprenaient l'intégration d'un centre d'écoute placé à bord au sein d'une cage de Faraday. Il a été livré le 22 décembre 2005 à la DGA. Il était admis au service actif le 23 juin 2006.

     Le Dupuy de Lôme (2006 – 2036 ?) mesure 101,75 mètres pour un maître-bau de 15,85 mètres et un tirant d'eau de 4,9 mètres. Son déplacement lège est donné pour 3 100 tonnes. Le déplacement à pleine charge lors de sa mise en service était indiqué pour 3 600 tonnes. Son déplacement maximal en fin de vie est prévu pour 4 000 tonnes.

Des installations aéronautiques développées furent envisagées plus tôt dans le programme mais celles-ci furent abandonnées et réduites à une plateforme aéronautique pour les VERTREP (VERTical REPlenishment) ou ravitaillement vertical. Une grue, en tant que moyen de manutention, se situe à l'avant de cette plateforme aéronautique.

Sa propulsion est assurée par deux moteurs diesels Mak 9M25 (2 x 3005 kW) délivrant leur puissance à deux lignes d'arbre, lui permettant d'atteindre une vitesse maximale de 16 nœuds. L'usine électrique s'appuie sur deux diesels alternateurs Caterpillar 3512 B (2 x 1360 kW) et deux alternateurs attelés (2 x 1150 kW). Il possède deux propulseurs d'étrave.

Son équipage se compose de 30 marins alternant à bord selon le système à deux équipages permettant une activité opérationnelle de 240 jours par an. Les capacités en logements permettraient d'embarquer un maximum de 108 personnes dont 78 spécialistes. Ceux-ci se répartissent entre 33 spécialistes affectés à bord et, selon les missions, 38 spécialistes supplémentaires. L'autonomie en vivres est indiquée pour 70 jours.

Ses capacités d’auto-défense sont limitées à deux mitrailleuses de 12,7 mm, auxquels peuvent s’ajouter l’installation de deux affûts SIMBAD (Système Integré de Mistral Bitube d'Auto-Défense) pour missiles MISTRAL (MISsile TRAnsportable Anti-aérien Léger) par l’entremise de deux réserves dédiées ) cet effet.


1 commentaire:

  1. Il nous faudrait 3 ou 4 navires de ce genre pour être correctement informés (le coût unitaire de la coque n'est pas très important, ce qui compte c'est l'électronique embarquée). De plus ce pourrait être un produit d'exportation

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