Les @mers du CESM


Les @mers du CESM - 19 avril 1944 :

Le cuirassé Richelieu participe au bombardement de Sabang, base japonaise en Indonésie. Le navire français, ayant rejoint l’Eastern Fleet commandée par l’amiral britannique Somerville, prendra part à trois autres opérations visant des bases navales ennemies. Après 52 mois passés en mer, le bâtiment rentre à Toulon le 1er octobre 1944. À nouveau déployé en Asie du Sud-Est l’année suivante, le bâtiment assistera à la capitulation du Japon dans la rade de Singapour le 23 septembre 1945.





mardi 14 janvier 2020

Deutsche Marine : Next Generation Frigate ou F127

© Deutsche Marine.
Le capitaine de la frégate Andreas Uhl, officier sur la défense anti-missile balistique de la division plans et politiques de l'état-major (Rostock) de la Deutsche Marine depuis 2015, représentant pour la phase de pré-analyse de la F127, commettait un article au profit du numéro de janvier 2020 de la Marine forum, revue de Marine-Offizier-Vereinigung e. V. (MOV) ou Association des officiers de Marine, qui est republié en ligne ce 13 janvier 2020 avec une esquisse de la F127 datée du mois de juin 2019. Les dates de parution interpellent puisque le nom de l'appel d'offres pour le programme MehrzweckKampfSchiff klasse 180 (MKS180) pour Damen tombait aussi le 13 janvier 2020 tandis que cet opportun point sur le programme F127 permet d'apprécier l'alignement des calendriers allemand et hollandais pour le remplacement de leurs frégates de défense aérienne respectives.

Les actuelles frégates de défense aérienne de la classe De Zeven Provinciën (programme LCF) sont les HNLMS De Zeven Provinciën (2002), HNLMS Tromp (2003), HNLMS De Ruyter (2004) et HNLMS Evertsen (2005). Le système de défense aérienne (radars Active phased array radar (APAR), S1850 SMART-L et systèmes associés) de ces frégates fut conçu en partenariat avec l'Allemagne dans le cadre du programme Luchtverdedigings- en CommandoFregat (LCF) à partir duquel fut mis au point les frégates F124 de la classe Sachsen (Sachsen (2003), Hamburg (2004), Hessen (2006) et Thüringen (option non-affermie) pour la Deutsche Marine.

Le renouvellement de la ligne de bataille allemande est d'ores et déjà bien entamée par les programmes de corvettes K130 (5 + 5), de frégates F125 (4) et F126 (4 + 2) auxquels s'ajouteront les futures frégates F127 quand elles assureront la succession des F124. Le capitaine de la frégate Andreas Uhl propose même de distinguer les F125 et F126 (MKS180) des futures F127 car les premières sont des capacités projetables dans la durée dédiées à la gestion de crise tandis que les futures frégates de défense aérienne sont pensées comme la manifestation de la participation de la Deutsche Marine à la défense territoriale de l'Allemagne avec en sus une possible contribution aux capacités de l'Alliance atlantique en matière de lutte contre les missiles balistiques.

Le deuxième point très intéressant du programme, outre qu'il a été baptisé dans un premier temps Nex Generation Frigate, est que l'auteur indique dans son papier qu'il n'a pas été lancé directement par la Deutsche Marine mais par le bureau de planification du ministère fédéral de la Défense. Cela manifesterait deux choses : la première est l'importance interministérielle du projet ; la deuxième est que l'organisation ainsi arrêtée aurait permis l'économie de 12 à 18 mois dans l'analyse préliminaire. Les protagonistes de l'affaire qui mêle PlgABw, BAAINBw, CIR, MarKdo, BAIUDBw sont rassemblés dans une équipe de projet intégrée dès le lancement du programme et non pas à une échéance plus lointaine comme pour d'autres procédures plus classiques.

L'Inspecteur de la Marine approuvait le concept de „Territoriale Flugkörperabwehr“ (Défense territoriale contre les missiles) au plus tard au début du mois de juillet 2018. L'équipe de projet intégrée recevait un mois plus tôt, en juin 2018, la commande de la première étude (juin 2018) soumettait un concept opérationnel préliminaire approuvait par l'état-major de la Deutsche Marine en avril 2019.

Le besoin opérationnel ne se contente pas de débuter les travaux devant permettre d'assurer la succession des frégates de la classe Sachsen (F124) nombre pour nombre car le capitaine de frégate Andreas Uhl précise de sa plume que l'objectif opérationnel est la disponibilité permanente de deux bâtiments pour assurer la défense aérienne d'un groupe naval constitué et pour contribuer à la défense antimissile territoriale dans le cadre de la sécurité intérieure et de la défense nationale mais également à la défense antimissile balistique de l'OTAN. D'où une cible programmatique de six frégates, contre quatre pour l'ancien programme LCF/F124 dont seulement trois furent mises sur cale.

Cette présentation officielle quant à la conception des futurs bâtiments met en avant comme point d'orgue de leur architecture le système de lancement vertical pour lequel tout reste à choisir : lanceurs comme missiles. L'esquisse datée de juin 2019 affichait un niveau d'ambitions conséquent : 11 lanceurs octuples, soit 88 silos contre 32 pour les F124. Les cinq premières frégates seront aptes à des interception en bas et haut endo-atmosphérique jusqu'à 100 km d'altitude. La sixième frégate sera éventuellement conçue et adaptée matériellement pour des interceptions extra-atmosphérique, dépassant les 100 km d'altitude, si une telle décision politique était prise. D'où des considérations pour les missiles SM-3 et SM-6 mais également pour European Midcourse Interceptor" basé en mer ( sEMDI), voire même un missile à statoréacteur de conception nationale. La question est étudiée par le „HF133 –Flugkörper für maritime Luftverteidigung“.

Le reste des systèmes d'arme embarqués au titre des batteries des futurs bâtiments comprendront, dans l'esprit des architectes actuels du projet, des RAM Block II aussi bien que des ESSM Block II pour la défense à courte et moyenne portée. Deux options matérielles se distinguent dans cette perspective : la volonté d'intégrer un laser de combat de la classe des 100 kW et des réflexions quant au développement d'une « arme de grande envergure » pour la lutte anti-sous-marine. Les F127 intégreront une suite de drones (UUV, USV et UAV). Mais plus intéressant est que deux zones modulaires seront disposées à la poupe, sous la plate-forme hélicoptère et au centre du bâtiment qui comprendra le hangar aéronautique plus les niches latérales.

Cela revient à souligner que ces « flex zones » sont devenues une norme pour, au moins, trois programmes européens (PPA, Type 31 et F127). Outre les usages habituels (modules de missions, etc), la zone modulaire de la poupe servira aussi à mouiller des mines. Dans le même ordre d'idées, l'architecture de bâtiments de combat à deux « islands » ou « châteaux » du point de vue des superstructures, voire de la ségrégation de la propulsion, tend à faire émerger une manière de faire, si ce n'est une norme remettant en cause, par exemple, la disposition « tout à l'avant » de l'armement des frégates.

Autres signes des temps, si les futures F127 doivent pouvoir s'insérer dans un environnement multi-national complexe et donc dans un certain nombre de réseaux tactiques de communication et d'échanges de données, il est aussi affirmé que les systèmes embarqués doivent tout autant soulager l'équipage d'un certain nombre de tâches grâce à une automatisation soutenue et à l'emploi de l'intelligence artificielle qui agira aussi pour optimiser le choix des données échangées alors même que les F127 devront pouvoir continuer à maintenir en état de combattre certaines capacités opérationnelles malgré l'absence de liaisons internet ou satellitaires.

L'esquisse des rationalités du programme permet d'apprécier une approche incrémentale assez poussée avec une livraison et admission au service actif échelonnée des bâtiments à des standards différents. Le premier bâtiment livré en 2032 disposera de la moitié des caractéristiques opérationnelles d'un premier standard lui permettant de remplacer les frégates F124 dans leurs futures capacités post-modernisation (2025). La deuxième F127 sera livrée toujours à ce premier standard mais avec l'entièreté des caractéristiques visées. La troisième frégate détiendra une première capacité opérationnelle contre les missiles balistiques de la « couche inférieure » (interception en bas endo-atmosphérique ?). Les quatrième et cinquième F127 disposeront d'autres capacités, dont « les » lasers, modules de missions. La sixième et dernière unité recevra si pareille décision politique était prise une capacité d'interception extra-atmosphérique. L'harmonisation des standards se fera au fur et à mesure du calendrier des arrêts des bâtiments. Eu égard à la vie opérationnelle des bâtiments (2030 – 2075), une approche modulaire ne peut qu'être mobilisée pour parer aux imprévus.

Cette prise de parole quant au calendrier du programme F127 permet à la Deutsche Marine d'exercer une légère mais perceptible pression sur le ministère fédérale de la Défense car il est bien sous-entendu qu'il ne sera pas possible de mener de front la construction de MKS180 après 2030 et celle des F127, si bien qu'il s'agit de comprendre que les MKS180 n°5 et 6 seront construits avant 2030 en exerçant l'option insérée dans le programme... ou ne seront pas.

Le prélude au programme F127 demeure la modernisation des trois frégates F124 à l'orée de l'année 2025. Elles pourraient recevoir un nouveau radar à cette occasion. Et les décisions allemandes en la matière intéresseront forcément les Pays-Bas. Décaler de cinq années le lancement du programme de remplacement des quatre frégates de la classe De Zeven Provinciën brusque la programmation et la Koninklijke Marine. La première de ces quatre frégates ne quittera pas le service après 27 années passées à la mer mais bien 33 ans. La rénovation à mi-vie devra fatalement en tenir compte afin de conférer suffisamment de potentiels à ces frégates pour enquiller ces cinq années supplémentaires.

Pour marier Lürssen et, à tout hasard, Damen, il faudrait au minimum dégager des programmes versés au titre de la coopération. Rénovation à mi-vie des sept programmes du programme LCF, remplacement des M-fregat (par le MKS180 ?) et succession des LCF. Près de 20 ans de plan de charge dans ce qui apparait être un opportun sous-entendu que Amsterdam ne peut pas avoir compris.


Bibliographie indicative :

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